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<strong>FRAPPER ET RÉGÉNÉRER</strong>

<strong>GROUPE AÉRONAVAL</strong> <strong>LE GROUPE AÉRONAVAL DU « CHARLES DE GAULLE » EST UN OUTIL DE PROJECTION DE PUISSANCE, MAIS AUSSI UNE BASE AÉRONAVALE MOBILE CAPABLE DE SOUTENIR SES APPAREILS ET DE FORMER CONTINUELLEMENT DE NOUVEAUX PILOTES.

DÉFENSE L'instant est solennel. Dans le carré des officiers du « Charles de Gaulle », l'état-major et des représentants de tous les services du bâtiment se sont rassemblés. Devant le commandant du porte-avions se tiennent quatre jeunes pilotes qui viennent d'être qualifiés à l'appontage. Dans quelques instants, le Pacha va leur remettre le « patch » du navire, marquant ainsi leur entrée dans la famille restreinte des « pilotes de porte-avions ». Nous sommes à la veille du retour du « Charles de Gaulle » à Toulon après cinq mois de mission. Le moment est symbolique. Si les frappes contre Daech sont terminées depuis plusieurs jours, l'activité à bord n'a pas cessé et jusqu'à la fin de la mission le « Charles de Gaulle » a poursuivi ses missions organiques en préparation a de qui des futurs déploiements. L'embarquement au milieu de la Méditerranée de ces quatre pilotes de Rafale en cours de formation ou le tir de missiles Aster réalisé le matin de l'accostage en témoignent. C'est cette dualité du porteavions qui en fait un outil si souple. Une souplesse qui a permis au groupe aérien embarqué (GAé) de frapper Daech dès le 23 novembre depuis la Méditerranée orientale, quelques jours seulement après avoir appareillé depuis son port base. Les frappes prévues initialement à partir 27 décembre, depuis le golfe Arabo-Persique, ont été avancées sur décision du président de la République au lendemain des attentats de Paris. Le porte-avions a donc fait route vers l'est de la Méditerranée pour venir compléter le dispositif de l'opération Chammal, déjà en place depuis septembre 2014. Avec les chasseurs de l'armée de l'Air et le soutien des ravitailleurs français et alliés, les appareils de l'aéronavale ont conduit pendant plusieurs jours un « surge », une intensification temporaire du rythme des frappes. A l'issue de cette période intense, le GAN rejoint le golfe Arabo-Persique pour intégrer la Task Force 50 l'US Navy. Une force dont l'amiral René-Jean Crignola, commandant du GAN, a pris le commandement, une première qui témoigne du niveau de confiance développé avec les Etats-Unis.

GAÉ ÉLARGI. Le GAN connaissait déjà le théâtre du Levant et l'opération Chammal, à laquelle il avait participé début 2015 dans le cadre de la mission Arromanches 1. Pour Arromanches 2, le groupe aérien embarqué (GAé) avait été élargi. Cette fois ce sont dix-huit Rafale et huit Super Etendard Modernisés (SEM) qui ont été embarqués. Par rapport à la mission précédente, le GAé a également bénéficié de la présence d'un second E2C Hawkeye. Comme d'habitude, deux Dauphin et une Alouette III étaient à bord pour assurer le rôle de Pedro.

L'augmentation du volume du GAé a permis d'accroître l'effet militaire du GAN. Dans le ciel du Moyen-Orient, les chasseurs français ont principalement effectué des missions de CAS (Close Air Support : appui aérien rapproché) au profit des troupes luttant contre Daech. Les appareils français ont notamment joué un rôle important lors des batailles de Ramadi et de Mossoul. Les Rafale de la Marine nationale ont bénéficié de deux nouveautés qui ont accru leur efficacité durant cette opération.

Pour la première fois les flottilles 11F et 12F (embarquée en partie) ont pu mettre en oeuvre la bombe AASM avec un guidage mixte Laser-GPS, offrant une plus grande souplesse d'emploi. Les pilotes ont aussi apprécié la mise à jour logicielle issue du standard F3.4+ du Rafale, facilitant les rapports avec les contrôleurs aériens avancés.

Ces derniers sont en partie basés dans les centres de commandement de la coalition en dehors de l'Irak. Ils analysent la situation grâce aux images capturées par les drones et les chas-seurs et les échanges avec les troupes au sol. Les procédures de tir au-dessus de l'Irak et de la Syrie sont très complexes. Les autorisations de tir ne sont données qu'après plusieurs vérifications de la validité de la cible. Comme l'expliquent les pilotes, tout est fait pour éviter les dommages collatéraux.

PRÉPARER L'AVENIR. Les chasseurs français ont également réalisé quelques frappes en profondeur contre des objectifs déterminés par le commandement de la coalition. A cette occasion, les Rafale de l'aéronavale, en collaboration avec les appareils de l'armée de l'Air, ont employé le missile Scalp pour la première fois depuis la Libye en 2011. Un missile qui peut être tiré à longue distance, limitant ainsi la durée des missions et qui peut frapper avec précision des objectifs durcis.

En dehors des frappes, les appareils français ont réalisé de nombreux vols de reconnaissance aboutissant à l'établissement d'environ 2000 dossiers d'objectifs permettant de planifier de futures frappes. Les E2C ont participé à ces missions de recueil de renseignement. Leur présence en l'air permet d'établir une image de la situation dans la zone. Ces appareils jouent aussi un rôle majeur de relais de commandement et de contrôle. Des missions qui s'ajoutent à la tâche de guet aérien pour laquelle ce type d'appareil a été conçu.

L'élargissement du GAé avait un autre objectif : préparer le passage au tout Rafale. Le SEM était déployé pour la dernière fois et la prochaine fois que le « Charles de Gaulle » partira en mission, il n'embarquera que des Rafale. C'est pourquoi le bâtiment embarquait une partie de la 12F en plus de la flottille 11F au complet. Le commandant du « Charles de Gaulle » a exprimé sa satisfaction d'avoir contribué avec son équipage à la préparation du GAé de 2018. Car, en parallèle des vols opérationnels, les chasseurs embarqués ont également été utilisés pour effectuer des missions de formation et d'entraînement. Des jeunes pilotes ont été emmenés durant ce déploiement pour se qualifier, voire se confirmer à l'appontage. Pas encore aptes aux opérations, ils n'ont pas volé au-dessus de l'Irak et de la Syrie, mais ont bénéficié de l'expérience des pilotes plus anciens qui, eux, réalisaient en moyenne un vol opérationnel tous les trois jours et un vol d'entraînement tous les deux jours. Les marins parlent de vols « organiques ». La poursuite de la formation est le fruit d'une réflexion faite au lendemain de l'opération Harmattan en Libye. Il est apparu qu'en se dédiant trop fortement aux opérations, le GAé compromettait en partie son avenir. La régénération du potentiel humain est une force du porte-avions, mais elle ne signifierait pas grand-chose sans sa capacité de régénération de son potentiel technique. Ce qui fait du « Charles de Gaulle » une véritable base aéronavale mobile, ce sont aussi ses moyens techniques embarqués.

Le porte-avions embarque 530 techniciens aéronautiques travaillant pour les flottilles ou pour les ateliers du bâtiment. Ces équipes bénéficient de plus d'un million de pièces de rechange embarquées au moment de l'appareillage et complétée pendant la mission par des ravitaillements venus de métropole. Douze moteurs M88 de Rafale avaient par exemple été embarqués à Toulon. Un stock qui permet largement de dépanner les avaries, d'autant que l'équipage dispose à bord des ateliers et du banc d'essai permettant de réparer ce type de moteurs.

BONNE DISPONIBILITÉ. Le travail des équipes technique, donne lieu à des chiffres éloquents. Les appareils embarqués ont totalisé plus de 5000 heures de vol. Plus de 2000 catapultages ont été réalisés et les taux de disponibilité ont été très bons. 92 % pour le Rafale ou encore 88 % pour le SEM.

Le « Charles de Gaulle » rentré à Toulon, l'opération Chammal se poursuit. L'armée de l'Air assume de nouveau seul le poids des frappes en attendant un éventuel prochain déploiement du GAN ou le déploiement à terre des Rafale de la Marine au côté de leurs homologues aviateurs. ¦ « CDG » : un arrêt intermédiaire avant un arrêt majeur Cet été, le « Charles de Gaulle » fera un arrêt au stand à l'occasion d'un arrêt technique intermédiaire. Le bâtiment sera ensuite apte à reprendre la mer jusqu'au début de l'année 2017. Débutera alors le deuxième arrêt technique majeur du porte-avions. Un chantier de dix-huit mois, comprenant un ensemble de travaux importants qui devraient permettre au bâtiment de durer jusqu'aux années 2040. Les infrastructures liées au SEM seront notamment débarquées. Un radar Smart-S sera intégré ainsi qu'un nouveau système optronique et un nouveau miroir d'appontage.

Trois questions à l'amiral René-Jean Crignola, commandant du Groupe aéronaval « Nous avons exploré les capacités des Fremm » Quels ont été les effets de l'arrivée du GAN dans l'opération Chammal? Il y a eu des effets militaires auxquels la France a largement participé en triplant ses moyens aériens avec l'arrivée du GAN. La France a ainsi très largement contribué à la bataille de Ramadi et au fait que Daech soit aujourd'hui sur la défensive. Il y a aussi un effet psychologique, les informations qui nous remontent du terrain montrent que l'accroissement de l'appui aérien décuple la détermination à combattre des troupes irakiennes ou kurdes qui combattent Daech. Enfin, avec le GAN, le poids de la France dans la coalition a augmenté. Le dialogue avec les partenaires de la coalition a évolué, notamment pour le partage de renseignements. Dès que nous sommes arrivés dans le Golfe, j'ai pris le commandement de la Task Force 50 américaine. Nous avons créé un rapport de partenariat plus fort avec les Etats-Unis, avec un niveau de confiance très important permettant d'ouvrir le partage de renseignement dans la coalition.

Comment s'est déroulé le déploiement des Fremm dans le GAN et comment se dessinent les futures capacités du groupe aéronaval français avec ces bâtiments? Ce déploiement a été particulièrement intéressant pour cela. Nous avons non seulement intégré l'« Aquitaine » dans le GAN, mais nous avons eu aussi la « Provence ». Ce GAN préfigurait donc le format de la Marine en 2025. Nous avons même eu à un moment donné les deux Fremm en même temps au sein du GAN. L'une a déjà été admise au service actif, l'« Aquitaine ». Nous avons donc exploré tous les champs capacitaires du bâtiment pour les améliorer. La « Provence » au contraire n'a pas encore été admise au service actif, nous avons donc eu une autre démarche en cherchant les pistes d'amélioration avant que le bâtiment ne devienne opérationnel. Je crois que le croisement de ces deux démarches est extrêmement productif. Ces bâtiments sont très prometteurs, les premiers résultats sont excellents. Je suis convaincu qu'un bateau naît d'autant mieux dans sa vie opérationnelle qu'on l'y plonge tout petit.

MARINE NATIONALE L'« Aquitaine » a été exploitée notamment dans le champ de la lutte antiaérienne, j'ai saisi l'occasion d'une relâche opérationnelle du « Chevalier Paul », pour faire assumer en bonne partie les fonctions de lutte antiaérienne à l'« Aquitaine ». Les enseignements ont été très riches, parfois nous avons vu les limites du bâtiment dans ce domaine, mais parfois nous avons été surpris par ses capacités et la qualité de ses capteurs et du radar.

A l'avenir, les Fremm participeront-elles aux frappes avec le missile de croisière naval? Bien sûr, le MDCN ouvrira une capacité attendue dans la Marine et qui va élargir notre capacité de projection de puissance. Nous allons changer de braquet avec cet outil extrêmement précis et puissant. Nous avons exploré le domaine d'action de cet outil en effectuant notamment des exercices avec les Américains pour mesurer et améliorer notre interopérabilité. Nous avons vérifié que s'il en était besoin, nous pourrions conduire des frappes coordonnées et simultanées.

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