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<strong>«L'AVENIR, C'EST L'ACCUEIL D'ARIANE 6 ET DE VEGA C»</strong>

<strong>BERNARD CHEMOUL, DIRECTEUR DU CENTRE SPATIAL GUYANAIS.</strong>

LANCEMENTS ORBITAUX RÉALISÉS AU CSG 8 fusées Diamant B ou BP4 de mars 1970 à septembre 1975 230 Ariane depuis décembre 1979, dont 86 Ariane 5 (72 succès consécutifs) 15 Soyouz depuis octobre 2011 6 Vega depuis juin 2009 UN NOUVEL ENSEMBLE DE LANCEMENT POUR ARIANE 6 PROCHAINS LANCEMENTS ARIANESPACE • 24 août : Intelsat-33e et Intelsat-36 par Ariane 5 ECA • 15 septembre : PerúSAT-1 et SkySat C-2 à C-5 par Vega ARIANE 6 : • Qu'est-ce qui caractérise fondamentalement le Centre spatial guyanais ? Opéré par le Cnes, le CSG est une base spatiale européenne qui accueille l'opérateur de lancement Arianespace et ses clients. La notion de service y est très importante. Lorsque nous accueillons un client d'Arianespace, celui-ci doit avoir une qualité de travail équivalente à celle dont il dispose dans sa propre usine, avec des locaux conviviaux, des moyens modernes et efficaces, et un soutien le plus efficient possible, associé à une grande disponibilité des équipes. Nos équipes ont démontré leur capacité à s'adapter : en début d'année, nous ne devions faire qu'un seul lancement Soyouz, puis on nous a demandé d'en rajouter un, sans perturber le reste. Il a donc fallu mettre en place un plan d'adaptation et nous y sommes arrivés. Nous travaillons constamment sur cette qualité de service et c'est un véritable bonus que l'on propose. Le CSG est reconnu pour son efficacité opérationnelle et ses coûts d'exploitation optimisés au plus juste. Le CSG est aussi un centre industriel où travaillent des sociétés importantes du secteur spatial européen.

Combien de personnes travaillent pour le CSG ? Le CSG, c'est environ 1 700 emplois aujourd'hui, dont 75 % correspondent à des contrats locaux, des personnes installées en Guyane qui ont leurs intérêts ici. Les 25 % restants sont du personnel en mobilité ou en détachement, qui arrive d'Europe pour travailler ici 4 à 5 ans, voire 6 ans. Il y a des missionnaires qui viennent s'ajouter à ce personnel, mais leur nombre exact varie. Certains sont là pour des chantiers, et on estime qu'il y a entre 100 et 200 personnes supplémentaires lors des lancements. Pour les campagnes Soyouz, ce sont plus de 200 Russes qui s'ajoutent.

Quel est le nombre de sous-traitants ? 39 industriels s'occupent du maintien opérationnel de la base, de son entretien, des télécommunications, des transports et de la sécurité. Ils appartiennent à des sociétés européennes, puisque deux tiers des coûts fixes sont supportés par l'Agence spatiale européenne, l'autre tiers étant assuré par le Cnes. Ce sont, par exemple, Endel-Engie, Telespazio, les Italiens de Vitrociset ou de Telematic Solutions, les Allemands de MT Aerospace ou de Cegelec-Deutschland, les Espagnols de GTD, les Suisses d'Apco ou les Britanniques de Serco… Nos investissements, par exemple pour acheter un radar, sont aussi réalisés avec des supports d'industriels européens. Presque tous les pays de l'ESA sont représentés.

Quelles sont les missions propres au Cnes ? Le Cnes a la charge de toute la coordination générale de la base. Cela comprend la gestion et la sécurité du site, mais aussi la responsabilité de toutes les opérations de suivi d'un lancement : la réception de la télémesure, la trajectographie par radar, les prévisions météo… En fait, tout ce qui concourt à assurer la sécurité d'un lancement. Nos missions comprennent également la coordination de la campagne de satellites et la gestion opérationnelle des bâtiments de préparation des charges utiles (EPCU). La coordination opérationnelle est vraiment le métier du Cnes sur lequel on est particulièrement présent. Toute la partie qui concerne les opérations sur le terrain (travaux d'entretien et de mise en oeuvre des systèmes) revient aux industriels, avec leurs techniciens et leur connaissance du terrain.

Notre image de marque, c'est la sécurité. Nous assurons des opérations qui comportent des risques, et pourtant notre taux d'accidents du travail représente seulement 10 % de la moyenne nationale.

Quelles sont les spécificités d'un chef du CSG ? Le directeur du CSG a un rôle très particulier. C'est le responsable du centre opérationnel, qui veille à la qualité des opérations, aux performances et à la sécurité, car il s'agit d'un grand établissement à risques. Mais il a aussi un rôle de gestionnaire patrimonial, le centre s'étendant sur plus de 700 km2 - au départ, il s'étendait sur 1 000 km2, mais nous avons cédé des terrains aux agriculteurs. Le Cnes possède, par exemple, les îles du Salut, car elles se trouvent sous la trajectoire des lancements, nous devons donc gérer également ce patrimoine.

Ici, le Cnes et le CSG ont une longue histoire. Nous y avons importé l'industrie spatiale et nous jouons un rôle économique fort : le CSG est un employeur majeur du département. Notre activité induit des emplois directs (les 1 700 personnes dont je vous ai parlé), mais aussi, indirectement, des emplois dans le secteur hôtelier, les transports et tous les services autour de l'activité spatiale, soit 15 % de l'emploi disponible en Guyane. Par ailleurs, la présence de compétences liées au spatial a permis aux grandes sociétés présentes de développer une activité propre au service du territoire de Guyane et indépendante du CSG. Toutes les entreprises du CSG contribuent au développement, à la fiscalité et au financement locaux. La locomotive spatiale entraîne la Guyane et il s'agit de faire en sorte que l'ensemble soit cohérent.

Quels ont été vos principaux chantiers depuis 2012 ? C'est un travail d'équipe. Nous avons beaucoup travaillé sur l'augmentation des cadences. Le chantier a été à la fois technique - engager la modernisation des systèmes et faire évoluer certaines procédures - et organisationnel - comment utiliser à bon escient les ressources que nous avons pour pouvoir absorber cette augmentation de cadence, mais aussi les cas particuliers de reports de lancement. Cela a été aussi un travail de relations sociales important et intense, impliquant tous les partenaires industriels. On a mis en place des outils de planification évolués, travaillé sur de l'automatisation de tâches, optimisé certains travaux pour anticiper les préparations… Au-delà, il faut préparer l'avenir et l'avenir, c'est l'accueil d'Ariane 6 et de Vega C. Pour le CSG, il s'agit de préparer les autorisations administratives pour permettre les premiers travaux du pas de tir ELA4. Ce travail est complexe, notamment pour prendre en compte toutes les exigences des lois sur l'environnement ou sur l'eau. Il faut également anticiper de nouvelles méthodes de travail. Il faut enfin réduire nos coûts, mouvement engagé de longue date et poursuivi depuis 2012, revoyant chaque année avec nos partenaires industriels la manière de faire des économies. Cela a bénéficié à la fois à l'Agence spatiale européenne mais aussi à Arianespace.

La cession de la participation du Cnes dans le capital d'Arianespace va-t-elle avoir des conséquences sur le terrain ? Le Cnes, au CSG, est l'opérateur de la base spatiale et il a toujours eu une relation partenariale et contractuelle avec Arianespace, qui contribue aux coûts opérationnels de la base en fonction de l'activité. Cette relation va continuer dans un contexte où on nous demande d'améliorer notre compétitivité. Sur le terrain, l'organisation entre l'opérateur de la base et celui de lancement est stabilisée. Nous travaillons ensemble, avec au coeur de notre réflexion l'amélioration de nos opérations et la réduction des coûts du CSG par lancement. Nos objectifs sont ambitieux pour contribuer aux conditions d'une exploitation réussie d'Ariane 6.

Comment voyez-vous l'avenir du CSG ? Je vois la nécessité d'une amélioration du service qui passe par la modernisation de nos installations. Je vois de nouveaux bâtiments (nombre d'entre eux datent de l'ouverture du centre, en 1968) et la capacité d'avoir du numérique partout sur zone, avec une connectivité nettement améliorée par rapport à ce qui existe aujourd'hui. Ce serait un réel progrès, qui offrirait une qualité de service démultipliée, avec la capacité de télépiloter des opérations à partir des usines d'ASL ou d'Avio qui se trouvent en Europe. Il faut aussi européaniser la base, avec notamment davantage de personnel venant de tous les horizons européens, mais aussi renforcer son ancrage régional en Guyane.

Le nombre de lancements annuels peut-il augmenter ? Avec 12 lancements réalisés en 2015, je pense qu'on doit être proche de la capacité maximale. Si on automatise davantage, on peut en espérer plus. Avec le programme Ariane 6, on devrait passer à 11 lancements par an, plus 3 missions Vega C. Mais je pense que le CSG peut aussi devenir un site d'essai pour les futurs lanceurs tels que les réutilisables et tous les systèmes que l'on peut imaginer. Nous avons les moyens pour cela.

Espérez-vous un soutien plus important de la Commission européenne ? C'est en effet une composante de la réflexion qui est actuellement menée au niveau de la Commission sur la stratégie spatiale européenne. Nous avons reçu la commissaire Bienkowska, qui a visité les installations. La Commission étant l'un des premiers utilisateurs du centre avec les lancements de Sentinel et de Galileo, un investissement de l'UE permettrait au CSG de développer sa capacité à être plus compétitif. Travailler pour le CSG, c'est travailler pour l'Europe.

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