0
Aviation Civile

| Air & Cosmos - Archives

<strong>EN ATTENDANT ARIANE 6 CENTRE SPATIAL GUYANAIS À KOUROU</strong>

<strong>PARALLÈLEMENT AUX INDUSTRIELS, LE PORT SPATIAL DE L'EUROPE SE MET EN ORDRE DE MARCHE POUR INAUGURER, AVANT LA FIN 2020, LE NOUVEAU LANCEUR LOURD EUROPÉEN. LA CONSTRUCTION DES INSTALLATIONS DE LANCEMENT VA DÉMARRER, POUR UNE DURÉE DE 27 MOIS.<

Dans deux ans, le Centre spatial guyanais (CSG) fêtera un demisiècle d'exploitation opérationnelle. Deux ans plus tard, il devrait voir s'envoler Ariane 6, le nouveau fer de lance de l'Europe spatiale, décidé lors du Conseil ministériel de l'Agence spatiale européenne à Luxembourg, le 2 décembre 2014.

Ariane 6 (ainsi que Vega C, décidé en même temps) viendra compléter la gamme de lanceurs dont dispose Arianespace aujourd'hui pour assurer des lancements de satellites commerciaux : Ariane 5, Soyouz et Vega, respectivement mis en oeuvre sur les sites ELA3, ELS et ELV du CSG. L'objectif est de permettre à l'opérateur européen de conserver sa première place dans un marché extrêmement concurrentiel, en profitant de nouveaux lanceurs moins chers mais toujours d'une grande fiabilité. Les essais de l'ensemble des systèmes avec un lanceur sur le site sont programmés pour 2019 et un premier vol de qualification, avant la fin de l'année suivante.

Le 12 août 2015, l'ESA a désigné Airbus Safran Launchers comme maître d'oeuvre industriel - l'autorité de conception d'Ariane 6 -, tandis qu'il confiait le segment sol au Cnes, opérateur du CSG depuis 1968. A lui donc de construire l'ensemble de lancement Ariane n° 4 dédié à Ariane 6, via la sous-direction Développements sol de sa Direction des lanceurs, dans le cadre d'un contrat de 600 M€.

UN CHANTIER DANTESQUE. Le terrain retenu pour accueillir ELA4 représente 170 hectares. Il se trouve sur le site dit de la Roche Christine, le long de la route de l'Espace qui relie Kourou au village de Sinnamary en traversant le CSG, entre les sites de lancement Ariane 5 (à 3,5 km au sud) et Soyouz (à 6,5 km au nord). Les travaux de terrassement généraux, réalisés par un groupement d'industriels dirigé par Eiffage Génie Civil et Eiffage Route pour un montant d'environ 14 M€, se sont déroulés entre fin juin 2015 et fin-mai 2016, avec une livraison de plus d'un mois d'avance. Ils ont permis de dégager les espaces où doivent désormais être installés le pas de tir, les deux plateformes qui recevront les réservoirs d'oxygène et d'hydrogène liquides, ainsi que le bâtiment d'assemblage - éloigné de 600 m du pas de tir, pour des raisons de sécurité. Cela représente 18 hectares de plateformes et voiries. Au total, près de 1 million de mètres cubes de matériaux ont été déplacés sur une superficie de 100 hectares. Il y a 3 semaines, le 8 juillet, le Cnes a retenu le groupement Eclair6, emmené par Eiffage*, pour le lot Infrastructures d'ELA4, pour un montant de 200 M€. Il s'agit de réaliser, d'ici octobre 2018, tous les ouvrages du complexe, dont le massif de lancement avec ses deux carneaux, le portique mobile (6 000 tonnes, pour 90 mètres de haut) et le bâtiment d'assemblage du lanceur (BAL). Les chiffres annoncés sont impressionnants : les travaux vont nécessiter 50 000 m3 de béton, 7 500 t de charpente métallique et 7 000 t d'armature… Tout comme pour les travaux de terrassement, de jeunes Guyanais seront intégrés au chantier, de même que plusieurs entreprises locales, aussi bien en sous-traitance que pour la fourniture de matériaux et de matériels.

DES CONTRAINTES ADMINISTRATIVES ET ENVIRONNEMENTALES. Le chantier d'aménagement et de construction engagé au CSG est également énorme sur le plan… bureaucratique. Permis de construire, autorisations d'exploiter ou enquêtes publiques, les démarches et procédures sont nombreuses et a priori lourdes. Alors, afin de ne pas compromettre un lancement inaugural d'Ariane 6 en 2020, elles sont accélérées et se réalisent en « boucles rapides » entre le Cnes et la Direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement. Ainsi, après l'engagement du chantier par le creusement des fondations d'ici un mois, plusieurs étapes administratives restent encore à franchir : l'obtention du permis de construire, cet automne, puis l'autorisation d'exploiter, d'ici une bonne année. Côté environnemental, il s'avère que le terrain retenu pour accueillir ELA4 (choisi pour son enrochement important) entraîne la destruction de trois espèces végétales protégées et la dégradation de l'habitat de 28 espèces d'oiseaux. A titre compensatoire, le Cnes va donc céder plus de 1 300 hectares de terrain au Conservatoire du littoral, dont près de 215 hectares de savane sèche), mais il devra également prendre d'autres mesures de prévention, de protection et de suivi de l'environnement.

Préparer ces autorisations administratives pour permettre les premiers travaux du pas de tir constitue un travail « complexe », nous confie Bernard Chemoul, directeur du CSG (lire entretien page 52).

À Kourou, Pierre-François Mouriaux *ECLAIR6 EST CONSTITUÉ D'EIFFAGE GÉNIE CIVIL (MANDATAIRE), EIFFAGE ROUTE, CLEMESSY (FILIALE D'EIFFAGE ÉNERGIE), SEH (FILIALE ALLEMANDE D'EIFFAGE MÉTAL), AXIMA (FILIALE D'ENGIE) ET ICOP, SPÉCIALISTE ITALIEN DES FONDATIONS.

Un peu d'histoire Suite aux accords signés avec l'Algérie en 1962, la France dut trouver un remplaçant à sa base de lancements d'Hammaguir, dans le Sahara. La Guyane fut retenue parmi quatorze propositions. Ses qualités premières étaient - et restent - sa proximité de l'équateur unique au monde (à 5 degrés de latitude Nord), sa position par rapport à l'Atlantique (son orientation permet d'effectuer des lancements aussi bien vers l'Est que vers le Nord depuis le même pas de tir) et l'absence de cyclones. Les travaux d'aménagement du CSG furent réalisés entre 1964 et 1968.

ARIANE 6 EN BREF Premier vol : 2020 Maître d'ouvrage du système : Agence spatiale européenne Maître d'oeuvre industriel et autorité de conception : Airbus Safran Launchers Maître d'oeuvre du segment sol : Cnes Opérateur : Arianespace Coût de développement du système de lancement : 2,4 Md€ Coût de construction de l'ensemble de lancement : 600 M€ Objectif : diminution des coûts de lancement d'au moins 30 %.

50 000 MÈTRES CUBES DE BÉTON, 7 500 TONNES DE CHARPENTE MÉTALLIQUE 7 000 TONNES D'ARMATURE…

Répondre à () :


Captcha

| | Connexion | Inscription