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Le Crew Dragon remet l’Amérique en selle
Le Crew Dragon remet l’Amérique en selle
© SpaceX

| Pierre-François Mouriaux

Le Crew Dragon remet l’Amérique en selle

Cet été, retrouvez notre sélection d’articles marquants parus dans nos colonnes au premier semestre 2020. Le 5 juin, nous vous présentions le premier vaisseau spatial habité américain « privé ».

Un hiatus de près de neuf ans

Gwynne Shotwell, la présidente et cheffe de l'exploitation de SpaceX, avouait le 1er mai dernier lors d’une conférence de presse en ligne, en pointant du doigt sa gorge : « Mon cœur se trouve actuellement à ce niveau, et je pense qu’il va rester à cet endroit jusqu'à ce que Bob et Doug reviennent en toute sécurité de la Station spatiale internationale… ». Heureusement, jusqu’ici tout va bien puisque, le 31 mai, la capsule Crew Dragon de l’entreprise californienne s’est amarrée avec succès au complexe orbital, à peine 19 heures après un lancement parfait depuis le Centre spatial Kennedy, en Floride. A son bord, deux astronautes de la Nasa, sélectionnés en 2000 et vétérans de deux missions navette chacun : Douglas « Chunky » Hurley (commandant) et Robert Behnken (commandant des opérations jointes), respectivement âgés de 53 et 49 ans. L’événement était historique : aucun Américain ne s’était envolé pour l’espace à partir du sol américain et à l’aide d’un vaisseau américain depuis le 8 juillet 2011, date du début de l’ultime vol d’une navette spatiale (mission Atlantis / STS-135). Il avait permis l’envoi vers l’ISS de quatre astronautes et du module logistique Raffaello, et s’était achevé un peu moins de 13 jours plus tard, sur la piste géante du KSC. C’était il y a 8 ans et 10 mois – 3 236 jours exactement. Depuis, Donald Trump a succédé à Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, Jim Bridenstine a remplacé Charlie Bolden à la tête de l’agence spatiale américaine, et la Station fêtera en novembre prochain ses 20 ans d’exploitation permanente. Près de la moitié de son occupation aura reposé sur les relèves d’équipage à l’aide de vaisseaux russes.

 

Cinquième vaisseau « Made in USA »

C’est au départ le programme Constellation, annoncé en janvier 2004 par George W. Bush, qui devait remplacer la Navette (à l’aide du vaisseau Orion, associé au lanceur Ares I), en plus de permettre un retour sur la Lune (avec le vaisseau Altaïr et le lanceur Ares V). Devant les retards accumulés, la Nasa avait lancé en 2006 l’initiative Cots (Commercial Orbital Transportation Services - Services commerciaux de transport orbital), pour le développement par le secteur privé de capsules capables d’expédier du fret et des équipages vers l’ISS. Puis, distinguant l’approvisionnement automatique du transport des équipages, l’agence américaine avait lancé les programmes CRS (Commercial Resupply Services - Services commerciaux de ravitaillement) et CCP (Commercial Crew Program - Programme d’équipage commercial), respectivement en 2008 et 2010. Le programme CRS a abouti à la mise en service des capsules Dragon de SpaceX, en décembre 2010, et Cygnus d’Orbital Sciences (devenu Orbital ATK, puis Northrop Grumman), en septembre 2013. A la surprise générale, deux projets concurrents avaient été retenus en septembre 2014 pour le programme CCP : le Dragon V2 de SpaceX (rebaptisé Crew Dragon) et le CST-100 Starliner de Boeing. Ils recevraient un financement de 6,8 Md$, dont 2,6 Md$ pour SpaceX, à condition de réaliser au moins un vol de qualification avec équipage et au moins six vols opérationnels… d’ici 2017. Les retards s’accumulant de part et d’autre, le premier vol de qualification sans équipage du Crew Dragon s’est finalement déroulé le 2 mars 2019 (mission Demo-1), et celui du Starliner est intervenu le 20 décembre suivant (ses déconvenues ont entraîné la décision de refaire l’essai, probablement au dernier trimestre cette année). La fougueuse société d’Elon Musk, créée il y a 18 ans, double ainsi le respectable constructeur Boeing, et s’inscrit dans la grande histoire des vols habités américains, marquée par les vaisseaux Mercury, Gemini, Apollo et STS. « Il s'agit d'une nouvelle génération, d'une nouvelle ère dans les vols spatiaux habités », martèle Jim Bridenstine, débordant parfois d’emphase : « Il s'agit d'une réalisation monumentale, c’est une tâche herculéenne. », déclare-t-il ici ; « Nous sommes à l'aube d'une nouvelle ère, nous menons le début d'une révolution spatiale. », s’exclame-t-il là… Enfin, l’agence (qui par ailleurs s’enlise dans le développement du mégalanceur SLS) peut se targuer d’avoir maîtrisé les coûts pour la mise au point du Crew Dragon et du Starliner, malgré plusieurs années de retard. Pour Lori Garver, administratrice adjointe de la Nasa entre 2009 et 2013, le programme CCP aurait permis d’économiser entre 20 et 30 Md$. Selon la Planetary Society, seul le développement de la cabine Mercury, entre 1959 et 1960, aurait eu un coût comparable à celui du Crew Dragon : l’équivalent de 2,7 Md$ actuels (en tenant compte de l'inflation).

 

[…]

 

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