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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, saison 2 : l’aéroport Adolfo-Suárez de Madrid-Barajas
La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, saison 2 : l’aéroport Adolfo-Suárez de Madrid-Barajas
© T. Pesquet - ESA/NASA

| Gilles Dawidowicz

La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, saison 2 : l’aéroport Adolfo-Suárez de Madrid-Barajas

Depuis le 27 février, l’astronaute Thomas Pesquet puise dans ses archives des clichés de la Terre inédits, pris depuis la Station spatiale internationale. Ici l’aéroport de Madrid, en Espagne.

En attendant Proxima 2

Confiné chez lui à Cologne en Allemagne, en attendant de pouvoir entamer à Houston au Texas la préparation de sa seconde mission spatiale (annoncée au deuxième semestre 2021), l’astronaute Thomas Pesquet continue de partager des clichés de la Terre inédits, extraits de ses archives.

Après les Bahamas, Dubaï, ToulousePatnos et Turin, il a posté le 23 mars cette vue de l’Aéroport Adolfo-Suárez de Madrid-Barajas, réalisée au cours de sa mission Proxima, entre novembre 2016 et juin 2017, avec le commentaire suivant : « L'aéroport de Aeropuerto Madrid-Barajas depuis l'International Space Station, à une époque où il y avait plus d'activité... aujourd'hui, les aéroports européens sont presque tous à l'arrêt. Il y a sûrement sur cette photo un avion d'Air France ou des compagnies qui ont assuré le rapatriement des Français bloqués à l'étranger par d'autres airlines, merci à tous leurs personnels durement touchés. Ces photos ont été prises en printemps 2017 et vous pouvez presque voir les types d'avions (bi-réacteurs, quadri). L'altitude et l'air sec de Madrid en font les plus nettes de toutes mes photos, ou presque ».

 

Contexte

Le Nord est à 9 heures. Nous sommes au-dessus de l’aéroport Adolfo-Suárez de Madrid-Barajas, à environ 15 kilomètres à vol d’oiseau du centre-ville de Madrid. L’aéroport se trouve à cheval sur les villes de Madrid (au Sud-Ouest), de Paracuellos de Jarama (à l’Est), de San Sebastián de los Reyes (au Nord Nord-Ouest) et de Alcobendas (au Nord-Ouest). Il se compose de cinq terminaux bien visibles sur le cliché répartis sur trois sites. Quant à Barajas, c’est un des vingt-et-un districts de la ville de Madrid, qui englobe une très grande partie de la scène photographiée par Thomas Pesquet. Cet aéroport est le plus important d'Espagne et dessert la capitale et sa région. Ici, le climat est de type méditerranéen, à influence continentale. Les hivers y sont modérément froids et les étés y sont très chauds. Les précipitations sont assez faibles, autour de 400 mm par an avec des mois d’août très secs.

Dans cette région comme ailleurs en Espagne, le réchauffement climatique modifie l’environnement et aggrave certains problèmes environnementaux pré-existants typiques du monde méditerranéen. C’est notamment le cas pour les ressources en eau qui se font de plus en plus rares. D’ailleurs à ce sujet, de nombreux experts estiment que, dans les prochaines décennies, l’Espagne pourrait se transformer en un désert de type saharien avec des étés atteignant des températures extrêmes, supérieures à 50°C !

 

Analyse de l’image

Rien de plus classique qu’un cliché d’un aéroport international. Et pourtant, il y a un intérêt à étudier cette photographie. Dans la partie haute de l’image, à l’Est de l’aéroport, on observe le cours d’une rivière qui méandre le long des pistes de l’aéroport : c’est la Jarama. La Jarama est une rivière espagnole et un des affluents du Tage. Son parcours s'écoule principalement à l'Est de la région de Madrid pour ensuite rejoindre le Tage, le plus long fleuve de la péninsule ibérique, qui se jette dans l’océan Atlantique à Lisbonne via un long estuaire et la mer de Paille.

Observez bien la scène : il y a trois petites rivières qui traversent les pistes d’atterrissages, probablement dans de grandes canalisations souterraines ! Il s’agit de gauche à droite, des rivières Arroyo de la Vega, Arroyo de las Zorreras et Arroyo de Valdebebas. Ce sont trois petits affluents de la Jarama. Il est probable que ces petites rivières, tout comme la Jarama connaissent des déficits hydriques réguliers et que ces rivières ne sont plus ce qu’elles furent. Toutefois, le changement climatique en cours pourrait bien à la faveur d’épisodes pluvieux intenses et exceptionnels, faire gonfler en quelques minutes seulement ce petit réseau hydrographique a priori insignifiant. Dans un tel scénario, il est presque certain que les crues qui s’en suivraient causeraient des dégâts importants aux structures aéroportuaires et autoroutières voisines, affectant durablement le trafic aérien...

 

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, Secrétaire Général de la Société astronomique de France.

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