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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, nouvelle saison : Turin
La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, nouvelle saison : Turin
© T. Pesquet - ESA/NASA

| Gilles Dawidowicz

La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, nouvelle saison : Turin

Depuis le 27 février, l’astronaute Thomas Pesquet puise dans ses archives des clichés de la Terre inédits, pris depuis la Station spatiale internationale. Ici Turin, en Italie.

En attendant Proxima 2

Confiné chez lui à Cologne en Allemagne, en attendant de pouvoir entamer à Houston au Texas la préparation de sa seconde mission spatiale (annoncée au deuxième semestre 2021), l’astronaute Thomas Pesquet continue de partager des clichés de la Terre inédits, extraits de ses archives.

Après les BahamasDubaïToulouse et Patnos, il a posté le 19 mars cette vue de Turin en Italie, réalisée au cours de sa mission Proxima, entre novembre 2016 et juin 2017, avec le commentaire suivant : « Turin, capitale du Piémont et ville de Fiat entre autres, dont les usines avaient une piste d’essai des voitures… sur le toit ! Le bâtiment est devenu un hôtel/centre commercial si je me rappelle bien, où l’on peut aller faire un footing sur l'ancien circuit, avec vue plongeante sur la ville... mais pas en ce moment bien sûr ! Toutes mes pensées pour les gens en quarantaine là-bas et de tout cœur avec l'Italie ».

 

Contexte

Le Nord est à 8 heures. Nous sommes à Turin, en Italie. Plus exactement dans le Piémont, cette région du Nord-Ouest de l’Italie qui se situe aux pieds des Alpes et qui est bordée au Nord par la vallée d’Aoste, à l’Est par la Lombardie, au Sud par la Ligurie et au Sud Sud-Est par l’Emilie-Romagne. La pointe Nord-Est de la région est frontalière avec les cantons suisses du Valais et du Tessin tandis que la partie Ouest est frontalière avec les régions françaises d'Auvergne-Rhône-Alpes et de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

La région du Piémont est traversée par le Pô, le plus important fleuve italien tant par sa longueur, son débit et la taille de son bassin hydrographique. Le Pô prend sa source dans les Alpes occidentales du Piémont, et se jette dans la mer Adriatique en y formant un vaste delta. Quant à la ville de Turin, elle est bordée à l'Est par des collines qui la surplombent, et à l'Ouest par le val de Suse, qui remonte dans les Alpes jusqu’à la France. Toute la région turinoise est un poumon économique majeur en Italie, avec de nombreuses activités industrielles historiques comme notamment le secteur automobile (Fiat et Iveco), le secteur informatique (Olivetti) ou encore l’industrie agroalimentaire (Lavazza et Martini). A Turin, le climat est de type continental humide : les étés y sont chauds et les hivers froids. La pluviométrie est abondante et la région est soumise à la proximité des Alpes qui génèrent un effet météorologique particulier nommé l’effet de foehn, qui est le résultat de la rencontre des circulations atmosphériques avec les reliefs montagneux alentours. Cela entraîne des versants arrosés et d’autres secs...

 

Analyse de l’image

Dans le coin haut gauche, juste à côté du méandre du Pô et à la confluence avec la rivière Stura di Lanzo, on trouve une zone immense, composée en rive gauche de la Réserve naturelle du Meisino et de l’île Bertolla et en rive droite de l’immense Parco naturale della Collina di Superga. Sur la petite île, on trouve de très nombreuses héronnières (invisibles sur ce cliché), mais symboles magnifiques d’une politique de préservation et de protection réussie que nos voisins italiens mènent depuis quelques années déjà…

Dans le coin haut droit, on observe qu’une partie de la scène est cachée sous un gros nuage blanc. Toutefois, une trouée permet de retrouver une construction au toit bleu : c’est un centre aquatique, la piscine Torrazza. Un peu plus bas, dans une autre trouée nuageuse, on aperçoit un toit de l’immense site industriel de FCA (Fiat Chrysler Automobiles). C’est le siège mondial du constructeur Fiat, où l’on trouve une partie de ses usines, malheureusement cachées sous le nuage.

Dans le coin bas à droite, on aperçoit l’aéroclub de Turin et ses deux pistes d’atterrissage, tout juste collé à la petite ville de Grugliasco et son parc arboré Porporati bien reconnaissable.

Tout en bas de l’image, légèrement à la gauche du centre, on observe un grand ovale blanc : pas de clameur depuis l’orbite malgré le fait que ce soit le stade de la Juventus, alias l’Allianz Stadium. On trouve un peu plus loin à gauche un petit lac nommé Bechis puis un énorme monticule qui est en fait une déchetterie, surement une vaste zone de stockage de déchets enterrés. Entre les deux, la Stura di Lanzo. Il s’agit d’une rivière du Piémont au régime torrentiel, affluent de rive gauche du Pô. En descendant son cours, vers le haut de l’image, on retrouve la confluence avec le Pô et l’île Bertolla.

Juste à la droite du méandre que forme le Pô tout en haut de l'image, on repère un immense rectangle : c’est le cimetière monumentale de Turin. Et à sa droite, un énorme triangle-rectangle blanc orné d’un cercle : c’est l’Université de Turin et son campus Luigi Einaudi. En poursuivant le regard toujours vers la droite, on trouve la gare de Turin-Porta-Nuova et ses faisceaux ferroviaires. C’est la gare principale de Turin et la troisième plus grande d'Italie. C'est également une gare terminus, située dans le centre de la ville, ouvrant sur la place Carlo-Felice et sur l'axe de la via Roma qui conduit au palais royal bien visibles sur le cliché de l’astronaute.

Impossible de conclure cette petite visite de Turin sans parler de la Doire Ripaire. Il s’agit d’un second cours d'eau du Piémont long de 125 km et également affluent de rive gauche du Pô. Son parcours est presque entièrement dans le val de Suse. C’est à sa confluence en rive convexe avec le Pô, bien visible à la sortie du petit méandre, qu’à l'époque romaine, le nucléus de la ville est apparu et que la cité fut créée. Bien plus tard, au Moyen Age, des canaux déviaient ses eaux torrentielles et alimentaient notamment des moulins.

 

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, Secrétaire Général de la Société astronomique de France.

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