2
Défense
Le CEMA rappelle les particularités de la défense française
Le CEMA rappelle les particularités de la défense française
© JL Brunet / Armée de l'Air et de l'Espace

| BOQUET Justine 802 mots

Le CEMA rappelle les particularités de la défense française

Le chef d'Etat major des armées, le général Lecointre, s'est exprimé auprès de la presse anglo-saxonne, afin de présenter la singularité militaire et son application aux forces françaises. L'occasion ainsi de s'exprimer auprès d'une cible plus large et ainsi expliquer à nos alliés le fonctionnement de la France. Et qui sait, peut être renforcer certaines coopérations ?

Un paysage menaçant.

Dès ses propos introductifs, le Général Lecointre le rappelle. « La France agit pour garantir sa survie face aux menaces existentielles », déclare-t-il auprès d'un média américain. Des menaces qui sont multiples, perçues par l'ensemble des armées. Depuis la revue stratégique, où la résurgence des tensions internationales a été mise en lumière, jusqu'à la vision stratégique du CEMAT, rappelant la nécessité de se préparer à des conflits symétriques, la nature des menaces pouvant venir mettre en péril la sécurité de la France a été largement analysée. C'est également dans ce sens que le CDE et l'Armée de l'Air et de l'Espace ont émergé. Consciente de l'enjeu représenté par le spatial, la Ministre des Armées a rapidement décidé de se saisir du sujet et d'étudier les options françaises, à la fois pour protéger nos actifs mais également répondre en cas d'attaque. Le lancement du satellite d'observation militaire CSO-2 s'inscrit notamment dans cette dynamique. « Il participe à la modernisation de nos capacités spatiales de défense » a ainsi déclaré le 29 décembre Florence Parly. « Le système d'observation militaire CSO apporte un niveau de résolution et une capacité d'acquisition inégalées en Europe, permettant aux armées d'accroître leur capacité de surveillance et de renseignement, et à la France de disposer d'une plus grande autonomie en matière d'appréciation de la situation et de décision », complète le Ministère des Armées. Un renouvellement des moyens français qui a ainsi été entériné par la LPM et qui passera également, en 2021, par le lancement de Syracuse 4, puis de CSO-3 en fin d'année.

Outre le spatial, le MinArm s'est également penché sur les menaces cybers. Le Comcyber, créé en 2017, vise à protéger les systèmes d'information, participe à la « conception, la planification et la conduite des opérations militaires de cyberdéfense », à l'élaboration de la stratégie RH du ministère dans ce domaine et à l'évaluation des besoins capacitaires des armées. Sur le volet cyber, si l'aspect défensif reste au cœur de la stratégie, le MinArm n'exclut pas de pouvoir conduire des actions offensives.


Un engagement encadré.

Afin de pouvoir conduire l'ensemble des missions qui leur incombe, les forces se doivent ainsi de respecter certains principes qualifiés de « fondamentaux » par le CEMA. Le général Lecointre rappelle ainsi, à travers la notion de discipline, que les forces restent soumises au pouvoir politique et aux décisions prises au plus niveau de l'Etat. A travers une force dite réactive et disponible, l'ambition est ainsi de pouvoir réagir à n'importe quel événement en un temps très court. Les forces ont démontré ces qualités à de nombreuses reprises. On pensera ainsi à la récente opération Résilience, qui a vu le jour le 25 mars et dont les premières activités ont débuté quelques jours plus tard, dès le 28. Il est également possible de rapprocher ces caractéristiques des capacités de projection des forces françaises, qui s'entraînent régulièrement pour des déploiements longue distance. L'opération Minotaure, menée en décembre dernier, s'inscrit notamment dans ce cadre, avec la mise en œuvre d'un dispositif FAS, soutenu par l'A330 pour la partie ravitaillement. « La dissuasion nucléaire est donc l'expression la plus réussie de la singularité militaire, notamment parce qu'elle repose sur une organisation et une culture opérationnelles qui garantissent sa réactivité absolue », complète le CEMA. Une position qui était déjà partagée par le Général Maigret, commandant des FAS, lorsqu'il déclarait dans nos pages, en octobre dernier : « En 2023, l'Armée de l'Air et de l'Espace sera capable de projeter vingt Rafale et dix MRTT, en 48H, de l'autre côté du globe, de manière autonome et avec une capacité à durer afin de mener une campagne aérienne. C'est une capacité unique, dont peu de nations disposent ».


Autonomie opérationnelle.

Pour le général Lecointre, la capacité d'action indépendante vient également renforcer la position d'une armée « Sur le champ de bataille, une armée doit avoir toutes les compétences à sa disposition pour pouvoir mener à bien sa mission, y compris dans un environnement totalement désorganisé ». Une autonomie à laquelle travaille la France. Si certaines lacunes persistent, compensées sur le plan opérationnel par la participation d'alliés français, la LPM cherche à combler les trous de la raquette au plus vite. Parmi les capacités cruciales on comptera notamment les drones (mais également la lutte anti-drones), le renseignement ainsi que les hélicoptères de transport lourds. « Si l'on rattache cette autonomie à la réactivité, alors se pose la question de conférer la première en temps de paix pour garantir la seconde lorsque l'armée doit s'engager », complète le CEMA. Et de conclure : « Nous devons consolider la singularité militaire en modernisant notre outil de défense en un outil capable de combattre dans tous les domaines, avec une masse, une organisation et une profondeur de capacités suffisantes pour lui permettre d'assumer toutes ses fonctions en temps de guerre et de crise. C'est le but des actions que nous menons actuellement avec le Ministre des Armées ».

Répondre à () :


Captcha
Briant | 11/01/2021 19:57

Si tant est que les chiffres annoncés soient vérifiés, le nombre de têtes nucléaires est il vraiment suffisant pour assurer une défense crédible et une menace nucléaire réellement suffisante pour dissuader tout agresseur potentiel aussi puissant soit-il ?

Léonard | 13/01/2021 14:05

On parle de plus de 200 têtes nucléaires (ordre de grandeur seulement, le chiffre exact étant probablement secret défense). Ce sont des armes bien plus puissantes que celles qui ont ravagées Hiroshima et Nagasaki en 1945. Donc oui, largement de quoi dévaster un pays entier aussi grand et puissant soit-il (sauf capacité d'interception des missiles proche de 100% de réussite, mais même les USA n'en sont pas encore là). La limite serait plutôt dans les vecteurs de la dissuasion nucléaire: il y a les FAS (forces aériennes stratégiques) sur rafales maintenant, y compris déployables par le CDG, mais surtout il y a constamment un sous-marin nucléaire lanceur d'engin en mer quelque part sur le globe (probablement dans l'Atlantique la plupart du temps, avec la portée pour de tout façon toucher la majeure partie du globe). La France en possède 4, suffisamment pour qu'il y ait permanence à la mer (c'est-à-dire qu'il y ait au moins un sous-marin en mer) depuis plusieurs décennies. Mais pour passer à 2 de ces sous-marins constamment en mer, il faudrait en avoir au mois 5, voir certainement 6 (comme nous en avions au temps de la guerre froide avec la classe "Le Redoutable", et comme il était prévu, mais la fin de la guerre froide a réduit leur nombre). La question se pose avec le renouvellement de la classe "Le Triomphant" (16 missiles M60 actuellement, pouvant chacun contenir jusqu'à 10 têtes nucléaires, donc largement de quoi dévaster un pays comme dit précédemment) de repasser éventuellement à 6, vu le contexte de nouvelle guerre froide dans le monde.

Produits du marketplace

| | Connexion | Inscription