Premier tir d'un planeur hypersonique français
Premier tir d'un planeur hypersonique français
© DGA

publié le 27 juin 2023 à 14:10

913 mots

Premier tir d'un planeur hypersonique français

Ce 26 juin, un démonstrateur du planeur hypersonique VMaX a été tiré depuis Biscarosse par la DGA. L'objectif du tir était de récolter des données en conditions réelles afin d’affiner le programme, en vue des futurs essais. Une véritable course semble s'engager à travers les puissances mondiales concernant l'hypersonique (missiles ou planeurs) mais la France avait failli, au beau milieu de la guerre froide, devenir la première puissance équipée d’un planeur hypersonique.


Un suspens

La semaine dernière, un avertissement à la navigation avait été émis à l'Ouest du centre d'Essai de Missiles de la DGA de Biscarrosse (Landes, France) jusqu'au Sud-Ouest de l'Irlande, et ce, du 26 au 30 juin. Il n'est pas rare de voir ces annonces car la façade Ouest de la France, donnant directement sur l'Atlantique, est souvent utilisée pour les essais de missiles longue portée. Le 19 avril dernier, le sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) Le Terrible (S619, classe Le Triomphant) tirait un missile M51 vers l'Atlantique (article sur le sujet). Cependant, la forme de la zone ne coïncidait pas avec un tir de M51 : un missile anti-navire longue portée ? Peut-être le tout premier tir du VMaX ou Véhicule Manœuvrant eXpérimental ? Les premières images (tweet ci-dessous) publiées sur les réseaux sociaux avaient déjà permis de confirmer qu'un tir avait eu lieu.

Premier tir du VMaX

Ce 27 juin, la DGA (Direction Générale de l'Armement) a confirmé avoir tiré le 26 juin à 22h (heure de Paris) une fusée sonde depuis son site de Biscarrosse. La fusée emportait un démonstrateur du fameux planeur hypersonique VMaX. Le but de cet essai était de récolter des données en conditions réelles et en tirer des conclusions pour le futur développement de cette technologie de pointe.

Aujourd'hui, les planeurs hypersoniques sont au centre d'une véritable course technologique entre les différentes grandes puissances. Les missiles balistiques intercontinentaux voient leur efficacité diminuée suite à la montée en puissance des défenses antimissiles multicouche. Le principe est très simple ; il est possible de prédire la trajectoire du missile car ce dernier effectue une courbe balistique (tel un bouchon éjecté d'une bouteille de champagne). Cette prédiction, couplée avec des radars, permet de placer efficacement des défenses sur la trajectoire des missiles stratégiques.

Or, un missile équipé d'un planeur hypersonique sera extrêmement difficile à intercepter ; une fois largué dans la haute atmosphère, le planeur ne descend pas directement vers sa cible et va littéralement rebondir avec l'atmosphère, et ce, tout en suivant une trajectoire non prédictible (avec des rebonds et des phases de plané). Une fois arrivé non loin de la zone d'impact, le planeur plonge directement vers sa cible et atteint une vitesse très élevée. L'impact cinétique du planeur est tel qu'il peut déjà effectuer de gros dégâts. Il suffit d'imaginer le potentiel avec une charge nucléaire.

Vers un remplacement des capacités ?

Si les missiles ou planeurs hypersoniques sont de nouvelles technologies, il est peu probable qu'ils ne viennent remplacer l'entièreté des capacités de frappes, qu'elles soient classiques ou nucléaires. La raison est simple : les coûts très élevés du développement et de la construction de tels engins. Dans le cas d'un planeur, sa vitesse officielle est "supérieure à Mach 5" (6.174 km/h) mais les annonces des différents programmes à travers le monde semblent se diriger vers une vitesse approchant Mach 20 (soit 24.696 km/h) ! À cette vitesse, la chaleur générée par les frottements, le besoin d'être capable de voler et de manœuvrer dans la haute atmosphère,... demandent des alliages très spéciaux, sans compter les technologies de guidages et la charge militaire devant résister à de telles conditions. En revanche, une frappe de missiles ou planeurs hypersoniques (charge militaire classique) permettrait de détruire des défenses antimissiles et donc, d'ouvrir la voie à des missiles (charge classique) supersoniques ou encore à des missiles intercontinentaux (charge nucléaire).

Planeur hypersonique Falcon (HTV-2 ou Hypersonic Technology Vehicle 2).
Planeur hypersonique Falcon (HTV-2 ou Hypersonic Technology Vehicle 2). © DARPA
Planeur hypersonique Falcon (HTV-2 ou Hypersonic Technology Vehicle 2).

Un planeur hypersonique français en pleine guerre froide

Si les développements sont assez récents, la France rêvait déjà de détenir un planeur hypersonique… dès les années 1960 ! A cette époque, la Délégation Ministérielle pour l’Armement (DMA), ancêtre de l’actuelle DGA, pilotait le programme VERAS ou Véhicule Expérimental de Recherches Aérothermodynamiques et Structurales.

Dès 1965, le programme se concrétise avec la participation de Nord-Aviation (l’une des entreprises qui formera plus tard Airbus), l’Université de Poitiers, le Centre d’Essais Aéronautiques de Toulouse (CEAT, devenu aujourd’hui DGA Techniques Aéronautiques [DGA TA]),… Une étude de faisabilité a été lancée. Celle-ci se concentrait sur un planeur hypersonique propulsé avec les fusées de l’époque (comme par exemple le lanceur Diamant). Cette étude a été validée en 1967 par le ministère des Armées et le planeur est même exposé au Salon du Bourget en 1969.

Le programme sera brusquement arrêté en 1971 suite à la complexité du programme et le coût des matériels utilisés pour protéger ce projet de planeur… d’une tonne ! Il n'empêche, le programme était pour ainsi dire révolutionnaire pour son époque... voire même trop en avance sur les technologies disponibles à ce moment-là.

Article modifié à 16h30, le 27 juin 2023.

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27/06/2023 14:10
913 mots

Premier tir d'un planeur hypersonique français

Ce 26 juin, un démonstrateur du planeur hypersonique VMaX a été tiré depuis Biscarosse par la DGA. L'objectif du tir était de récolter des données en conditions réelles afin d’affiner le programme, en vue des futurs essais. Une véritable course semble s'engager à travers les puissances mondiales concernant l'hypersonique (missiles ou planeurs) mais la France avait failli, au beau milieu de la guerre froide, devenir la première puissance équipée d’un planeur hypersonique.

Premier tir d'un planeur hypersonique français
Premier tir d'un planeur hypersonique français

Un suspens

La semaine dernière, un avertissement à la navigation avait été émis à l'Ouest du centre d'Essai de Missiles de la DGA de Biscarrosse (Landes, France) jusqu'au Sud-Ouest de l'Irlande, et ce, du 26 au 30 juin. Il n'est pas rare de voir ces annonces car la façade Ouest de la France, donnant directement sur l'Atlantique, est souvent utilisée pour les essais de missiles longue portée. Le 19 avril dernier, le sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) Le Terrible (S619, classe Le Triomphant) tirait un missile M51 vers l'Atlantique (article sur le sujet). Cependant, la forme de la zone ne coïncidait pas avec un tir de M51 : un missile anti-navire longue portée ? Peut-être le tout premier tir du VMaX ou Véhicule Manœuvrant eXpérimental ? Les premières images (tweet ci-dessous) publiées sur les réseaux sociaux avaient déjà permis de confirmer qu'un tir avait eu lieu.

Premier tir du VMaX

Ce 27 juin, la DGA (Direction Générale de l'Armement) a confirmé avoir tiré le 26 juin à 22h (heure de Paris) une fusée sonde depuis son site de Biscarrosse. La fusée emportait un démonstrateur du fameux planeur hypersonique VMaX. Le but de cet essai était de récolter des données en conditions réelles et en tirer des conclusions pour le futur développement de cette technologie de pointe.

Aujourd'hui, les planeurs hypersoniques sont au centre d'une véritable course technologique entre les différentes grandes puissances. Les missiles balistiques intercontinentaux voient leur efficacité diminuée suite à la montée en puissance des défenses antimissiles multicouche. Le principe est très simple ; il est possible de prédire la trajectoire du missile car ce dernier effectue une courbe balistique (tel un bouchon éjecté d'une bouteille de champagne). Cette prédiction, couplée avec des radars, permet de placer efficacement des défenses sur la trajectoire des missiles stratégiques.

Or, un missile équipé d'un planeur hypersonique sera extrêmement difficile à intercepter ; une fois largué dans la haute atmosphère, le planeur ne descend pas directement vers sa cible et va littéralement rebondir avec l'atmosphère, et ce, tout en suivant une trajectoire non prédictible (avec des rebonds et des phases de plané). Une fois arrivé non loin de la zone d'impact, le planeur plonge directement vers sa cible et atteint une vitesse très élevée. L'impact cinétique du planeur est tel qu'il peut déjà effectuer de gros dégâts. Il suffit d'imaginer le potentiel avec une charge nucléaire.

Vers un remplacement des capacités ?

Si les missiles ou planeurs hypersoniques sont de nouvelles technologies, il est peu probable qu'ils ne viennent remplacer l'entièreté des capacités de frappes, qu'elles soient classiques ou nucléaires. La raison est simple : les coûts très élevés du développement et de la construction de tels engins. Dans le cas d'un planeur, sa vitesse officielle est "supérieure à Mach 5" (6.174 km/h) mais les annonces des différents programmes à travers le monde semblent se diriger vers une vitesse approchant Mach 20 (soit 24.696 km/h) ! À cette vitesse, la chaleur générée par les frottements, le besoin d'être capable de voler et de manœuvrer dans la haute atmosphère,... demandent des alliages très spéciaux, sans compter les technologies de guidages et la charge militaire devant résister à de telles conditions. En revanche, une frappe de missiles ou planeurs hypersoniques (charge militaire classique) permettrait de détruire des défenses antimissiles et donc, d'ouvrir la voie à des missiles (charge classique) supersoniques ou encore à des missiles intercontinentaux (charge nucléaire).

Planeur hypersonique Falcon (HTV-2 ou Hypersonic Technology Vehicle 2).
Planeur hypersonique Falcon (HTV-2 ou Hypersonic Technology Vehicle 2). © DARPA
Planeur hypersonique Falcon (HTV-2 ou Hypersonic Technology Vehicle 2).

Un planeur hypersonique français en pleine guerre froide

Si les développements sont assez récents, la France rêvait déjà de détenir un planeur hypersonique… dès les années 1960 ! A cette époque, la Délégation Ministérielle pour l’Armement (DMA), ancêtre de l’actuelle DGA, pilotait le programme VERAS ou Véhicule Expérimental de Recherches Aérothermodynamiques et Structurales.

Dès 1965, le programme se concrétise avec la participation de Nord-Aviation (l’une des entreprises qui formera plus tard Airbus), l’Université de Poitiers, le Centre d’Essais Aéronautiques de Toulouse (CEAT, devenu aujourd’hui DGA Techniques Aéronautiques [DGA TA]),… Une étude de faisabilité a été lancée. Celle-ci se concentrait sur un planeur hypersonique propulsé avec les fusées de l’époque (comme par exemple le lanceur Diamant). Cette étude a été validée en 1967 par le ministère des Armées et le planeur est même exposé au Salon du Bourget en 1969.

Le programme sera brusquement arrêté en 1971 suite à la complexité du programme et le coût des matériels utilisés pour protéger ce projet de planeur… d’une tonne ! Il n'empêche, le programme était pour ainsi dire révolutionnaire pour son époque... voire même trop en avance sur les technologies disponibles à ce moment-là.

Article modifié à 16h30, le 27 juin 2023.



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