2
Défense
L'opération Barkhane à nouveau pointée du doigt
L'opération Barkhane à nouveau pointée du doigt
© Ministère des Armées

| BOQUET Justine 908 mots

L'opération Barkhane à nouveau pointée du doigt

L'opération Barkhane a été le sujet de vives critiques lors de ces dernières semaines. Si des succès opérationnels ont été constatés, les pertes humaines côté français viennent questionner cette opération, lancée il y a presque 8 ans.

Barkhane.

S'il était déjà prévu de dresser un bilan de l'opération Barkhane à travers une mission d'information, les récentes pertes humaines survenues au Sahel lors des fêtes de fin d'année ont provoqué une vive réaction en France. Ils sont cinq à avoir perdu la vie entre fin décembre et début janvier. Le 28 décembre, lors d'une mission d'escort, le brigadier-chef Tanerii Mauri et les chasseurs de première classe Dorian Issakhanian et Quentin Pauchet sont morts au combat lorsque leur véhicule blindé léger a rencontré un IED (engin explosif improvisé). Quelques jours plus tard, le 2 janvier, le brigadier Loïc Risser et la sergente Yvonne Huynh, appartenant tous deux au 2ème régiment de hussards de Haguenau, sont décédés. Là aussi, alors qu'ils étaient à bord de leur VBL, celui-ci « a explosé au contact d'un engin explosif improvisé », rapporte le Ministère des Armées. Cinq pertes humaines, intervenues dans un délai de temps court, venant questionner les moyens de la force Barkhane et les capacités de protection. Un bilan humain tragique qui amène à se questionner sur le résultat de cette opération, lancée en 2013 avec Serval.


L'heure de faire le point.

Ces nouvelles ont ému et sont donc venues questionner cette opération, dont l'avenir, sous la forme actuelle, semble incertain. Dès le 29 décembre, le sénat, à travers la commission des affaires étrangères et de la défense, et son président Christian Cambon, appelait à mener une réflexion sur Barkhane. « Le rôle du Parlement ne peut se limiter à constater et déplorer les pertes successives de nos soldats admirables. Il est aussi d'engager le débat sur les perspectives de cette opération. J'observe d'une part que les conditions politiques au Mali ont considérablement changé depuis 2013, et d'autre part que tout le monde sait que la solution ne pourra pas seulement être militaire », souligne Christian Cambon. Le refrain est bien connu et la nécessité de compléter la réponse militaire par des actions économiques et sociales revient fréquemment sur la table. La France en est d'ailleurs consciente et nombreux sont ceux, au sein de la classe politique et opérationnelle, à le rappeler. Mais si le constat est fait, voit-on réellement émerger des solutions au niveau local ? Face à la complexité de la situation, Christian Cambon a ainsi demandé qu'un débat en séance publique avec le gouvernement soit tenu le 9 février. « Nous avons besoin de savoir ce que le Gouvernement compte faire, et avec quelles perspectives de succès », insiste-t-il. La ministre des armées, Florence Parly, devrait quant à elle être entendue sur le sujet dès le 20 janvier prochain, dans le cadre d'auditions lancées dès 2020.


Une opération sans fin ?

La France Insoumise s'est elle aussi exprimée sur le sujet en pointant du doigt le bilan humain mais également l'équipement des militaires français. « Elle regrette que nul n'interroge son bilan ni même la vulnérabilité de nos soldats et de leurs véhicules aux engins explosifs improvisés », fait savoir la France Insoumise dans un communiqué. « Aujourd'hui, l'enlisement est clair, nos soldats meurent, le gouvernement pilote à vue, et les objectifs qu'il poursuit sont plus incertains que jamais », dénonce le groupe politique.


L'avenir.

Se pose donc désormais la question de l'avenir de l'opération Barkhane. Si des succès opérationnels sont malgré tout à noter, avec la neutralisation d'un grand nombre de terroristes à la fin de l'automne, une nouvelle approche semble nécessaire. « Nous serons probablement amenés à ajuster ce dispositif : un renfort, par définition, c'est temporaire », a déclaré Florence Parly au Parisien. La majorité tempère. « Quand on engage la force, on sait qu'il y a des risques. La mort peut être une conséquence. Cependant on ne fixe pas une stratégie sur des accidents aussi dramatiques. Le combat doit continuer », souligne de son côté Thomas Gassilloud, député du groupe Agir.

Interrogé mardi 5 janvier par Air&Cosmos, il rappelle que si la réponse militaire n'est pas suffisante, elle représente un préalable indispensable à la stabilité. Et ce n'est pas pour autant que la France s'est désintéressée des autres actions à mener, comme l'a traduit les conclusions du sommet de Pau, avec deux piliers miliaires et deux piliers consacrés à des actions complémentaires, à savoir le retour à l'Etat local et le développement. « Aujourd'hui ces sujets sont davantage aux mains des Etats locaux et certains s'en sortent bien, à l'instar de la Mauritanie qui a mis en place des politiques publiques », décrit Thomas Gassilloud. Au Mali la situation est plus complexe au regard du paysage politique. « Le coup d'Etat au Mali complexifie la donne, qui était déjà bien complexe. Les autorités militaires, actuellement au pouvoir, manquent de légitimé pour mener les actions nécessaires et manquent de profondeur puisqu'elles sont temporaires », ajoute le député français.

Enfin questionné sur l'avenir de l'opération Barkhane, Thomas Gassilloud adopte une posture moins manichéenne et appelle à une analyse globale de la situation. Il rappelle ainsi que si nous n'avons pas gagné la guerre contre le terrorisme, de belles batailles ont été remportées et que les objectifs militaires fixés à Pau ont été atteints. « De nombreux chefs djihadistes ont été éliminés et les circuits logistiques durement touchés. Les armées locales poursuivent leur montée en puissance. Il faut faire preuve d'humilité sur ce que nous sommes capables de faire avec 5 000 soldats sur un territoire aussi dense que le Sahel. Il faut également se rappeler que nous avons 15 000 ressortissants français dans la région et que c'est notre devoir de les protéger. Par ailleurs, une partie de notre sécurité en France se joue aussi au Sahel », complète-t-il.

Répondre à () :


Captcha
F(ançois Grunewald | 06/01/2021 14:19

Bonnes questions. D'ailleurs les militaires savent bien qu'on les a mis dans un "mission impossible", avec une composante "police" (contrôle des trafics) pour laquelle ils ne sont pas outillés. Petit point de détail: on devrait arrêter de dire IED "improvisé". ces engins n'ont rien d'improvisés. Ils sont fabriqués avec des SOP, des plans, et du matériel dédié. Ils sont parfois activés par des fils, des dispositifs à pression, voire des telephones mobiles avec des guetteurs qui guettent et déclenchent à distance. Rien d'improvisé, mais dans la grande tradition des embuscades.

Serge | 07/01/2021 16:03

Bon article mais écrire mission d’escort !!! Cela ne fait pas sérieux voire irrespectueux pour nos soldats Il faut prendre le temps de vérifier avant de publier

Produits du marketplace

| | Connexion | Inscription