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Quand Diamant assurait à la France son indépendance spatiale
Quand Diamant assurait à la France son indépendance spatiale
© Collection Air & Cosmos

| Philippe Varnoteaux

Quand Diamant assurait à la France son indépendance spatiale

Le 26 novembre 1965, depuis le centre d’Hammaguir (Algérie), le lanceur Diamant plaçait sur orbite le premier satellite national. La France devenait la troisième puissance spatiale, après les Soviétiques (1957) et les Américains (1958).

La volonté politique

Le retour au pouvoir du général de Gaulle marque la volonté politique de se doter des armes de puissance, dont les missiles balistiques. Guerre froide oblige. En septembre 1958, la Direction technique et industrielle de l’Aéronautique (DTIA, armée de l’Air) soumet l’idée de constituer une société d’études sur le missile balistique pour la force de dissuasion nucléaire. Celle-ci fait son chemin et, le 17 septembre 1959, le gouvernement décide la création de la Société pour l’étude et la réalisation d’engins balistiques (SEREB), regroupant autour d’elle des entreprises spécialisées (Nord-Aviation, Sud-Aviation, SEPR, la SNECMA, Dassault, MATRA, CEA, ONERA).

Pour construire les premiers missiles, la SEREB développe à partir d’octobre 1960 des Véhicules d’Essais (VE) pour tester les techniques nécessaires à la maitrise du missile balistique. Au même moment, les Britanniques sollicitent des partenaires européens pour construire un lanceur européen (Europa) à partir de leur missile d’étude Blue Streak. Les autorités politiques françaises acceptent à la condition de réaliser le deuxième étage (les Allemands le troisième, etc.), ce qui inquiète les ingénieurs de la SEREB…

 

L’opportunité

Les gens de la SEREB préconisent la construction d’un lanceur de satellite national à partir de leurs VE sous le nom de Diamant. Si de Gaulle accepte la proposition britannique, avec notamment l’espoir d’arrimer un peu plus les Britanniques à l’Europe, il n’en soutient pas moins la suggestion de la SEREB car celle-ci apparaît comme une opportunité et à plusieurs titres : premièrement, étant un produit dérivé du programme balistique pour la Force de dissuasion, Diamant ne coûtera finalement pas cher ; deuxièmement, rien ne garantit le succès d’Europa (dont le premier tir n’est prévu qu’en 1966-67, alors que la SEREB souligne que Diamant peut-être réalisé en moins de cinq ans) ; enfin, si Diamant satellise en premier, seule la France en tirera la gloire… A l’été 1961, le gouvernement approuve Diamant, officialisé en décembre, en même temps que la création du Centre national d’études spatiales (CNES), à la demande des scientifiques qui souhaitent disposer d’une agence spatiale.

 

La DMA entre en scène

Dans le cadre du programme des Pierres précieuses, plusieurs engins sont mis au point avec les VE afin d’acquérir et de maîtriser toutes les techniques nécessaires à la réalisation d’un missile balistique et d’un lanceur de satellite : ainsi, le VE 111 Topaze est la première fusée française à poudre pilotée (décembre 1962-mai 1965), le VE 121 Emeraude sert à mettre au point un puissant 1er étage à liquides pour Diamant (juin 1964-mai 1965), etc. Avec le VE 231 Saphir, la SEREB expérimente en vol le pilotage d’un engin biétage, la séparation des étages, le guidage inertiel et la rentrée de l’ogive (juillet 1965-janvier 1967). En ajoutant un troisième étage à Saphir, les ingénieurs obtiennent le lanceur Diamant capable de satelliser 40 à 80 kg à 500 km d’altitude.

Avec l’ambition balistique et la réalisation du lanceur, il devient alors nécessaire de réorganiser la tutelle de la SEREB. La volonté du gouvernement est de développer une force de frappe nucléaire dépendant du pouvoir politique, et non des militaires. Pour éviter toute polémique et toute tension entre les différents acteurs impliqués, le gouvernement décide dès le 5 avril 1961 la création de la Délégation ministérielle pour l’Armement (DMA).

 

Les accords CNES / DMA

Dès sa mise en place, le CNES négocie la part de sa responsabilité concernant Diamant. N’ayant pas encore les moyens d’influer la politique des lanceurs, celui-ci signe le 9 mai 1962 une convention avec la DMA chargée du développement de Diamant, c’est-à-dire le qualifier par quatre lancements en plaçant sur orbite des satellites technologiques. Par cette convention, la SEREB construit Diamant, tandis que le CNES apporte une part de financement (54 millions de francs, soit 10 % du programme militaire), ce qui lui permettra de disposer du lanceur après deux tirs de qualification (un seul au final) pour placer sur orbite ses satellites technologiques D1. En attendant, le premier Diamant doit lancer la capsule technologique militaire A1 (« Armées n°1 »). Construite par MATRA, celle-ci emportera une balise émettant des ondes radioélectriques, un répondeur radar, un émetteur de télémesure et un système de mesure de température. Sa principale mission est de qualifier le lanceur.

Quant à l’équipe qui construit Diamant, elle est menée par Bernard Dorléac, le responsable « Etudes », Pierre Usunier, le responsable « Réalisations » et Charley Attali, chef de « Projet Diamant ». Au final, celle-ci réalise un lanceur d’une hauteur de 18,95 mètres, pour un poids total de 18,4 tonnes et une poussée au décollage de 28 tonnes.

 

Le lancement

Le 26 novembre 1965, à 15 h 47, depuis la base « Brigitte » d’Hammaguir, Diamant décolle dans un nuage roux de vapeurs nitreuses. De nombreuses personnalités scientifiques, politiques et militaires suivent le vol depuis principalement le centre spatial de Brétigny. 10’22’’ plus tard, le satellite A1, rebaptisé Astérix, atteint son orbite. Le lancement est réussi, c’est le soulagement et la joie… mais très vite les responsables se rendent compte que le satellite est muet. Toutefois, le réseau de poursuite et de localisation d’Hammaguir confirme le passage du satellite au méridien de la station et les données du radar « Aquitaine » prouvent que A1 est bien sur orbite (apogée, 1.768 km ; périgée, 528 km). La défaillance s’explique par le fait qu’une ou plusieurs antennes ont été endommagées lors de la séparation de la coiffe. Quelques heures plus tard, des « Bip, bip, bip » retentissent sur les ondes radios ! Il s’agissait-là de la diffusion d’un enregistrement. Peu importait, la France était devenue la troisième puissance spatiale.

 

La fierté nationale

Peu après, le général de Gaulle déclare : « La mise sur orbite spatiale du premier satellite français, lancé par une fusée française, est une importante réussite dont notre pays tout entier ressent la joie et la fierté. En son nom, je félicite tous ceux dont les recherches, la science et la technique, lui ont valu ce grand succès (…) ». La parole présidentielle s’accompagne d’un véritable déchainement médiatique. Ainsi, la presse est unanime quant aux éloges. Les 26 et 27 novembre, de nombreux quotidiens en font leur Une comme Le Figaro : « La France, Troisième puissance spatiale. Notre premier satellite A1 gravite autour de la Terre depuis hier 15h55 », Sud-Ouest : « La France, troisième puissance spatiale. Lancé d’Hammaguir avec plein succès, le satellite A1 placé en orbite », Le Parisien libéré : « Une date historique : LE 1er SATELLITE FRANÇAIS A1 lancé avec succès par la fusée Diamant » (avec deux photos du satellite et du lanceur), La Nouvelle République : « BIP, BIP FRANÇAIS DANS L’ESPACE. En 620 secondes, le lanceur Diamant a mis le premier satellite tricolore A1 (45 kg) sur orbite… », etc. Même L’Equipe (« LA FRANCE, TROISIEME PUISSANCE SPATIALE ») et L’Humanité (« A1, satellite français, tourne depuis hier autour de la Terre ») saluent l’exploit. Quant aux Actualités de la semaine de l’ORTF du 30 novembre, le commentateur termine en soulignant que « Grâce à Diamant, la France entre au club spatial avec le numéro trois ».

Si la première satellisation fait consensus national, elle n’en cache pas moins une certaine déception auprès des autorités du CNES. En effet, en lieu et place de la capsule technologique, Diamant aurait pu placer sur orbite un D1. Cependant, si la France a peut-être raté là son premier rendez-vous spatial, elle montrait néanmoins sa capacité à maîtriser la technologie des missiles balistiques… 

 

Pour en savoir plus

Un ouvrage : L’aventure spatiale française. De 1945 à la naissance d’Ariane, Philippe Varnoteaux, Nouveau Monde, Paris, 2015

Un site : Nos premières années dans l’espace, Michel Taillade :

Les Actualités françaises sur le premier lancement de Diamant, 30 novembre 1965, INA :

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

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Lebouteiller | 26/11/2020 20:01

J'étais au radar Aquitaine je m'occupais du groupe électrogène

patrico | 26/11/2020 22:06

Ok, mais moi je prenais une photo depuis la Gironde d'une énorme boule d "artifice " au lointain Sud qui s avéra être un tir de Diamant a Régane ,larguant des paillette de cuivre pour études? d apres les articles de presse Comme dit le titre de Air&Cosmos, avec ces succés des fusées , la France avait son Indépendance Spaciale ! Et il y avait encore le Général de Gaulle, tout ce développait et allais trés vite,! 68 arrétera pour des années cette fantastique avancée.

Klein | 29/11/2020 16:15

1° Union Soviétique 1957, 2° USA 1958 , 3° Canada 1962, 4° UK 1962 , 5° Italie 1964, 6° France 1965 https://www.air-cosmos.com/article/il-y-a-55-ans-les-italiens-lanaient-san-marco-leur-premier-satellite-22287

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