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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, saison 2 : l’Isle de France alias Maurice
La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, saison 2 : l’Isle de France alias Maurice
© T. Pesquet - ESA / NASA

| Gilles Dawidowicz

La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet, saison 2 : l’Isle de France alias Maurice

Depuis le 27 février, l’astronaute Thomas Pesquet puise dans ses archives des clichés de la Terre inédits, pris depuis la Station spatiale internationale. Ici l’île Maurice, dans l’Océan indien.

En attendant Proxima 2

Confiné chez lui à Cologne en Allemagne, en attendant de pouvoir entamer à Houston au Texas la préparation de sa seconde mission spatiale (annoncée au deuxième semestre 2021), l’astronaute Thomas Pesquet continue de partager des clichés de la Terre inédits, extraits de ses archives.

Cette dixième image commentée aujourd’hui montre un paysage typique de Patagonie, en Argentine. Elle a été réalisée au cours de la mission Proxima, entre novembre 2016 et juin 2017, et postée le 3 avril dernier sur les réseaux sociaux, avec le commentaire suivant : « Autre étape aujourd'hui pour s'évader : un autre souvenir de l'espace qui vous fera voyager j'espère : l’île Maurice sous les ailes de notre vaisseau en 2017 ! Si belle de l'espace que je vous montre quelques jolies photos en gros plan de cette île proche de Madagascar et voisine de l’île de la Réunion. J’ai dégainé le zoom en survolant le nord de l’île... Des petites villes se nichent le long du littoral, en face des lagons. La vue sur la plage doit être presque aussi belle que depuis l’espace… On distingue Grand Gaube, Roches Noires et Port Louis, sur la côte ouest. Au sud de la photo s’élève le Morne Brabant... Tous ces noms m'évoquent des récits de [émoticônes de piraterie] ».

 

Contexte

Comme le précise Thomas Pesquet, nous sommes au-dessus de l’île Maurice, bien connue des touristes à la recherche de plages paradisiaques… Autrefois appelée l’Isle de France, elle fait partie de l’archipel des Mascareignes également composé de La Réunion et de Rodrigues. Nous sommes dans l’Ouest de l’océan Indien, à environ 1 000 km à l’Est de Madagascar et à 100 km au Nord-Est de La Réunion. Port-Louis, sa capitale, est située dans le Nord-Ouest de l’île dont la population totale dépasse le million d’habitants.

L’archipel des Mascareignes, formé il y a 10 millions d’années par le point chaud de la Réunion, lui-même probablement issu des Trapps du Deccan, a d’abord vu apparaître Rodrigues et Maurice, puis plus tardivement La Réunion. L’ensemble se compose donc de trois immenses édifices volcaniques, dont la majeure partie basaltique est sous-marine.

Maurice ne dérogeant pas à cette situation, et bien que l’île ne compte plus de volcan en activité contrairement à la Réunion, elle présente encore dans ses paysages des traces géomorphologiques trahissant son riche passé géologique, dont notamment une grande caldeira - ancien et vaste cratère volcanique – à l’origine de sa formation.

 

Analyse de l’image

Le Nord est vers 6 heures. L'île mesure 65 km de longueur et 45 km de largeur et couvre une superficie de 1 865 km2. La scène est parsemée de nuages blancs, ce qui donne une belle dynamique au cliché et contraste avec la couleur bleu-nuit de l’océan, celle verdâtre des reliefs de l’île déboisée, massivement cultivée et de plus en plus urbanisée, et sa magnifique barrière de corail protégeant de vastes lagons qui ceinturent l’île et dont le ton turquoise fait rêver !

Maurice est un bijou, une merveille aux paysages exceptionnels et cela se devine depuis l’orbite. Un vrai régal pour les yeux, assurément un petit bout de paradis perdu dans un enfer bleu… En zoomant, on devine des plages de sable fin, petites, toutes petites. Nous sommes loin des côtes littorales africaines et européennes de l’Atlantique !

Malheureusement, la résolution du cliché ne permet de voir ni les cocotiers, ni les filaos sur le bord des plages. Toutefois, on aperçoit assez bien des portions entières du réseau hydrographique, et notamment les cours et les petits affluents de la rivière de la Chaux et de la rivière des Créoles qui se jettent toutes les deux à Mahébourg, une petite ville côtière du Sud-Est de l’île (en haut à gauche sur le cliché), en face d’un splendide et énorme lagon turquoise. Nous ne sommes pas loin de la pointe d’Esny et de l’île aux Aigrettes que l’on aperçoit bien. On suit également très bien le cours de la rivière Champagne qui termine sa course à Ferney.

Les pratiques agricoles (déforestation pour la culture du thé et de la canne à sucre), mais aussi l’urbanisation galopante accompagnée de constructions anarchiques, entraînent la mise en place de mécanismes d’érosion très efficaces dans les terres comme sur le littoral. On observe d’ailleurs sur le cliché de Thomas Pesquet, quelques petites portions du territoire dénudées et fortement érodées… Avec la montée des eaux océaniques en cours, il est vraisemblable que Maurice subira dans les prochaines décennies des poussées agressives de l’érosion sur son pourtour littoral et un fort recul des plages.

Enfin, concernant les reliefs, il est facile de retrouver dans le haut gauche du cliché le point culminant de l’île : le piton de la Petite Rivière Noire, situé à 828 m d’altitude. Il se trouve en réalité dans la partie Sud-Ouest de l’île, certainement la région la plus sauvage et la plus arborée de Maurice. Il est toutefois plus compliqué de retrouver le trou-aux-Cerfs, véritable fantôme d’un cratère volcanique d’environ 300 m de diamètre et de 80 m de profondeur situé dans le centre Ouest de l’île. Ce dôme volcanique fait tout de même 600 m de haut et constitue un magnifique point de vue sur la région alentour…

Pour conclure ce tour d’horizon de Maurice, comment ne pas parler de deux massifs montagneux bien visibles sur le cliché de Thomas et très particuliers ? Ils sont situés l’un en face de l’autre, dans le Nord-Ouest de l’île (dans le bas à droite du cliché) et juste devant Port-Louis la capitale en partie cachée par les nuages blancs. Il s’agit du mont Pieter Both (820 m) et de Le Pouce (812 m). Le mont Pieter Both est le deuxième plus haut sommet de l’île et tient son nom d’un gouverneur général des Indes néerlandaises. Le Pouce est le troisième plus haut sommet de l’île et doit son nom à sa forme rappelant un pouce levé. Surement un symbole pour rappeler que les Mauriciens sont accueillants et que leur île est un petit paradis sur Terre.

 

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, Secrétaire Général de la Société astronomique de France.

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