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Il y a 50 ans, Venera 4 livrait des informations inédites sur l’atmosphère vénusienne
Il y a 50 ans, Venera 4 livrait des informations inédites sur l’atmosphère vénusienne
© Rave

| Philippe Varnoteaux

Il y a 50 ans, Venera 4 livrait des informations inédites sur l’atmosphère vénusienne

Le 12 juin 1967, l'URSS lançait Venera 4 vers Vénus. La sonde allait effectuer trois mois plus tard la première étude in situ de l'atmosphère de la planète.

Dans un précédent article, nous avions évoqué les sondes Venera 13 et 14 qui s’étaient posées en 1982 sur Vénus, apportant de précieuses données sur l’environnement de la planète. Avant de réaliser ces exploits, dont le premier fut obtenu avec Venera 7 en 1970, les Soviétiques avaient d’abord dû apprendre à approcher Vénus…

Lorsque les Soviétiques se lancent dans l’exploration de Vénus au début des années 60, ils doivent faire face à un certain nombre de difficultés technologiques : faire fonctionner des instruments dans le milieu spatial n’est en effet pas évident, étant donné les températures extrêmes et les divers rayonnements. De plus, le positionnement de la planète Vénus n’est alors pas bien connu : les éphémérides de l’époque n’ont une précision que de l’ordre de 100 000 km ! C’est la raison pour laquelle l’exploration de Vénus devait d’abord commencer par réussir le trajet Terre-Vénus, puis survoler la planète, y atterrir enfin.
 

Rejoindre Vénus.

Après une première tentative qui échoue le 4 février 1961 en raison de la défaillance du 4e étage du lanceur, la seconde semble la bonne : le 12 février, Venera 1 (643,5 kg) quitte l’orbite terrestre et part pour Vénus. Si la propagande soviétique désigne la sonde sous différents qualificatifs comme « super Spoutnik », « Venusik » ou encore « station interplanétaire automatique », celle-ci ne donne cependant pas de détails sur les instruments scientifiques embarqués à bord. Quelques jours après le lancement, les techniciens perdent le contact avec la sonde qui atteint néanmoins Vénus le 19 mai. La propagande n’insiste évidemment pas sur cette défaillance mais plutôt sur le fait que l’engin a frôlé Vénus à une distance d’environ 100 000 km et qu’il s’est placé « avec succès sur une orbite solaire ». En réalité, il était prévu que la sonde impacte la planète et, en cas de réussite, dépose sur le sol des fanions commémoratifs à la gloire du communisme ; ceux-ci étaient placés dans un globe métallique conçu pour flotter au cas où le vaisseau retomberait dans un océan vénusien.

 

La difficile maîtrise du vol interplanétaire.

Les Soviétiques prennent l’habitude de communiquer le nom de leur satellite ou sonde spatiale uniquement lorsque le lancement est réussi. En cas d’échec, les engins reçoivent une dénomination générique comme celui de « Spoutnik » puis de « Cosmos » (terminologie qui désignera et désigne encore de nombreux satellites militaires). Cela permettait de masquer les nombreux échecs et de faire croire aux Occidentaux qu’il s’agissait d’engins expérimentaux ou militaires. Ainsi, les cinq échecs qui suivent Venera 1 sont annoncés comme des « satellites lourds », « expérimentaux », dénommés Spoutnik 19 (25/08/1962), 20 (01/09/1962) et 21 (12/09/1962), Zond 3MV1 (19/02/1964) et Cosmos 27 (27/03/1964). Toutes ces sondes n’ont en réalité pu quitter l’orbite terrestre en raison de la défaillance du lanceur Molnia.

Le 2 avril 1964, l’engin Zond 1 (950 kg) part enfin pour Vénus ! Celui-ci devait survoler Vénus mais qui, comme Venera 1, est perdu en cours de route… L’électronique de bord semble ne pas avoir résisté aux conditions spatiales, le contact avec la Terre est une nouvelle fois perdu avant d’atteindre la planète. Là encore, la propagande ne dit mot et souligne que Zond est « une sonde interplanétaire destinée à l’étude de l’espace cosmique et à la mise au point de la technique des vols lointains ».

Les 12, 16 et 23 novembre 1965, trois nouvelles sondes sont envoyées vers Vénus. Si la troisième ne quitte pas l’orbite terrestre (répertoriée sous le nom de Cosmos 96), les deux autres partent pour Vénus. Malheureusement, les communications sont une nouvelle fois interrompues avant l’arrivée à proximité de la planète pour Venera 2 (963 kg), avant son entrée dans l’atmosphère vénusienne pour Venera 3 (960 kg). Au lieu de reconnaître les échecs, il est notamment souligné pour Venera 3 que « le 1er mars 1966, la capsule atteignit la surface de Venus, réussissant le premier vol mondial d’une sonde interplanétaire automatique à une autre planète ». Au-delà du mauvais sort qui s’acharne sur les sondes soviétiques, les différents échecs révèlent d’une part la difficile maîtrise du vol interplanétaire et, d’autre part, la fragilité des technologies soviétiques.

 

Vénus, enfin !

Les 12 et 17 juin 1967, deux autres sondes vénusiennes sont lancées : si la seconde (Cosmos 167) est un échec (imputable encore une fois au lanceur), la première, Venera 4, s’envole bien pour Vénus. Plus lourde que les précédentes, Venera 4 pèse 1 106 kg, dont 383 kg pour la capsule qui doit être larguée dans l’atmosphère vénusienne. Le 17 octobre, après avoir parcouru environ 350 millions de kilomètres, la sonde s’approche de la planète. Les communications fonctionnent toujours… Le lendemain, la capsule de forme ovoïde se détache, entre dans l’atmosphère et entame la descente à l’aide d’un système de parachute. Elle prend alors des mesures sur la densité, la température et la composition de l’atmosphère et réussit à les transmettre jusqu’à l’URSS. Les dernières informations envoyées par Venera 4 précisaient alors une température dépassant 260°C pour une pression de 22 atmosphères. Les instruments à bord de la capsule ont également pu livrer les premières données de l’atmosphère vénusienne composée à plus de 90% de CO2, 1,6% de vapeur d’eau pour seulement 0,8% d’oxygène. A 24 km d’altitude, les informations cessent car, très probablement écrasée par la pression, la sonde s’est éteinte après une descente qui a duré 1h50.

L’Union soviétique exultait. Son succès était sans partage, d’autant plus que Mariner 5, la seule sonde américaine jusqu’alors envoyée vers Vénus, n’a réussi qu’à frôler la mystérieuse planète à 4 094 km, le 19 octobre 1967, le lendemain de l’exploit de Venera 4. Reconnaissons toutefois que la propagande communiste a bien œuvré, ne serait-ce qu’en dissimulant les nombreuses échecs…

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

 

Références

Deux ouvrages :

Soviet Robots in the Solar System : Mission Technologies and Discoveries, de Wesley T. Huntress JR et Mikail Y. Marov, Springer-Praxis, 2011

L’encyclopédie soviétique de l’astronautique mondiale, éd. Mir, Moscou, 1971

Une vidéo sur Venera 4 (en anglais)

 

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