1
Espace
La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, nouvelle saison : le Palmier Jumeirah
La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, nouvelle saison : le Palmier Jumeirah
© ESA/NASA

| Gilles Dawidowicz

La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, nouvelle saison : le Palmier Jumeirah

Pour accompagner son entraînement pour un nouveau vol orbital, l’astronaute Thomas Pesquet puise dans ses archives des clichés de la Terre inédits. Ici, l’une des plus célèbres presqu’îles artificielles de Dubaï.

Pour se motiver et accompagner la préparation de sa seconde mission spatiale (aujourd’hui annoncée au deuxième semestre 2021), l’astronaute Thomas Pesquet a prévu de poster 200 clichés de la Terre inédits, extraits de ses archives.

Après les Bahamas le 27 février, il a posté le 9 mars cette vue imprenable sur le fameux Palmier Jumeirah, à Dubaï, réalisée au cours de sa mission Proxima, entre novembre 2016 et juin 2017, avec le commentaire suivant : « On ne présente plus la presqu’île-palmier de Dubaï. Photo pleine de détails : on distingue tout à gauche l’ombre du Burj Al Arab, l’hôtel de luxe à la silhouette de voile si particulière... mais aussi les marinas, piscines, immeubles, etc. ».

 

Analyse de l’image

L’image, qui a été vue près de 10 000 fois en quelques heures rien que sur Facebook, a été prise depuis la Station spatiale internationale à une date inconnue, probablement à l’aide d’un Nikon D4. Nous sommes au-dessus de la ville de Dubaï, aux Emirats Arabes Unis, et survolons une construction hors du commun : une des deux presqu’îles artificielles géantes en forme de palmier ! The Palm Islands est un projet pharaonique de macro-ingénierie. C’est surement le plus grand projet lancé par l'émirat, qui affectionne particulièrement la démesure. Il s'agit en l'occurrence de la construction de plusieurs ensembles balnéaires, résidentiels et touristiques de luxe, sur des terres (des presqu’îles artificielles), en forme de palmier entièrement gagnées sur la mer. Il devait y avoir initialement trois presqu’îles en forme de palmiers, qui devaient porter les noms suivants : Jumeirah Palm, Jebel Ali Palm et Deira Palm, le tout devant être achevé entre 2007 et 2015.

Thomas Pesquet nous livre ici une incroyable vue du premier palmier : le palmier Jumeirah. Il faut préciser que chaque palmier est composé d'un tronc central accueillant des infrastructures de sécurité (les gates), de larges infrastructures de transport (autoroutes 2 fois 3 voies), des commerces, des hôtels, des restaurants, des parkings, des marinas, des attractions touristiques et des immeubles résidentiels. À partir de ce tronc central rayonne un certain nombre de branches, les « palmes » abritant des résidences de luxe, des villas indépendantes et des attractions en tous genres. Chaque ensemble est ceinturé par une digue de protection contre la houle, censée assurer la pérennité des constructions. Ainsi, si la construction de ce premier palmier est achevée et la livraison réalisée, le reste du programme a pris beaucoup de retard en raison de très nombreux problèmes techniques, de modifications de conception et même de soucis de maintenance des infrastructures à peine réalisées. L’essentiel de cette infrastructure est conçu sur… du sable. Du sable de mer pour être précis, prélevé au fond des océans !

 

Empreinte environnementale

Si la vue depuis l’espace est plutôt belle et harmonieuse, si la photographie est esthétique et réussie, avec même une résolution et un contraste exceptionnels, il est tout de même légitime de se demander si cette construction est raisonnable. Cette réalisation est évidemment un défi d’ingénieurs, mais c’est assurément aussi l’expression d’un sentiment profond d’une domination absolue de la Nature au sens large. L’empreinte écologique d’un tel projet est une aberration à plus d’un titre, qui plus est à une époque où un changement climatique majeur est entamé, dont l’une des conséquences visible et immédiate est la montée des eaux océaniques d’une façon globale. Déjà, sous les coups de boutoirs des éléments météoriques, des mers et des océans, quelques épisodes fâcheux d’érosion ultra rapide se produisent sur les littoraux du monde entier. Par ailleurs, le simple prélèvement de quantités énormes de sable marin au fond des mers pour cette réalisation est une catastrophe écologique en soi. C’est d’ailleurs parce que le sable du désert n’aurait pas convenu étant données ses caractéristiques morphoscopiques incompatibles avec des projets de construction, que le choix de prélever du sable marin a été fait…

Mais revenons à la photographie de Thomas Pesquet. Nous sommes devant le front de mer. S’y étalent depuis la gauche le quartier Umm Suqeim 3 jusqu'à la droite les nombreuses Marinas. A gauche, le célèbre hôtel de luxe Burj-Al-Arab en forme de voile de bateau, le quartier Al Sufouh, l’immense Mall of the Emirates devant un incroyable échangeur routier et l’autoroute démesurée de deux fois six voies. Devant le Palmier, les quartiers Dubaï Internet City, the Greens et une partie de l’énorme hippodrome. Enfin dans la partie droite du cliché, la marina et ses dizaines de gratte ciels abritant hôtels et appartements luxueux coincés entre la baie et sa plage de sable fin et le canal artificiel.

Clairement, l'Émirat espère ainsi devenir dans la prochaine décennie, la première destination mondiale du tourisme de luxe et devenir l'un des pôles mondiaux du tourisme familial et du tourisme d'affaires rivalisant avec Las Vegas… À condition que la mer ne monte pas trop vite et ne submerge tout ces artifices !

 

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, Secrétaire Général de la Société astronomique de France.

Répondre à () :


Captcha
MB | 16/03/2020 08:48

Pour vivre depuis plusieurs années à Dubai, je trouve le ton de l'article assez orienté. Comme d’habitude on tombe rapidement dans le cliché. Un peu de subjectivité de la part de Mr Dawidowicz n’aurait pas nuit. C’est dommage car le sujet est intéressant.

| | Connexion | Inscription