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Spoutnik 1 dans la presse

A la une de Komsomolskaïa Pravda le 6 octobre 1957. © DR

Le 4 octobre 1957 au soir, l’Union soviétique procédait au lancement du Spoutnik 1 (« compagnon de voyage », en russe »), le premier satellite artificiel de l’histoire. Les réactions internationales, diverses, n’ont alors pas tardé…

C’est par un communiqué laconique de quelques lignes que la Pravda annonce, au matin du 5 octobre, le lancement du premier Spoutnik : « Depuis plusieurs années, on procède en Union soviétique à des travaux de recherches, d’expériences et de constructions pour la création de satellites artificiels de la Terre (…). A la suite d’un travail intensif des instituts de recherche et de bureaux de construction, un satellite artificiel de la Terre, le premier au monde, a été créé. Le 4 octobre 1957, le lancement efficace du premier satellite artificiel a été effectué en URSS (…) ».

Une fois placé sur orbite, le satellite de 83,6 kg a commencé à diffuser ses fameux « bip, bip », que les radioamateurs du monde entier vont rapidement essayer d’écouter sur les fréquences de 20,005 et 40,002 MHz. La traque va durer 22 jours, et enthousiasmer les foules. Dans la presse, les analyses diffèrent sensiblement.

 

Des satellites pour l’AGI.

Au départ, le lancement d’un petit satellite autour du globe ne constitue pas forcément une prouesse technologique pour certains, étant entendu qu’un tel lancement était attendu. En effet, depuis deux ans, la communauté scientifique internationale s’était engagée dans une étude globale de la Terre, planifiant pour 1957-58 une Année géophysique internationale (AGI). Les Américains, ainsi que les Soviétiques, avaient alors annoncé leur intention de lancer les premiers « robots automatiques » ou satellites artificiels, pour notamment en savoir plus sur les interactions du Soleil avec notre atmosphère.

 

De l’exploit technique…

Mais, bien vite, on réalise que Spoutnik marque un tournant, ouvre une nouvelle voie, suscitant dès lors l’intérêt, voire de l’admiration –surtout en Occident–, comme le soulignera un peu plus tard Albert Ducrocq dans son ouvrage Victoire sur l’espace : « L’homme sentait bien alors que les portes du cosmos s’ouvraient à lui et qu’un seuil avait été franchi dans l’histoire de la technique ». Les quotidiens occidentaux commencent donc par saluer l’exploit technique. Ainsi, Le Monde titre le 5 octobre par « Le premier satellite artificiel fait en un jour quinze fois le tour de la Terre » ; Le Parisien, le 7 octobre, écrit en une : « L’ère interplanétaire a commencé », avec en sous-titre, « Le satellite artificiel lancé par les Russes le 4 octobre 1957 tourne régulièrement autour de la Terre à 28 000 km/h et à 900 km de hauteur ». Même chose chez nos voisins, comme en Allemagne où le Frankfurter Allgemeine titre le 8 octobre par « L’ère planétaire a commencé ». C’est bien un exploit technique qui est salué.

 

à la surprise.

Toutefois, la surprise du Spoutnik vient principalement du fait que la communauté internationale s’attendait à ce que le premier satellite artificiel soit américain et non soviétique. Pris de court, les Etats-Unis ont accumulé un certain retard dû à des hésitations et à la concurrence entre les armées. Le retard s’est aggravé par l’idée selon laquelle la communauté s’habituait à un certain nombre d’associations d’idées, comme celle des Etats-Unis synonymes de progrès technique. Voilà pourquoi le lancement de Spoutnik prend peu à peu une autre dimension, plus dramatique, car celui-ci remettait en cause la suprématie technologique américaine.

 

Vers la crainte d’une menace communiste.

En quelques jours, l’admiration cède la place à l’inquiétude. Aux Etats-Unis, le sentiment qui prévaut rapidement est la peur mêlée à une admiration plus ou moins dissimulée. Par exemple, le New-York Times titre un article le 7 octobre par « Est-ce la route vers l’enfer ou vers le ciel ? ». Après avoir félicité les Soviétiques, l’auteur s’interroge : « Le monde se trouve-t-il en face d’un changement radical dans l’équilibre de la puissance militaire ? ». L’accusation tombe un peu plus loin : « Pourquoi les dirigeants américains n’ont-ils pas compris les immenses avantages politique de prestige et de propagande que l’Union Soviétique était sûre de s’assurer en étant la première à envoyer un satellite dans l’espace ? ». Tout était dit… Le gouvernement américain a beau souligner que Spoutnik est un triomphe de la science, et pas un événement important dans la course aux armements, les médias enfoncent le clou comme le Herald Tribune qui, le 7 octobre, précise que Spoutnik est « une grave défaite pour l’Amérique » ; celui-ci va jusqu’à évoquer un « Pearl Harbor spatial ».

Il en est de même en Grande-Bretagne où le Times reconnait le 7 octobre le triomphe de la science tout en soulignant que « le lancement du satellite [n’est] pas exempts de crainte ». Les médias britanniques commencent même à surnommer le satellite soviétique « la Lune rouge ». Même L’Osservatore Romano, le journal officiel du Vatican, souligne que « le Spoutnik n’est pas une Lune artificielle, mais un Mars artificiel » pouvant menacer la paix dans le monde.

 

Spoutnik, un événement de la Guerre froide.

Quant aux nations communistes, c’est la fierté qui s’exprime. Ainsi, le Ta Koung Pao en Chine clame que Spoutnik est une preuve de la supériorité du socialisme sur le capitalisme, prouvant « que l’Union soviétique est le pays le plus avancé du monde dans le domaine de la science et de la technique »… un véritable panégyrique de la cause communiste. Plus modéré, le quotidien yougoslave Politika reconnaît le 6 octobre qu’ « il s’agit d’un succès de l’humanité tout entière. En effet, le satellite artificiel est né d’efforts tenaces dépassant le cadre d’un seul pays ».

Face à cette déferlante de réactions, le secrétaire général du parti communiste de l’URSS, Nikita Khrouchtchev, adresse le 7 octobre aux pays occidentaux une sévère mise en garde : « Ces puissances devraient songer qu’une guerre, une fois commencée, peut s’étendre. Dès que les canons auront commencé à tonner et les fusées à prendre leur vol, il sera trop tard ». Il conclut en disant que « La fusée est une arme sans pitié. Nous ne voulons pas abuser de notre supériorité ». C’était fait… Le message était clair : derrière le Spoutnik, se profilait le lanceur R7 Semiorka (un missile balistique intercontinental) qui, en lieu et place du satellite, pouvait emporter une bombe atomique.

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

 

Références.

Un ouvrage : Victoire sur l’espace, par Albert Ducrocq, Julliard, Paris, 1959

Les actualités françaises sur le satellite Spoutnik, 9 octobre 1957, INA

Un film russe qui retrace l’événement du Spoutnik, des origines au succès

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