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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #65 : le détroit du Golden Gate
La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #65 : le détroit du Golden Gate
© Twitter/@Thom_astro - ESA/NASA

| Gilles Dawidowicz

La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #65 : le détroit du Golden Gate

Tout au long de la mission Proxima, Thomas Pesquet a réalisé de splendides clichés de la Terre, qu’il a diffusés sur les réseaux sociaux. Ici, San Francisco et le Golden Gate Bridge, aux Etats-Unis.

Le 10 mai 2017, Thomas Pesquet a posté cette magnifique vue du Golden Gate Bridge et de San Francisco, avec le commentaire suivant : « Le Golden Gate (en fait rouge, pas doré...) qui enjambe la baie de San Francisco. Le nom vient en fait de la ruée vers l’or ! ».

L’image a été prise depuis l’ISS le 2 mai dernier, à l’aide d’un Nikon D4 équipé d’un téléobjectif de 1 150 mm. Le Nord est à 6 heures. Nous sommes en Californie, au-dessus du plus célèbre pont du monde : le Golden Gate Bridge. Mais nous sommes aussi au-dessus de la pointe Nord de la péninsule de San Francisco qui fait face à l’océan Pacifique (sur la droite du cliché), de la plus célèbre prison du monde sur l’île d’Alcatraz, de la plus grande île de la baie (Angel Island), du comté de Marin et de ses fameux villages hippies dont fait Sausalito, et de la célèbre autoroute 101 (qui prend naissance à Olympia près de Seattle au nord, et se termine au coeur de Los Angeles au sud)...

Cette vue est splendide et ressemble étrangement à une image satellite radar. Il faut dire que le bleu métallique de l’océan Pacifique, sur la droite du cliché, et les ondes produites par la houle et les vagues accentuent cette impression. Le cargo –surement un porte-containers venant de Chine–, qui vient tout juste de passer sous le Golden Gate Bridge, laisse lui aussi sa trace éphémère dans ce paysage marin au demeurant froid. Curieux rendu qui finalement n’est pas si éphémère que cela… Ici l’eau est fraîche, influencée par les courants polaires qui descendent de l’Alaska et longent la côte occidentale de l’Amérique du Nord.

Le haut du cliché nous dévoile la pointe Nord de la mythique ville californienne fondée en 1776 par les Espagnols, associée à la ruée vers l’or et à la Silicon Valley. Détaillons la partie visible de cette cité densément peuplée et très urbanisée, plus européenne que américaine. Sur la gauche, le quartier des affaires et ses immenses tours collées les unes aux autres : c’est Financial District. Puis le quartier animé des restaurants touristiques sur les quais : c’est Embarcadero, non loin de Coit Tower. C’est aussi North Beach et les Piers, dont le Pier 39 et sa faune marine remarquable sont installées là à demeure. On identifie Lombard Street avec difficulté et nous voilà déjà dans Cow Hollow, tout près du St Francisco Yacht Club. Vient enfin le Presidio, immense rectangle de verdure, un lieu exquis extrêmement arboré, où les promenades rafraîchissantes sont un bonheur sous les eucalyptus, les pins et les cyprès de Monterey très odorants… Juste à l’arrière (tout en haut du cliché à droite), on trouve Richmond District, Sea Cliff, Outer Richmond et un petit parc (Lands End) sur l’extrême pointe nord-ouest de la ville, face à l’océan. Nous sommes à Point Lobos.

Détaillons maintenant le bas du cliché, au Nord de la ville dans la réalité. Le paysage change radicalement. Il est totalement minéral, ou presque. Nous sommes dans les chaînes côtières du nord de la Californie. Il faut préciser qu’il y a deux chaînes côtières en Californie : la Sud qui commence à San Francisco et se développent en direction de Los Angeles, et la Nord qui s’étend des montagnes Klamath au nord, est bordée par la vallée centrale californienne à l’ouest et s’étend jusqu’aux Transverse Ranges au sud. Nous sommes donc au-dessus de la pointe sud des North Coast Ranges (les chaînes côtières du nord), à quelques kilomètres au sud du Mont Tamalpais qui culmine à 785 m d’altitude.

Depuis ces collines, la vue sur la baie de San Francisco, sur la ville elle-même et sur le Pacifique est sublimée par le premier plan magique qu’offre le pont en acier peint en rouge construit entre 1933 et 1937. Les couchers de Soleil sont ici très appréciés par les chasseurs de rayon vert et par les amoureux…

Ces collines et la péninsule tout entière vallonnée se sont formées par l’accrétion de sédiments marins. Elles sont administrées par le parc national du Golden Gate, et se nomment les Marin Headlands. Le point culminant de la zone est la colline Hawk Hill à 280 m d’altitude, non loin de Point Diablo et de Point Bonita bien visibles sur le cliché de Thomas Pesquet. La pointe nord d’accroche du pont rouge se nomme Lime Point, toute proche de Horseshoe Bay (à sa gauche sur le cliché), de ses pontons et petits bateaux de plaisance et de Point Cavallo. Toutes ces collines hébergent des dizaines de milliers de rapaces protégés par le parc national et ses rangers. Ainsi, les ornithologues observent notamment à l’automne des buses, des élanions à queue blanche, des faucons, des aigles, des vautours aura aussi appelés urubus à tête rouge, des balbuzards pêcheurs et des busards Saint-Martin…

Pour les connaisseurs de cette région, sur les hauteurs des collines au-dessus de Rodeo Lagoon et Rodeo Cove (dans le bas à droite du cliché), vous retrouverez un site exceptionnel : le Nike Missile Site SF-88. Il s’agit d’un ancien site militaire équipé de radars et de missiles, ouvert en 1954 au temps de la Guerre froide et fermé en 1974. L’idée était de protéger la baie d’une attaque aérienne soviétique.

Pour finir, il y aurait beaucoup à dire sur les eaux turbides de la baie de San Francisco. Notez les panaches que forment les vases en suspension dans la partie gauche de la photographie. Entre Alcatraz et Angel Island, on constate d’importants remous, surement les signes de courants marins pénétrant dans la baie. Il y a probablement là un conflit entre deux masses d’eaux : celles de la baie très chargées en limons et en alluvions (des charges en suspension globalement fines), et les eaux du Pacifique, bien plus claires…

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, président de la commission de Planétologie de la Société astronomique de France.

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