0
Actu RH
Série Métiers : ingénieure méthodes composites chez MBDA
Série Métiers : ingénieure méthodes composites chez MBDA
© S. Frachet

| Stéphane Frachet

Série Métiers : ingénieure méthodes composites chez MBDA

A 30 ans, Marion C. prépare l'industrialisation des éléments de missiles en matériaux composites chez MBDA à Bourges.

De son vaste bureau d’une trentaine de mètres carrés, Marion C. a une large vue sur l’usine MBDA de Bourges. Au loin, des pales d’éoliennes émergent des champs de blé de la campagne berrichonne. De l’autre côté, elle surplombe l’atelier de pièces composites qui équipent les missiles, essentiellement des tuyères d’évacuation d’air chaud. Ces pièces hautement techniques, aux formes compliquées, supportent des températures élevées.
« Quand François Hollande est venu sur le site en avril, il a eu un bref instant de surprise lorsque le Pdg Antoine Bouvier lui a dit qu’une femme guiderait sa visite de l’atelier », se souvient cette ingénieure chimiste, responsable des méthodes et du contrôle au sein de l’unité de production composites. Sans doute l’ancien président s’attendait-il à rencontrer plus d’hommes que de femmes chez cet industriel très lié au secteur de la Défense nationale ? « Après le premier temps d’interrogation, il a montré un réel intérêt, la visite a été très rapide », raconte Marion C.
L’usine, la chimie, les matériaux, la production : tout cela n’a jamais fait peur à cette trentenaire très féminine, aux mains soignées et qui travaille en talons. Ses chaussures de sécurité, obligatoires pour ceux qui circulent dans les ateliers industriels, sont à disposition dans un tiroir du bureau.
Pourquoi l’industrie fait-elle peur aux jeunes filles ? La question lui semble saugrenue, elle dont les parents travaillent pour un prestataire de l’industrie. « Mes parents ont souvent parlé d’usines et de machines à la maison. Parfois je les ai accompagnés au bureau, c’est un univers très familier pour moi », poursuit la jeune femme passée par Astrium (EADS) avant de rejoindre le missilier européen en 2014.

La seule de sa promo à choisir « matériaux »
Parcours classique, ou presque, pour cette ingénieure chimiste de formation. « Lors de mes études en classe préparatoire aux grandes écoles à Orléans, je visais les écoles du concours commun polytechnique spécialisées en chimie, dont celle de Bordeaux. Je n’ai pas réussi sur concours, mais grâce à une équivalence universitaire en licence, j’ai été prise l’année suivante sur dossier », dit-elle.
A l’école d’ingénieurs, à Bordeaux, où elle a suivi un cursus chimie, la plupart de ses camarades filles ont poursuivi dans les filières cosmétique et santé. Elle est alors l’une des rares à choisir matériaux, avec une idée en tête : « L’aéronautique et le spatial, c’est le summum de l’industrie, j’y pense depuis longtemps ».
Marion et son mari rencontré en prépa, aujourd’hui ingénieur informaticien, ont rejoint MBDA en 2014 après un premier poste à Bordeaux. « Nous avons eu une chance inouïe de trouver dans la même ville et dans la même entreprise », souligne la jeune femme, qui a grandi à Orléans, où habite toujours sa famille.
A sa sortie de l’école d’ingénieurs de chimie de Bordeaux en 2012, elle a intégré le laboratoire de R&D d’Astrium à Saint-Médard-en-Jalles, la branche lanceurs d’Airbus. « J’ai contribué à des travaux de recherche sur la protection thermique sur Ariane, sur la sonde Exomars, et déjà sur des missiles », dit-elle.

Nommée chef en 3 ans
Chez MBDA, Marion C. s’est d’abord occupée des méthodes au sein de l’atelier composites, c’est à dire de l’industrialisation de ces pièces en polymères et résines, qui apportent légèreté et résistance aux hautes températures ou aux contraintes mécaniques. Depuis janvier, elle a pris du galon en devenant responsable du pôle méthodes et contrôles à la suite d’une fusion entre deux services. Elle reporte directement au directeur de l’unité de production composites, qui emploie une petite centaine de personnes.
« C’est l’un des avantages de la vie d’un ingénieur dans une usine en région, nous ne sommes pas noyés dans la masse, donc plus visibles par la hiérarchie. Les possibilités d’évolution sont réelles », souligne la jeune ingénieure, qui est responsable d’une équipe de 14 ingénieurs et techniciens au sein de ce service. Exemple de produits qui sortent de cet atelier : « Nous industrialisons toutes les pièces et les ensembles composites en technologie pré-imprégné, RTM et enroulement filamentaire. Par exemple, des protections thermiques, des conduits d’air, ou des enveloppes de stockage des missiles longue portée comme les Scalp ou les Aster », décrit-elle.
Cette équipe basée sur le site principal de MBDA près de l’aéroport de Bourges travaille en amont de l’atelier de production, en contrebas des bureaux. Elle prépare les ordres de fabrication, et intervient aussi tout au long de la chaine de production pour le contrôle qualité. « Mon poste recouvre une diversité de métiers et de compétences, depuis la mécanique, l’usinage, le traitement de surfaces jusqu’aux composites », liste la jeune responsable, ravie d’embrasser autant de métiers. « Une telle diversité, avec un tel niveau de responsabilité et d’exigence industrielle, c’est passionnant », résume-t-elle.

Bio express

Age : 30 ans
Formation :
2005 : Bac S puis classe prépa au lycée Pothier d’Orléans - 2008 : licence chimie Université Paris-Orsay, - 2009 : Intégration sur titres à l’Ecole nationale supérieure de chimie, de biologie et de physique de Talence-Bordeaux. - 2012 : diplômée en ingénierie des matériaux, stage puis CDD chez Astrium près de Bordeaux - 2014 : fusion Cassidian-Airbus launchers au sein d’EADS, rejoint MBDA.

Trois questions à Coralie Guerton

Responsable ressources humaines des trois sites MBDA du Centre-Val de Loire


Quels sont les secteurs industriels qui recrutent chez MBDA ?
MBDA est un concepteur et intégrateur de missiles et systèmes de missiles. Nous conservons une activité manufacturière importante en région Centre-Val de Loire. La croissance de l’activité génère des besoins dans tous les métiers de l’industrie, depuis l’usinage et le montage, en passant par la supply chain, les méthodes, l’ingénierie… Et ce, à tous les niveaux, opérateur, technicien, cadre. En 2017, le groupe recrute en France 600 personnes, dont 200 sur les trois sites industriels de Bourges-Subdray, Bourges-Aéroport, et Selles-Saint-Denis.   

Quelles sont les voies de recrutement que vous privilégiez ?
En général, les filières classiques de la formation initiale avec ou sans expérience, ou de l’apprentissage. Par exemple, nos usineurs viennent d’un bac pro, obtenu souvent par apprentissage. Pour faire face à la pénurie d’opérateurs, nous avons élargi nos sources de recrutement. Par exemple, nous avons recours à la méthode de recrutement par simulation avec Pôle Emploi afin de tester l’habileté et l’aptitude à un poste de travail, ouverte à des personnes en reconversion. A l’issue d’une formation, nous embauchons des personnels qui valident un CQPM (Certificat de qualification paritaire de la métallurgie). Si bien qu’un boulanger peut se reconvertir en opérateur.

Quelles évolutions proposez-vous ?
Celles d’un groupe de 10.000 salariés implanté dans cinq pays d’Europe ainsi qu’aux Etats-Unis : des évolutions de carrières et des responsabilités à tous les échelons. Pour les métiers de la production, nous mettons en place une école de formation interne à Bourges, qui devrait être ouverte en fin d’année, afin de renforcer les compétences de nos salariés. D’autre part, tous les salariés de MBDA ont accès sur l’intranet aux offres d’emploi pour favoriser la mobilité interne.

Répondre à () :


Captcha

| | Connexion | Inscription