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© NASA
25/06/2018 09:21 | Par Philippe Varnoteaux

Sally Ride, 20 ans après Valentina Terechkova

Le 18 juin 1983, la navette spatiale Challenger décollait avec succès depuis le Kennedy Space Center. A son bord se trouvait un équipage de cinq astronautes, dont la première Américaine de l’espace…

Alors qu’aux Etats-Unis s’engageait le programme Mercury (mai 1961-mai 1963), l’idée était émise de faire également voler des femmes. Début 1961, 25 candidates astronautes, puis 13, étaient sélectionnées, sous la conduite du docteur William R. Lovelace. Les mentalités étant encore bien conservatrices, l’initiative n’aboutit pas. Bien mal en prit les Américains, qui furent doublés par les Soviétiques le 16 juin 1963, avec le vol historique de Valentina Terechkova

 

Le temps des « surhommes ».

Après le programme Mercury, suivent les programmes Gemini et Apollo. L’objectif affiché est le débarquement d’humains sur le sol lunaire. Personne, ou presque, n’est étonné ou choqué du fait que l’exploit annoncé le sera par un homme et non par une femme. Les capacités physiques, la promiscuité, les conditions spartiates des vaisseaux sont quelques-uns des éléments qui semblent jouer en défaveur des femmes. C’est l’époque où Américains et Soviétiques éprouvent le besoin d’avoir des héros, des surhommes. La plupart des astro/cosmonautes sont alors des pilotes de chasse aguerris.

 

Le Space Shuttle met fin au « sexisme spatial ».

Après Apollo, les Américains décident de rejoindre les Soviétiques dans l’occupation de l’orbite terrestre, d’y construire une station desservie par un vaisseau-cargo réutilisable à tout faire. Faute de moyens, le projet de grande station orbitale est abandonné (à l’exception de Skylab, un reliquat des technologies Apollo) et, fin 1971, du vaisseau entièrement réutilisable subsiste un projet d’engin en partie réutilisable : le Space Shuttle. Ce dernier apparaît alors comme un engin révolutionnaire, capable d’emporter environ 25 tonnes de charge utile dans son immense soute, offrant un réel et spacieux confort (espace-vie de 75 m3) pour un équipage de 2 à 8 personnes ; les capsules étroites et inconfortables semblent révolues. La navette permet de s’adapter à tous les types de corps, homme ou femme, de grande ou petite taille. Elle annonce le temps où désormais les astronautes vont pouvoir travailler « en bras de chemise ». Plus rien ne s’oppose désormais au recrutement d’astronautes, y compris des femmes, aux conditions physiques moins performantes que par le passé.

En 1977, alors que les navettes spatiales sont en cours de construction, la NASA procède au recrutement du huitième groupe des astronautes (les « Thirty-Five New Guys »). Dans ce groupe, deux types d’astronaute sont sélectionnés : les pilotes et les spécialistes de mission. En 1978, parmi les 8 900 candidats (un record), la NASA incorpore 35 personnes, dont 6 femmes : Anna Fischer, Shannon Lucid, Judith Resnik, Sally Ride, Rhea Seddon et Kathryn Sullivan.

 

Le choix de Sally Ride et les premiers vols de navette.

Née le 26 mai 1951, Sally Kristen Ride se passionne très tôt pour les sciences en général, la physique et l’astronomie en particulier. Jeune, elle scrute l’univers, les étoiles à l’aide d’un télescope. Elle effectue ses études supérieures à l’université de Stanford où elle décroche un bachelor en anglais et en physique. C’est à l’université qu’elle prend connaissance d’une petite annonce informant la campagne de recrutement de la NASA. Intriguée, elle postule voyant-là un défi à relever et une possible intéressante carrière. En 1978, elle passe brillamment tous les tests et les examens, au point d’impressionner le comité de sélection et George Abbey, le directeur des opérations aériennes responsable de la planification et de la direction générale et de la gestion des équipages de vol. Celui-ci la désigne comme la future première Américaine de l’espace, assignée à la mission STS-7. Toutefois, Sally Ride aimait à rappeler qu’elle était avant tout un astronaute parmi les 35 nouveaux, souhaitant être jugée par ses compétences et non par son sexe. Cela n’empêchera pas les médias de la désigner aussi comme une « jolie Californienne aux yeux bleus »…

Le 12 avril 1981, Columbia, la première navette spatiale, effectue avec succès son premier vol, avec John Young et Robert Crippen aux commandes. Plusieurs autres vols suivent afin de perfectionner les techniques : STS-2 en novembre 1981 (test du bras robotique), STS-3 en mars 1982 (test du système de pilotage automatique lors de l’atterrissage), STS-4 en juin 1982 (test de la première charge utile militaire dans la soute). Précisons que, lors des missions STS-2 et 3, Sally Ride a tenu le rôle de « capcom » (Capsule communicator), assurant les communications avec les équipages pendant le vol. Avec STS-5 en novembre 1982, la navette (toujours Columbia) est déclarée opérationnelle avec, pour la première fois, un équipage de 4 personnes ne portant pas de combinaison pressurisée. En avril 1983, lors de la mission STS-6, c’est au tour de Challenger d’être lancée pour la première fois (plaçant sur orbite le satellite de relais de données TDRSS-1).

 

Le vol STS-7.

Le 18 juin 1983, à 7h33 heure locale, Challenger décolle depuis le Kennedy Space Center, pour la deuxième fois avec un équipage de 5 personnes, un record à l’époque : le commandant Robert Crippen et le pilote Frederick Hauck, et les trois spécialistes de mission John Fabian, Norman Thagard et Sally Ride. Si cette dernière ne souhaite aucun égard particulier, elle est néanmoins consciente qu’en tant que « première Américaine de l’espace » elle contribue à faire évoluer les mentalités, à montrer aux jeunes filles que les sciences en général, l’aventure spatiale en particulier ne sont pas des domaines réservés aux hommes. Après son vol et jusqu’à son décès, elle ne cessera de militer en faveur de cette cause.

D’une masse de 113 tonnes au décollage, Challenger emporte une charge utile de 16,8 tonnes à 300 km d’altitude. Une fois sur orbite, deux satellites de communication sont déployés : Anik C2 (Canadien) et Palapa B1 (Indonésie). Par ailleurs, plusieurs expériences scientifiques sont effectuées, notamment à l’aide d’un satellite-palette SPAS porté par le bras robotique de la navette, manipulé par Sally Ride. Des essais de communication entre l’orbiteur et le satellite TDRSS sont également menés. Challenger revient sur Terre le 24 juin, après un vol de 6 jours et 2 heures.

 

Les conséquences du vol.

Naturellement, le vol de Sally Ride a fait la une de nombreux médias de presse et de télévision. Ainsi, le célèbre magazine People publia en première page de son édition du 20 juin 1983 une belle et grande photo de l’astronaute avec le titre : « O WHAT A RIDE ! Fed up with those dumb chauvinist questions, America’s first woman in space is ready to prove herself » – QUELLE BALADE ! (jeu de mot avec le sens de Ride) ! Au diable ces questions machistes et chauvines, la première femme américaine dans l'espace est prête à faire ses preuve).
En France, Paris Match titra le 1er juillet 1983 : « SALLY, Elle est charmante la première Américaine de l’espace », la troisième femme après les Soviétiques Valentina Terechkova (16-19 juin 1963) et Svetlana Savitskaya (19-27 août 1982).

De son côté, Sally Ride déclara à propos de son vol : « Je ne vais pas dans l’espace pour écrire une page d’histoire, mais pour faire progresser la science ». Elle a néanmoins fait les deux… Quant à la secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, Margaret M. Heckler, elle ajouta : « Neil Armstrong a fait un petit pas pour l’homme en 1969, mais Sally Ride fait un pas beaucoup plus grand pour l’homme et la femme ».

 

Une source d’inspiration.

Sally Ride effectua un second vol à bord de la navette Challenger, toujours en tant que spécialiste de mission, en octobre 1984 (mission STS-41G). Après la catastrophe de Challenger, en janvier 1986, elle fit partie de la commission d’enquête, puis décida de quitter la Nasa en 1987, alors qu’elle avait été pressentie pour effectuer un troisième vol (mission STS-61M, prévue pour juillet 1986).

Elle travailla d'abord pour le Centre pour la sécurité internationale et le contrôle des armes de l’Université de Stanford, avant de reprendre ses recherches en astrophysique et se consacrer à l’enseignement.

En 2001, elle créa sa fondation, pour encourager les jeunes à étudier les sciences, renforçant son statut de modèle et de source d’inspiration aux Etats-Unis.

Sally Ride est décédée à San Diego le 23 juillet 2012, à l’âge de 61 ans, des suites d’un cancer du pancréas. Un timbre a été émis en son honneur aux Etats-Unis le 23 mai dernier.

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

 

Références.

Un article : « The conversation space. Sally Ride’s Legacy Lives One », Bonnie J. Dunbar, The Conversation US, 18 juin 2018, in Scientific American

Un ouvrage : Sally Ride, America’s first woman in space, Lynn Sherr, éd. Simon & Schuster, New-York, 2014

Une vidéo retraçant la vie de Sally Ride, PBS News Hour

ANNIVERSAIRE Etats-Unis NASA Navette spatiale Sally Ride

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