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Le premier satellite technologique français a 55 ans
Le premier satellite technologique français a 55 ans
© CNES

| Philippe Varnoteaux 1158 mots

Le premier satellite technologique français a 55 ans

Après avoir lancé le 26 novembre 1965 le premier satellite artificiel français A1 (Astérix), la France récidive trois mois plus tard en plaçant avec succès sur orbite son premier satellite technologique, D1A.

Trois mois après Diamant A n°1, un lanceur français Diamant A n°2 place le 17 février 1966 le satellite D1A sur une orbite elliptique (2 750 km d’apogée et 506 km de périgée), avec une inclinaison de 34°. Le succès de l’opération fait la une des médias, dont les actualités télévisées : le reportage commence fièrement par la description de la base spatiale d’Hammaguir (désert algérien) et du lanceur sous son portique. Puis le commentateur présente le satellite en question qui « pèse 20 kg, 40 avec sa case d’équipement. Ses quatre panneaux sont revêtus de cellules solaires qui lui permettront de recharger ses batteries ». Le reportage se poursuit en montrant l’ensemble des infrastructures qui se situent aux alentours du champ de tir permettant de suivre le lancement. Puis vient le compte-à-rebours, Diamant décolle et, 12 minutes plus tard, le satellite est placé correctement sur l’orbite prévue. Le commentateur s’exclame : « C’est gagné ! Le lancement du troisième satellite français est un succès à 100 % ! ».

 

L’enjeu du deuxième Diamant

D1A s’inscrit dans un programme qui consiste à lancer des satellites expérimentaux devant tester le lanceur Diamant (d’où le nom « D »), et à développer (et maîtriser) des technologies spatiales appelées à être réemployées pour de futurs programmes plus ambitieux. Le premier satellite A1 (Astérix), lancé quelques mois plus tôt, n’avait été qu’une capsule technologique (qui une fois sur orbite n’avait pas fonctionné). Une seconde capsule était initialement prévue...

Rappelons que Diamant est alors un lanceur militaire placé sous la responsabilité de la Délégation Ministérielle à l’Armement (DMA), construit par la SEREB (chargée dans le même temps de réaliser les premiers missiles balistiques de la force de dissuasion nucléaire). Après une hypothétique capsule A2, les militaires devaient mettre à la disposition des scientifiques du Centre national d’études spatiales (CNES) leurs deux autres exemplaires Diamant prévus (selon des accords signés quelques années plus tôt entre la DMA et le CNES).

 

D1A en lieu et place de A2

Toutefois, face au mutisme du A1 et aussi et surtout face au succès de lancement le 6 décembre 1965 par les Américains du FR-1, premier satellite scientifique français (réalisé dans le cadre de la coopération franco-américaine), les responsables du CNES réussissent à convaincre les militaires, pour le second Diamant, de placer sur orbite un « vrai » satellite plutôt qu’une seconde capsule. Jacques Blamont, alors directeur scientifique et technique du CNES, se souvenait de l’équipe mise en place : « J'ai confié le programme des satellites à la division “Satellites” du CNES créée et placée sous la direction de Jean-Pierre Causse avec Xavier Namy comme responsable technique… Jean-Paul Grimard était le “project manager” de D1». Le CNES était alors impatient de démontrer la valeur de son satellite.

 

La mission D1A

Une fois sur orbite, D1A fonctionne parfaitement bien, confirmant la qualité et le sérieux de la technologie française. Rempli d'instruments miniaturisés 100 % français, celui-ci transmet notamment des informations sur la détérioration progressive de ses batteries solaires. D1A ne se résume cependant pas uniquement à une démonstration technologique, il réalise aussi une expérience scientifique de géodésie. L'idée, émanant du Service d'Aéronomie – également sous la responsabilité du professeur Blamont – remontait à 1964, dans le cadre de la coopération franco-américaine : le CNES a alors eu l'occasion de placer une expérience de géodésie à bord d'un satellite américain. Les résultats ont été probants : les scientifiques ont pu calculer pour la première fois une orbite à partir d'échos. La science de l'orbitographie naissait. Avec l'orbite, peuvent être calculés divers paramètres géodésiques tels que la position et le déplacement des stations terrestres, la vitesse de rotation de la Terre et le mouvement de son axe de rotation, le mouvement du centre de masse de la Terre, etc. La géodésie spatiale permet ainsi d'en savoir plus sur les dimensions de la Terre, un domaine qui intéresse naturellement au plus haut point les militaires. En effet, le bon fonctionnement d'un missile stratégique dépend aussi de la connaissance de la trajectoire balistique liée aux formes de la Terre.

 

De D1A à Diapason

La mission géodésique du satellite D1A a consisté à mesurer par effet Doppler les émissions radioélectriques à fréquences très stables. Les signaux ont été contrôlés par une horloge à quartz placée dans un thermostat à moins du centième de degré, et dont la variation est de l'ordre de quelques milliardièmes de seconde au plus par heure, d'où le surnom qui a rapidement été donné au D1A : « Diapason ». Précisons que l’attribution du nom de Diapason au D1A s’est imposée tardivement aux responsables du CNES face à l’insistance des médias qui, quelques semaines auparavant, prenaient l’habitude de le surnommer « Zébulon », du nom du petit personnage sur ressort du Manège enchanté, une série pour les enfants. Cela faisait référence au système de ressort d’éjection du satellite qui, manifestement, avait interpellé les journalistes…

 

Bilan du D1A

« Toutefois, précise Jacques Blamont, je dois reconnaître que cette expérience de géodésie réalisée à l'aide d'un oscillateur dit ultrastable n'était qu'un prétexte […]. Nous sommes devenus plus sérieux avec les réflecteurs laser embarqués dans les satellites suivants, les Diadème ». Certes, mais soulignons que les succès de Diapason et des satellites suivants le doivent également à la qualité des infrastructures au sol qui, sans elles, n'auraient pas permis le succès escompté. Pour mener à bien la mission du satellite, il fallait en effet être capable de le localiser, de le suivre et de récupérer les informations enregistrées à bord. Pour cela, la France a développé depuis 1964 deux réseaux spécifiques, l'un pour le repérage (réseau Diane), l'autre pour recevoir justement les données enregistrées (réseau Iris), sans compter les techniciens et les spécialistes associés à l'entreprise. Au final, on doit la réussite de Diapason à une impressionnante équipe associant ingénieurs, militaires et scientifiques.

Après le succès du D-1A, les responsables estiment qu'il n'est pas nécessaire d'envoyer son frère jumeau le D-1B (maintenu en réserve en cas d'échec). Ayant fonctionné jusqu'au 23 janvier 1972, Diapason a ainsi ouvert la voie aux satellites suivants : « Le Diapason a préparé les Diadème, dont la seule différence était l'incorporation de réflecteurs lasers. Nous avions également un principe, soulignait il y a quelques années Jacques Blamont, c'était que tout le matériel [à bord des satellites D1] devait être français afin de préparer notre industrie». Le Figaro littéraire ne s’y est d’ailleurs pas trompé en écrivant dans son édition du 24 février 1966 que l’opération Diapason marquait « le sens d’une victoire ».

 

Pour en savoir plus

- Un témoignage de Jacques Blamont à l’auteur au cours d’entretiens quelques années avant sa disparition.

- Un article : « Expériences géodésiques sur les satellites D-1 », KOVALEVSKY J., BARLIER F., STELLMACHER I., in Space Research, vol. VIII, 1967, p. 52.

- Un site : Nos premières années dans l’espace, Michel Taillade

- Un reportage de l’ORTF à Hammaguir sur le lancement du satellite Diapason.

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

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