0
Défense
Spatial Militaire: Pékin défie Washington
Spatial Militaire: Pékin défie Washington

| Yannick Genty-Boudry

Spatial Militaire: Pékin défie Washington

La navette automatique chinoise CSSHQ lancée le 4 septembre dernier a placé en orbite un satellite à seulement 50 km du véhicule USA 276. L'une des plateformes les plus sensibles de l'arsenal spatial américain.

Alors que Pékin vient de procéder à la mise en orbite d’une constellation de 9 satellites d’imagerie radar Gaofen 3 au moyen d’une fusée CZ-11 tirée depuis une plateforme navale, on en sait désormais d’avantage sur le mystérieux avion orbital CSSHQ chinois qui a été lancé le 4 septembre dernier, et qui s’assimilerait à la navette automatique américaine X-37B. Une navette réutilisable de 5T, capable de manoeuvrer en orbite basse entre 200 et 700 km d’altitude, et d’emporter en soute des charges utiles aussi diverses que des satellites, des capteurs ISR, ou des armements. Avec une masse de 8,5 T CSSHQ aurait une capacité d'emport supérieure au X-37B.

X-37b.jpg
Le X-37b américain.jpg ©
X-37b.jpg
map_4sep2020_SSC_0730UT_anot.jpg
Le site de lancement de Jiuquan et l'orbite suivie par le véhicule chinois lancé le 4 septembre.jpg ©
map_4sep2020_SSC_0730UT_anot.jpg
Landing Lop Nor.jpg
Le site d'atterrissage de la navette chinoise à Lop Nor photographié par un satellite de la start-up Planet Lab.jpg ©
Landing Lop Nor.jpg

Une démonstration capacitaire

Le vaisseau chinois ne s’est pas contenté d’orbiter pendant deux jours suivant une trajectoire proche de celle communément utilisée par le véhicule trans-orbital américain (332x348 km, inclinaison 50.2°). Quelques heures avant d’atterrir à proximité du centre d’essais nucléaires de Lop-Nor dans le désert du Taklamakan et d’être photographié par l’un des satellites de la société Planet Lab, le NORAD américain a détecté qu’un second véhicule s’était détaché du premier. Or, selon les recherches publiées il y a quelques heures par un jeune radio-amateur russe, nous savons désormais que l’objet N° 46395 ne serait pas un panneau solaire comme l’ont cru tout d’abord certains experts, mais bel et bien un satellite artificiel qui émet de manière régulière sur 4 Mhz et 2,480 Ghz, selon une modulation jusqu’alors peu utilisée par les chinois. L’auteur de cette découverte, Dimitri Pashkov, a traité pendant une semaine plus de 4 To de données sur son ordinateur personnel grâce à un logiciel de sa conception. Le jeune développeur russe n’est pas inconnu des spécialistes. En avril dernier, il avait démontré que le premier satellite militaire iranien, Noor, était en fait un simple Cubesat 6U de 20 sur 30 cm de côtés. Mais surtout, selon les observations du Dr Marco Langbroek, ce satellite évoluerait à seulement 50 km au dessus d’un autre véhicule orbital américain encore plus confidentiel que le X-37B, et sur lequel le Pentagone ne s’est jamais exprimé, USA 276. Nous savons toutefois que son concepteur, Ball Aerospace, est non seulement spécialisé dans les satellites d'observation, mais également dans les dispositifs de communication par laser afin de déjouer les opérations de brouillage adverses. Hautement manoeuvrant, ce véhicule avait décrit des spirales autour de la station ISS jusqu'à moins de 4 km de distance en juin 2017. Selon certains observateurs comme Emmanuel Chiva, ceci pourrait démontrer qu' USA 276 aurait en fait un rôle d'ange gardien des plateformes de reconnaissance américaines contre toute attaque extérieure.  Il est pour l’instant trop tôt pour savoir si 46395 est dévolu à une simple mission de test, à une mission de surveillance, ou même d’ « inspection » des plateformes orbitales américaines. Mais rappelons néanmoins que depuis le programme Shiyan-7 (SY-7), les chinois disposent désormais de l’ensemble de ces capacités.

46395 freq.png
L'activité radio de l'objet 46395.png ©
46395 freq.png
China_spaceplane_4sep2020_0741UT_SSC.png
Le satellite 46395 à seulement 50 km au-dessus d'USA 276.png ©
China_spaceplane_4sep2020_0741UT_SSC.png
USA 276 ISS.png
L'une des spirales décrite par USA 276 autour de la station ISS en juin 2017.png ©
USA 276 ISS.png
inpector.jpeg
Le satellite d'inspection Shiyan-7 est capable de mener des opérations de sabotage grâce à ses bras robotisés.jpeg ©
inpector.jpeg

Un projet planifié de longue date

L’intérêt que Pékin porte aux avions orbitaux n’est pas récent. La Chine avait en effet exprimé son souhait de participer au projet européen Hermès dés les années quatre-vingt. En septembre 2006, lors du congrès spatial de Valence en Espagne, l’académie en charge des lanceurs chinois (CALT) avait présenté une road-map dont l’objectif était de développer trois générations d’avions orbitaux. La première devant officiellement être lancée en 2020. En fait les travaux sur le démonstrateur Shenlong avaient débuté en 2001 suite aux instructions du dixième plan quinquennal. Un brain-trust d'ingénieurs issus de l'Institut 611 du groupe Chengdu, des universités de Nankin et Harbin, mais aussi du groupe industriel CAC, est constitué pour mener à bien le projet. Le premier test en vol est effectué en 2005 après largage depuis un bombardier H-6. En 2010, quelques semaines après le début de la première mission du X-37B, le Shenlong lancé par une fusée Long March 2C SLV effectue son premier vol sub-orbital à 100 km d'altitude. Le 8 janvier 2011, la chaine de télévision Shaanxi TV affirme que le démonstrateur est parvenu à revenir au sol en atterrissant à l'horizontal.  Bien que plus petit avec 6 m de long, son design et ses missions sont extrêmement proches de son modèle américain. En 2013, des rumeurs circulent sur l’internet chinois selon lesquelles le CALT aurait testé le 20 septembre un nouvel appareil, l’Aotian-1, dont la mission de ravitaillement s’assimilerait elle au Dream Chaser de l’américain Sierra Nevada. Toutefois aucun élément probant n’est venu jusqu’à aujourd’hui confirmer cette information.

Shenlong h6.jpg
La navette Shenlong lancée en 2010 depuis un bombardier H-6.jpg ©
Shenlong h6.jpg

Une nouvelle menace hypersonique ?

En somme, Pékin poursuit sa stratégie de militarisation de l’espace en répondant segment par segment aux capacités américaines. Si cette plateforme suborbitale entre en service opérationnel, Pékin sera alors non seulement en mesure de procéder à des lancements discrets de micro-satellites de reconnaissance, de mener des missions ASAT, mais surtout de réaliser en orbite basse des frappes au sol au moyen d’armements hypersoniques. Des frappes qui ne laisseraient aux adversaires des chinois que quelques dizaines de secondes pour réagir.

Répondre à () :


Captcha

| | Connexion | Inscription