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Défense
Déploiement russe au Kazakhstan : quels moyens pour quelle ambition ?
Déploiement russe au Kazakhstan : quels moyens pour quelle ambition ?

| Xavier Tytelman 813 mots

Déploiement russe au Kazakhstan : quels moyens pour quelle ambition ?

La Russie déploie un grand nombre d'avions afin d’acheminer troupes et matériels vers le Kazakhstan. L'occasion d'analyser le niveau des moyens logistiques russes et des équipements déployés.

La logistique aérienne : point noir de l'armée de l'air russe en Syrie

Les difficultés logistiques rencontrées par la Russie lors de son déploiement en Syrie ont été nombreuses. Ses An-124 furent utilisés pour les unités à plus haute valeur (comme les systèmes sol-air S-400 ou les chars de combat), une partie de la flotte clouée au sol ayant réduit les capacités du pays. C'est donc la Marine russe qui a donc pris le relai, assurant 55% du transport entre la Russie et la Syrie grâce à la mise en œuvre de toutes les unités disponibles, jusqu'à rediriger un brise-glace vers la Méditerranée... Les déploiements de troupes russes hors du territoire national sont donc scrutés à la loupe afin de pouvoir détecter les signes d'un renouveau, ou au contraire d'un enfoncement dans la crise. Le retour d'expérience du déploiement massif et rapide d'hommes et de matériels au Kazakhstan est à ce titre révélateur.

Une large panoplie d'appareils déployés

Les images diffusées dans les médias montrent la présence des avions-géants quadriréacters, comme l'Iliouchine Il-76MD (d'une masse maximale de 210 tonnes au décollage dont 52 de fret) ou l'Antonov-124 Condor (jusqu'à 390 tonnes dont 150 de fret). D'après les déclarations du Ministère de la défense russe, douze Il-76 et un An-124-100 avaient déjà été mis en œuvre le vendredi 7 janvier, avec une possibilité de faire appel à une flotte totale de 70 Il-76 et cinq An-124 pour assurer un pont aérien depuis les aéroports de Moscou Chkalovsk, Severny à Ivanov et Vostochny à Ulyanovsk vers celui d'Almaty au Kazakhstan.

D'après les images partagées par la chaîne télévisée Russia Today le 8 janvier, pas moins de 15 Il-76 et peuvent être dénombrés en même temps sur le tarmac de l'aéroport d'Almaty, un nombre confirmé par une photo-satellite récente partagée sur Google Earth.

La situation semble donc rassurante du point de vue russe, et une remontée en force serait en œuvre, d'autant que l'Il-76MD-90A, de 210 tonnes au décollage pour une capacité portée à 52 tonnes de fret, rentre pour sa part progressivement dans le parc de l'Armée russe, même n'a pas été identifié dans cette opération.

D'importants moyens déployés

L'Organisation du traité de sécurité collective (accord de défense mutuel entre certains Etats de l'ex-URSS) ayant été activé par le Kazakhstan, les forces russes peuvent également compter sur le renfort de troupes originaires d'Arménie ou de Biélorussie. Une nouvelle version de l'accord, signée le 22 décembre 2021, rappelle justement l'engagement mutuel de sécurité et renforce la formation des militaires kazakhs par la Russie et le partage d'informations confidentielles.

Parmi les moyens déployés, on dénombre un nombre approximatif de 5000 hommes dont des spetsnaz et des troupes du GRU, ainsi qu'un nombre important de blindés. On peut en particulier identifier des véhicule Leer-3 associés au petit drone catapulté Orlan-10 dont la charge utile de 6 kg doit notamment permettre d'intercepter les communications des téléphones portables, d'en identifier la source, mais aussi de brouiller toutes communications dans une zone. Un moyen plus précis et localisé que la coupure totale d'internet vécue par le pays le 5 janvier...

Le véhicule de renseignemet et guerre électronique Leer-3 es associé au drone Orlan-10
Le véhicule de renseignemet et guerre électronique Leer-3 es associé au drone Orlan-10 © Военный Осведомитель sur VK.com
Le véhicule de renseignemet et guerre électronique Leer-3 es associé au drone Orlan-10

Outre les transports de troupes dont le BTR-80 ou le Tigr-M SpN (équivalent au Humvee américain), la large panoplie de blindés déployés comprend un nombre étonnant de moyens offensifs pour une opération de maintien de la paix, comme les véhicule Arbalet DM dont la tourelles de 12.7mm est capable d'être contrôlée de manière téléopérée, ou le BMD-2 de combat d'infanterie (image ci-contre). Des moyens qui ont certainement permis de reprendre l'aéroport d’Almaty, un temps tombé aux mains des rebelles mais désormais sécurisé par la Russie.

Face aux craintes de non-respect des droits de l'Homme exprimés par le gouvernement américain (les forces de l'ordre ayant reçu l'autorisation de tirer sans sommation), le président Poutine a répété qu'un scénario "à l'Ukrainienne" avec une révolution colorée ne serait pas accepté au Kazakhstan. Le cosmodrome de Baïkonour, vital pour la Russie, doit logiquement rester entre les mains d'un régime allié, contrairement au sort du port russe de Sébastopol, situé en Crimée ukrainienne jusqu'à son annexion par Moscou. Des troupes russes ont d'ailleurs été déployées sur le cosmodrome, signe du caractère vital de l'infrastructure.

Le Kazakhstan et la Russie répètent également que des terroristes étrangers ayant reçu un entrainement paramilitaire ont contribué à la déstabilisation du pays, dont des membres de l'Etat islamique et du prédicateur turc Fethullah Gülen. Des militants présentés comme faisant partie du groupement ultranationalistes et islamistes des loups-gris auraient également été interpellés. Ce groupe militant panturc est classé sur la liste des organisations terroriste dans plusieurs pays, dont le Kazaksthan, la Russie, les Etats-Unis, l'Autriche ou la France.

Une colonne d'une quarantaine de BMD-2 (ici à droite) attendent d'embarquer à Ivanovo
Une colonne d'une quarantaine de BMD-2 (ici à droite) attendent d'embarquer à Ivanovo © Ria Novosti
Une colonne d'une quarantaine de BMD-2 (ici à droite) attendent d'embarquer à Ivanovo
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Débarquement de blindés depuis un Il-76 ©
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Petrau | 10/01/2022 17:01

L'URSS se reconstitue peu à peu. L'Histoire montre que la Russie s'est, de tout temps, constitué un glacis de protection à sa périphérie. L'Occident, dans ses certitudes, n'a jamais compris cela. Une "finlandisation" de certains territoires auraient peut-être été une solution acceptable pour tous le monde, y compris et surtout pour les populations locales qui subissent le contre coup, parfois brutal, du retour à un certain ordre des choses. Et tout se fait d'autant plus facilement pour la Russie que les Occidentaux qui ont crié victoire lors de la chute de l'URSS ne peuvent que constater leur revers. Et c'est sans doute mieux ainsi

Hannosset Étienne | 10/01/2022 19:06

"De tout temps" ou depuis 1945 ?

Hannosset Étienne | 10/01/2022 19:53

Êtes vous certain de ne pas être retombé dans le bashing américano-européen, cher ami ? Votre affirmation péremptoire du glacis protectionniste de l’URSS (ou Russie ?) "de tout temps" m’a tellement étonné que j’ai consulté la meilleure des sources scientifiques... le net ... De tout temps jusqu’en 1945, le seul glacis que j’ai trouvé, de l’océan Pacifique à l’Atlantique est la Finlande... Idem depuis 1917... Je vous concède néanmoins que de tout temps, selon votre expression, parfaitement française d’ailleurs, l’arctique, glacis par excellence, protège la Russie d’une invasion des extrémistes pôle nordistes. C’est un fait que je ne contesterai pas. Une question, si vous m’y autorisez, cher ami : vous êtes français ou russe ?

Hannosset Étienne | 10/01/2022 19:05

J’ai beaucoup aimé votre article, monsieur Tytelman, qui m’a instruit sur certains aspects certes militaires mais moins "aériens". Et en plus, vous citez vos sources ! Génial ! 👍👍👍

Petrau | 10/01/2022 20:46

@HÉtienne. Depuis fort longtemps. Relisez Tolstoi. Ou encore relisez le "parcours" de Catherine II de Russie. Pour le reste, je ne me sens pas obligé de me justifier, Mais je peux vous dire que j'ai du respect pour tous les peuples. Quels qu'ils soient. Bonne soirée.

Hannosset Étienne | 10/01/2022 21:24

Comment pouvez vous réagir ainsi ? "De tout temps", vous passez à "il y a longtemps", pour finalement arriver au 18ème siècle !!! Comme vous, si vous êtes français, je n’ai pas lu Tolstoi. Mais je crois de plus en plus que vous êtes russe propagandiste. Je comprends que vous ne vous sentiez pas obligé de vous justifier. Vous en êtes incapable. Pourquoi ? Parce que vous êtes le roi des fakes... Bonne soirée en espérant que le temps soit clément à Moscow.

Petrau | 10/01/2022 23:19

@ Xavier Tytelman. Comme vous pouvez le lire, votre article, très intéressant, suscite d'inquietants commentaires. Vous n'y êtes pour rien. C'est ainsi...

Hannosset Étienne | 12/01/2022 22:29

@Xavier. J’abonde dans le sens de mon ami Petrau ! Tu n’es en rien responsable des deviations géopolitiques du glacis.

Jean-Pierre Erbeux | 11/01/2022 12:33

Oh la la, c'est écrit avec les pieds et que d'erreurs sur le fond... Le nombre de vols des Il-76 est incohérent (selon l'article il y a davantage d'Il-76 à Alma Ata...) que de liaisons recensées, il y a un souci et c'est pas les sources qui manquent, comme flightradar pourtant. Et puis bon... Il-76D ??? MD plutôt. On va passer sur l'An-12 libyen dont on se demande bien ce qu'il vient faire dans cette histoire ! Bon, soyons sérieux, revoyez vos sources et relisez-vous, bon sang !

Petrau | 11/01/2022 14:53

Il est intéressant de noter que la Russie qui fait porter son effort sur son aviation de combat dispose pour son aviation transport d'Il76 dont la conception initiale remonte à plus de 50 ans et d'AN124 qui sont en fait des avions Ukrainiens dont il n'est pas certain que les russes aient la totalité du savoir. Et nous ne savons à peu près rien quant au taux de disponibilité de ces avions. Le relais aurait du, au moins pour partie être pris par l'AN 70, mais ce dernier est.... Ukrainien. A noter que l'AN70 avait en son temps été évalué par l'Allemagne avant que celle-ci se décide pour l'A400M. La question du rajeunissement de la flotte de transport militaire russe reste posée.

Hannosset Étienne | 12/01/2022 22:21

Pour vous dire la vérité, cher ami, j’étais persuadé (mais je me suis trompé) que vous alliez saisir l’opportunité de parler du projet européen SATOC sous l’égide de l’Allemagne. Vous avez préféré dévier sur la géopolitique du glacis... C’est votre choix et je le respecte. Outre ce qui est relayé par le net, que savez vous de SATOC qui pourrait nous instruire?

Hannosset Étienne | 12/01/2022 22:23

Pour vous dire la vérité, cher ami, j’étais persuadé (mais je me suis trompé) que vous alliez saisir l’opportunité de parler du projet européen SATOC sous l’égide de l’Allemagne. Vous avez préféré dévier sur la géopolitique du glacis... C’est votre choix et je le respecte. Outre ce qui est relayé par le net, que savez vous de SATOC qui pourrait nous instruire?

Petrau | 13/01/2022 14:45

@ Xavier Tytelman. Il serait peut être intéressant (je vous laisse seul juge) qu'A&C fasse un état des lieux dès perspectives du transport aérien militaire "lourd". A ma connaissance, il ne reste plus rien à vendre sur le marché. Les derniers appareils en service (le C5 et marginalement le C17 américains, ainsi que l'A124 ukrainien) ne sont plus en production, Que reste t'il comme possibilité à moyen terme pour les pays européens ? Acheter un nouvel appareil aux américains qui ne manqueront pas d'en développer un ? Travailler avec Antonov à la modernisation de l''AN124 (en son temps, un projet de modernisation de l'avionique et de remororisation avec des moteurs RR avait été envisagé), ou bien construire en Europe un nouvel appareil. Même si des crédits européens sont en cours d' affectation pour une étude des besoins et de définition d'un nouvel avion, la faiblesse du marché européen et le souvenir de la gestion calamiteuse et coûteuse de l'A400M rendent peu vraisemblable cette solution. Un AN124 upgrade serait sans doute intéressant, mais politiquement peu réaliste. Reste l'achat sur étagère d'un futur appareil américain qui pourrait être exploité en pool avec des quotas d'utilisation. Qu'en pensez vous ? Êtes vous prêt à écrire une synthèse sur ce sujet ?

Hannosset Étienne | 14/01/2022 15:51

La synthèse est vite faite. Du côté russe, les autorités ne donnent que peu d’informations concernant l’éventuel futur Ilyushin Il 106. Tantôt, le programme serait encore une fois abandonné, tantôt un premier prototype serait en construction avec un premier vol prévu en 2026. Il serait moins gros que l’AN 124. Tantôt il aurait une capacité d’emport de 100 tonnes, tantôt de 180 tonnes... On peut difficilement imaginer que des pays de l’Otan en achètent. Du côté chinois, le Y20 est en production. Initialement, il était annoncé avec une capacité d’emport de 62 tonnes. Aujourd'hui, il serait capable d’emporter deux chars de 36 tonnes, ce qui n’implique pas automatiquement qu’il pourrait emporter UN char de 65 tonnes. Tout dépend de la résistance du plancher au cm2. Ici aussi, on peut exclure un achat par des pays de l’Otan. Du côté américain, les chaînes de montage des C5 et C17 sont démontées et l’USAF n’a pas l’intention de lancer prochainement un programme de remplacement. Du côté Ukrainien, il n’est plus question de moderniser l’AN 124. Du côté européen, les livraisons de A400M se poursuivent et l’avion est maintenant considéré comme un merveille au point que USAF souhaite en acheter 40 pour les forces spéciales et que la France et l’Allemagne ont marqué leur accord sur la vente. Les livraisons de A330 MRTT sont en train de combler le déficit de transport du FRET. Le A350F éventuellement militarisé est également une option pour le FRET. Pour le transport d’engins lourds et hors gabarit, plusieurs pays européens de l’OTAN ont acheté en pool des C17 et n’ont pas un besoin urgent de les remplacer d’autant plus que le A400M reste une option pour eux. L’Allemagne n’a pas vraiment besoin d’un avion de transport militaire gros porteur. Pour que faire ??? C’est la direction de l’éventuel aspect industriel qui l’intéresse... Bref, personne n’est pressé et espère une collaboration entre Airbus et Lockheed Martin (?) pour concevoir et construire un nouvel avion de transport militaire gros porteur lorsque l’USAF en aura besoin. Il se dit aussi que puisque la France est le seul pays qui semble pressé (après avoir refusé de participer au pool des pays qui ont acheté des C17), il serait judicieux qu’elle propose un financement pour la conception d’un nouvel avion. M

Jean-Luc tendil | 16/01/2022 10:28

Il semblerait qu'un Otanolatre et russophobe fanatique sévisse sur les forums d'air et cosmos, d'ailleurs avec une finesse d'hippopotame digne des services de propagande d'un dictateur d'opérette - quand même, l'O.t.a.n vaut mieux que ça... Son nom ? Hannosset. Toute explication un tant soit peu rationnelle serait bienvenue.

Elyo | 16/01/2022 11:32

Bonjour JLT je pense que HE est tout simplement factuel et que le jugement de valeur que vous portez contre lui est une diatribe caractéristique des déclarations des dirigeants des pays totalitaires quand ils n’ont aucun argument pour répondre à un détracteur. Les faits sont là, la Russie n’est plus une grande puissance économique ni politique, elle ne rayonne plus comme l’URSS et est plus connue pour son agressivité envers le reste du monde (sauf la Chine et la Corée du Nord) que pour sa tolérance et sa contribution à la paix internationale. Son économie dépend uniquement de ses exportations de gaz et de pétrole et elle a renoncé depuis longtemps à concurrencer l’occident économiquement parlant. Elle n’exporte pratiquement aucun produit fini ou technologique, par contre elle est respectée uniquement grâce à son armement nucléaire. Le peuple russe mérite beaucoup mieux que cela. En ce qui concerne son déploiement militaire il semblerait qu’elle aura beaucoup de mal à maintenir en état de vol l,An124 par exemple et qu’elle n’à plus les moyens de ses ambitions pour développer des transports aériens modernes et se contente de rafistolages

Hannosset Étienne | 17/01/2022 12:25

A propos de quoi veux tu avoir une explication rationnelle, tovaritch ?

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