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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #64 : le cap aux Morues
La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #64 : le cap aux Morues
© Twitter/@Thom_astro - ESA/NASA

| Gilles Dawidowicz

La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #64 : le cap aux Morues

Tout au long de la mission Proxima, Thomas Pesquet a réalisé de splendides clichés de la Terre, qu’il a diffusés sur les réseaux sociaux. Ici, le cap Cod également nommé le cap aux Morues.

Le 21 avril 2017, Thomas Pesquet a posté cette vue du cap Cod (Cape Cod en anglais), avec le commentaire suivant : « On se repère facilement sur la côte est des États-Unis : le cap Cod semble indiquer la direction de Boston… ».

L’image a été prise depuis l’ISS le 26 décembre dernier, à l’aide d’un Nikon D4 équipé d’un téléobjectif de 500 mm de focale. Le Nord est vers 10 heures. Nous sommes au-dessus du cap Cod, initialement une presqu'île qui fait face à l’Etat américain du Massachusetts et qui forme une très belle péninsule de presque 3 400 km2 en forme de boucle dans l’Atlantique, mais devenue une île en 1914 à la suite du percement du canal du cap Cod séparant la péninsule du reste du continent.

S’il y a des toponymes qui sonnent et invitent au voyage, il y a aussi des paysages qui ne laissent pas indifférents ou qui sont particulièrement remarquables, voire reconnaissables entre cent. Thomas Pesquet a eu souvent l’occasion de nous en faire découvrir parmi les plus somptueux que regorge notre belle planète. Assurément, le cap Cod fait partie de ceux-là. C’est une virgule dans l’océan, la trompe d’un éléphant,  le crochet d’un célèbre Capitaine !

Le cap Cod est un espace relativement protégé par de grandes réserves et sanctuaires naturels de plusieurs dizaines de milliers d’hectares, qui aident à préserver de superbes écosystèmes malgré une population de plus de 220 000 habitants et un fort intérêt touristique et mondain. Cette péninsule est constituée de milieux naturels sensibles à l’interface terre-océan, composés essentiellement de dunes et de marais. La faune marine y est donc particulièrement intéressante avec notamment la présence de baleines à bosse, de baleines franches, une importante colonie de phoques (dont le site de reproduction se trouve sur l'île de Muskeget située à quelques dizaines de kilomètres plus au Sud), de tortues marines mais également d’oiseaux marins comme le plaintif pluvier siffleur, un petit limicole de la taille d’un moineau nichant sur le sable...

L’histoire du cap Cod est particulièrement riche du fait de sa position sur la route des navigateurs italiens, espagnols, anglais, hollandais et français, qui tour à tour longèrent ses côtes ou y débarquèrent au XVIe siècle. Au XVIIe siècle, les pèlerins et autres colons (notamment ceux du célèbre Mayflower) s’y installèrent durablement et y fondèrent les premières implantations qui participeront à la fondation des Etats-Unis d’Amérique, malgré la présence d’indiens de la tribu des Nausets avec qui ils eurent des altercations. Depuis le milieu du XXe siècle, cap Cod est un lieu de villégiature et de mondanités pour les riches New-Yorkais et les élites de la côte Est des Etats-Unis, qui y possèdent des villas somptueuses.

Mais revenons au cliché de Thomas Pesquet, légèrement flou. Si l’on note la présence de nuages un peu partout sur la scène, on peut aussi souligner la traînée de condensation (contrail) qui résulte du passage d’un avion dans le haut du cliché. Pour le reste, le cap Cod est au centre de la photographie et nous révèle un paysage typiquement littoral, avec de longues et belles plages de sable fin et clair le long de la côte. Notez les accumulations de sables sous la forme de dunes dans le haut du cap Cod. Pour les plus attentifs, vous trouverez sans mal l’aéroport (de Provincetown), dont la seule et unique piste d’atterrissage, d’environ 1 km de long, se situe à moins de 3 mètres d’altitude ! Enfin, vous observerez également les quelques lacs et étangs qui parsèment le cap Cod, ainsi que la grande baie en bas à droite de l’image qui fait partie du programme de protection de l’environnement ACEC (Area of Critical Environmental Concern), débuté en 1975 et toujours très développé à travers tout l’Etat du Massachusetts.

 

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, président de la commission de Planétologie de la Société astronomique de France.

 

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