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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, nouvelle saison : Patnos, en Turquie
La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, nouvelle saison : Patnos, en Turquie
© T. Pesquet - ESA / NASA

| Gilles Dawidowicz

La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, nouvelle saison : Patnos, en Turquie

Depuis le 27 février, l’astronaute Thomas Pesquet puise dans ses archives des clichés de la Terre inédits, pris depuis la Station spatiale internationale. Ici, Patnos en Turquie.

En attendant Proxima 2

Confiné chez lui à Cologne en Allemagne, en attendant de pouvoir entamer à Houston au Texas la préparation de sa seconde mission spatiale (annoncée au deuxième semestre 2021), l’astronaute Thomas Pesquet continue de partager des clichés de la Terre inédits, extraits de ses archives.

Aprèsles BahamasDubaï et Toulouse, il a posté le 18 mars cette vue étonnante de Patnos en Turquie, réalisée au cours de sa mission Proxima, entre novembre 2016 et juin 2017, avec le commentaire suivant : « Bon, vu que tout le monde est bloqué à la maison, comme promis on va essayer de voyager virtuellement à base de photos depuis l'ISS. Les confins de l'Arménie, l'Iran et la Turquie se rencontrent dans une magnifique région enneigée : je n’ai pas su identifier cette ville sous son manteau blanc... et vous ? J'adore les détails et la texture de la neige quand on zoome : on devine presque ce qu'il y a dessous... à 400 km de distance ! Bonne quarantaine à tous et restez en sécurité ».

 

Contexte

Le Nord est vers 2 heures. Nous sommes en Anatolie orientale, en plein sur le haut-plateau arménien dans le nord-est de la Turquie. Située vers 1 700 mètres d'altitude, cette région est en fait une plaine d’altitude au milieu des hauts massifs montagneux de Transcaucasie, qui relient le Petit Caucase (une des deux chaînes de montagnes du Caucase) aux monts Taurus (la chaîne de montagnes de Turquie formant la bordure Sud-Est du plateau de l'Anatolie). L’Anatolie orientale est bordée à l'Ouest par la région de l'Anatolie centrale, au Nord par la région de la mer Noire, à l'Est par l'Arménie, le Nakhitchevan et l'Iran, et au Sud par l'Irak et la région de l'Anatolie du Sud-Est.

C’est une zone volcanique, non loin du célèbre mont Ararat, un jeune strato volcan endormi situé à environ 130 km à vol d’oiseau vers le Nord-est. Le haut-plateau se trouve dans une zone de subduction. La région est en fait située au contact de plusieurs plaques tectoniques (la plaque arabique, la plaque eurasiatique et la plaque anatolienne). Elles ont façonné ces volcans et toute une longue ceinture volcanique de près de 1 000 km de long. Ces plaques ont également généré d’importantes activités tectoniques, dont des tremblements de terre qui ont parfois fait de très nombreuses victimes.

 

Analyse

Comme le souligne Thomas Pesquet, un beau manteau neigeux recouvre le paysage, la petite ville rurale de Patnos et ses alentours. Ainsi, cette ville apparaît en noir, car les chauffages réchauffent les maisons, les petits immeubles et les toitures faites essentiellement de tôles ondulées. Tout autour, sous la neige, on devine à peine les champs qui seront cultivés au printemps et les collines avoisinantes. Et d’ailleurs, cherchez bien : Thomas Pesquet a photographié sans le savoir ce qui est vraisemblablement un petit cône volcanique de 140 m d’élévation. Vous le trouverez tout en bas, au centre du cliché. Quant au réseau hydrographique, il est assez efficace et draine très bien la plaine et le haut-plateau. Ce réseau hydrographique oblitère la scène : la rivière principale qui traverse la ville s’appelle la Karakya. C’est un affluent de la rivière Murat Nehri (aussi nommée Murat Sou) qui, avec la rivière Karasu, forment le cours supérieur de l'Euphrate. Suivez son cours et vous verrez quelques petits affluents un peu partout traverser la ville. Et d’ailleurs, une autre formation hydrologique invisible est cachée sur ce cliché : c’est un petit lac de 2 km par 3 km. Il est caché sous la glace et la neige…

Avez-vous trouvé ? Il s’agit du lac de Aşağıgöçmez, tout à droite de l’image. En zoomant, et avec de bons yeux, vous trouverez non loin du centre-ville la mosquée Büyük Cami. Mais la résolution du cliché ne permet malheureusement pas de voir ses deux immenses minarets.

Par ailleurs, ici les hivers sont froids et vigoureux et les étés sont chauds et secs : c’est un climat continental qui ne nous déplairait pas en ce printemps humide et plutôt maussade...

 

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, Secrétaire Général de la Société astronomique de France.

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