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Industrie
Le Japon développera seul son propre chasseur furtif
Le Japon développera seul son propre chasseur furtif
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| Antony Angrand

Le Japon développera seul son propre chasseur furtif

Après moult tergiversations et des négociations à rallonge, le Japon a décidé dans le cadre du développement de son futur chasseur furtif de cinquième génération de ne pas répondre aux propositions de Lockheed Martin et Boeing aux États-Unis et de la Grande-Bretagne par le biais de BAE Systems. Le F-3 sera ainsi entièrement développé au Japon.

Développement local 

"Les propositions de Lockheed Martin, de Boeing et de BAE ont été jugées insatisfaites par rapport à nos besoins", a déclaré un responsable de l’Agence japonaise d’acquisition, de technologie et de logistique (ATLA) du ministère japonais de la Défense. C'est donc vraisemblablement au Japon que sera conçu et développé le chasseur de cinquième génération, furtif, destiné à succéder au F-2, un appareil basé sur le F-16 avec une cellule plus grande et constituée en grande partie en matériaux composites. Si l'appareil a été conçu par Mitsubishi avec l'aide de Lockheed Martin, c'est toutefois  un avion très différent du F-16 du point de vue technique, en dépit des ressemblances. Car sa masse et ses dimensions sont supérieures au F-16, sans parler des équipements qui pour la plupart ont été développés au Japon.

X-2 Shinshin

En 2016, le Japon avait dévoilé un démonstrateur technologique de cinquième génération, baptisé X-2 Shinshin (précédemment nommé ATD-X), lequel devait servir de base pour la réalisation du chasseur F-3. La genèse de l'appareil fut en grande partie due au refus des Etats-Unis de vendre des F-22 au Japon. Ce biréacteur expérimental, aux allures de F/A-18 et de F-22 mélangées, mesurait 14,2 mètres de long et a une envergure de 9,1 m, soit des dimensions légèrement inférieures à celles du F-35. Sa construction fit majoritairement appel à la fibre de carbone. Motorisé par deux turboréacteurs XF5-1 de 5 tonnes de poussée chacun, conçus par le groupe Ishikawajima-Harima Heavy Industries, ces moteurs disposaient d'un rapport masse/poussée intéressant permettant à l'appareil d'évoluer en croisière supersonique sans faire appel à la post-combustion. 

Furtivité 

Le X-2 fut conçu dans l'optique de minimiser sa signature radar, notamment dans les bandes X et C. Ainsi, la plupart des trappes d'accès avaient un dessin en dents de scie, notamment au niveau du train avant, tandis que le radôme et par extension l'avant de l'appareil étaient caractéristiques, avec une nette séparation des surfaces telle qu'on peut la retrouver sur n'importe quel chasseur furtif. 

F-22 + F-35 au shaker

Lockheed Martin a soumis une proposition détaillée sur base d'un biréacteur combinant une cellule de F-22 avec la suite électronique d'un F-35. Bien trop coûteux, a estimé le ministère japonais des finances. Le ministère de la défense japonais a l'intention de se procurer jusqu'à cent chasseurs de cinquième génération à un coût estimé de 50 milliards de dollars à la fin de la décennie 2030. C'est peut-être ce qui explique le revirement japonais, après ce qui semble avoir été des mois et des mois de négociation.  Et, contrairement à la Turquie, le Japon ne fera pas non plus appel à l'aide des sociétés britanniques BAE Systems et Rolls-Royce. 

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mikeul | 27/03/2020 18:28

Le Japon ( avec l'aide des US) , la Corée du Sud ( avec les US) , la Turquie ( avec le support des british) se lancent dans des programmes nationaux et la France - apôtre macronien de la multilatéralité - va faire avec deux autres pays européens ce qu'elle savait faire SEULE dans les années 90. Trouver l'erreur !!

Chaibou nomao | 28/03/2020 09:15

L'alliance militaire entre le Japon et les États Unis a mis en retard le Japon dans la fabrication de matériel de défense. Cette décision japonaise de fabriquer Seul son avion de 5 ème génération fait probablement suite au refus des États-Unis de vendre au Japon des chasseurs de 5ème génération les fameux F22 reaptor plus sophistiqués que les F35 proposés à l'export. Avec un premier ministre nationaliste le Japon cherche par tous les moyens à asseoir une force militaire redoutable. Seulement est ce que le Japon peut fabriquer seul un moteur à vectorisa tion de poussée pour équiper cet avion. Seul l'avenir nous le dira. Quelle sera sa performance par rapport au chasseur j 20 chinois, dont la Chine est en avance sur le Japon et la Corée du Sud,là aussi Seul l'avenir aussi nous répondra.

Mikeul | 28/03/2020 12:05

Je partage vos commentaires. Il n en demeure pas moins vrai que dans un monde où Chine et USA veulent se disputer le leadership pour leur bien propre, la France dans un des rares domaines où elle conservait une compétence et des emplois hautement qualifiés se resoud PAR MANQUE de MOYENS à diluer son expertise avec des nations amies mais aussi concurrentes . Il faut garder à l Esprit qu il il faut 20 environ ans pour reconstruire ce qui a été perdu dans ces domaines . Avis d un ancien qui est soucieux de l avenir

X Noury | 30/03/2020 09:39

Le Japon décide de se lancer seul, l'Inde passe une grosse commande à son industrie nationale, la Grande-Bretagne envisage de construire seule son propre chasseur furtif... Seule la France, après avoir fait cadeau à l'Allemagne, il y a 20 ans, des fruits d'une longue et efficace politique industrielle qui en avait fait l'incontestable nation leader en Europe dans le domaine aérospatial, s'apprête à renouveler l'expérience dans le seul domaine dont elle avait gardé la maîtrise totale : la conception et la fabrication d'un avion de chasse à hautes performance. Et croyez-vous que la coopération décrétée indispensable avec l'Allemagne respecterait les forces en présence, les compétences et l'expérience observables de part et d'autre du Rhin, et donc l'incontestable supériorité française en cette matière ? Non. Pas davantage qu'on le fît en créant l'usine à gaz EADS. Il s'agit d'abord de faire un avion politique, d'offrir un énième gage à "l'axe" franco-allemand, à cette pseudo-amitié à laquelle Paris est prêt à tout sacrifier, du moment que cela agrée Berlin. L'avion et son environnement, le fameux SCAF - ce sera donc 50/50. Moit'-moit', les Allemands au même niveau, à la même altitude que les Français, voilà l'intérêt supérieur que nous défendons ! Les Japonais ont raison, mille fois raison. Au moins ils ne subissent pas la contrainte d'être obligés de coopérer, même lorsque cela n'est pas nécessaire. Ils ne sont pas soumis à l'obligation de partager leur technologie, de brader leurs acquis et leurs compétences, de renoncer à définir eux-mêmes leurs besoins. Notre obsession de renoncement à la souveraineté militaro-industrielle nous a déjà permis de nous dissoudre dans la plupart des domaines : nos lanceurs balistiques sont à 50 % allemands, nos hélicos sont à 50% allemands, nos turbines stratégiques sont américaines, nous n'avons jamais eu le courage et la cohérence d'avoir deux porte-avions, le programme Rafale, qui était en nette avance sur ses concurrents, a été soigneusement saboté par des retards imposés par l'Etat qui l'a retardé de 10 ans pour étaler (et augmenter par la même occasion) son coût, nous abandonnons année après année notre domination dans Ariane, qui après avoir été une fusée franco-européenne, va devenir, soyez-en sûrs, une fusée germano-européenne... Pour ne pas dépenser trop d'argent. Pour ne pas froisser nos "partenaires allemands" qui n'admettent qu'une seule position en matière industrielle : celle du dominant. En fait, le rêve de nos élites, ce n'est pas que nous soyions Européens, c'est que nous soyions Allemands.

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