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Sauver cette vision unique de la Terre
Sauver cette vision unique de la Terre
© NASA

| Jean-Pierre Goux

Sauver cette vision unique de la Terre

Dans le n°2541 d'Air & Cosmos, paru ce vendredi 31 mars, le cofondateur du projet Blueturn lance un appel pour le maintien de la caméra EPIC du satellite DSCOVR, menacée par la récente proposition de budget du président Trump. Elle constitue à ses ye

Avec une baisse de seulement 1% de son budget, la Maison Blanche a maintenu l’essentiel des missions de la NASA. Néanmoins, s’il était voté par le Congrès, certaines missions seraient supprimées comme l’emblématique Asteroid Redirect Mission qui visait à capturer un petit astéroïde, mais aussi des projets en apparence plus anecdotiques, comme la caméra EPIC du satellite DSCOVR. Or, cette caméra constitue un enjeu majeur pour l’humanité et doit être sauvée.

Le satellite DSCOVR (Deep Space Climate Observatory) a été lancé en 2015 par SpaceX pour le compte de la NASA, de la NOAA et de l’US Air Force. Sa mission principale est de détecter à l’avance les éruptions solaires qui pourraient détruire les réseaux électriques sur Terre et les composants électroniques en orbite. Il est positionné au point de Lagrange L1, à 1.5 millions de kilomètres sur l’axe Terre-Soleil, là où les forces des deux astres se compensent.

Le point L1 est aussi le plus bel endroit de l’univers pour admirer la Terre car elle y est toujours pleinement éclairée. Un autre instrument a donc été embarqué à bord de DSCOVR : la caméra EPIC qui photographie chaque heure la Terre entière.

Avant EPIC, la seule photo de la Terre entière donc nous disposions était Blue Marble prise par les astronautes d’Apollo 17 le 7 décembre 1972. Cette photo avait changé le cours de nos vies car pour la première fois nous découvrions notre maison, belle et fragile dans l’immensité noire du cosmos. De part son unicité, elle devint la photographie la plus reproduite de l’Histoire. Blue Marble avait aussi permis en son temps l’émergence d’une conscience planétaire à un moment où les problèmatiques écologiques devenaient globales. Malheureusement son pouvoir évocateur s’est érodé avec le temps. En 1998, après l’accord sur le climat signé à Kyoto, le vice-Président Al Gore chercher à fédérer l’humanité autour de ce défi. Fasciné par Blue Marble, il avait imaginé cette mission qui fut construite par la NASA en un temps record pour être lancée avant la fin du millénaire, mais le Congrès avait bloqué son lancement. Il fallut attendre 17 ans et l’administration Obama pour que ce rêve redevienne réalité.

En 2016, nous avons lancé le projet collectif Blueturn qui transforme ces photographies en vidéos haute-définition et permet à tous de regarder gratuitement les dernières images de la Terre sur n’importe quel type d’écran : smartphone, TV HD ou cinéma. Avant Blueturn, personne n’avait jamais vu une vidéo de la Terre qui tourne entièrement éclairée et cette prouesse a été saluée par la NASA elle-même. Ce projet continue à susciter une vive émotion auprès de ceux qui découvrent pour la première fois une vision de leur planète. Cet amour provoqué par les images de la Terre vue de l’espace (baptisé « Overview Effect » par les chercheurs) est confirmé par l’engouement pour les clichés postés par le spationaute Thomas Pesquet sur Twitter et Facebook.

Aujourd’hui cette vision semble déranger et la nouvelle administration américaine a demandé de stopper EPIC, au même titre que trois autres missions d’observation de la Terre. Contrairement aux autres, qui concernent des projets en développement, l’arrêt d’EPIC n’engendrerait aucune économie car le satellite DSCOVR restera opérationnel pour ses caméras pointées vers le Soleil, indispensables à la sécurité nationale. Il s’agirait aussi d’une décision unique car elle priverait le public d’une partie des fonctionnalités d’un instrument scientifique déjà payé pour des raisons plus idéologiques ou politiques qu’économiques.

Si EPIC venait à disparaître, l’humanité perdrait une vision unique de la Terre, source d’émerveillement et d’humilité. Il ne reste plus que quelques semaines avant le vote au Congrès pour agir et maintenir EPIC sur la feuille de route de la NASA. Rejoignez-nous sur les réseaux sociaux pour participer à ce bras de fer !

 

Jean-Pierre Goux est cofondateur du projet Blueturn qui diffuse pour la première fois des vidéos quasi temps-réel de la Terre entière filmée depuis l’espace à partir d’images de la NASA. Une récente annonce de la Maison Blanche menace de faire disparaître cette vue unique sur notre planète.

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