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Sentinel 2B et la fusée lunaire soviétique

Maquette d'exposition du moteur VG143. © Nicolas Pillet

Arianespace s'apprête à lancer cette nuit le satellite d’observation de la Terre multispectral Sentinel 2B... en utilisant un moteur qui a connu une longue histoire...

Sentinel 2B, construit par Airbus Defence and Space pour le compte de l’Agence spatiale européenne, représente le nec plus ultra de la technologie d'observation de la Terre européenne. Il doit décoller cette nuit (à 22h49, heure de Kourou, soit 2h49, heure de Paris), à bord du neuvième exemplaire du lanceur léger Vega, qui sert lui aussi de vitrine technologique du Vieux Continent. Mais, entre le pas de tir guyanais et son orbite héliosynchrone, Sentinel 2B bénéficiera d’un petit coup de pouce venu directement… du programme lunaire soviétique des années 1960 !

Durant la course à la Lune initiée en mai 1961 par le Président John F. Kennedy, le Ministère des Machines Générales (MOM), équivalent soviétique de la Nasa ou du Cnes, avait lancé le développement du lanceur super-lourd N-1 et du vaisseau lunaire L-3. Celui-ci, à l’instar d’Apollo, comprenait un module lunaire (LK), qui devait permettre à un cosmonaute de se poser en douceur sur la surface de la Lune, et d’en redécoller en toute sécurité.

Comme on le sait, l’ensemble de ce projet sera un échec suite à l’incapacité du MOM à fiabiliser le lanceur N-1. Le LK a néanmoins été développé, et plusieurs essais ont été conduits sur des prototypes en orbite terrestre. Il était équipé de deux moteurs, le RD-858 (principal) et le RD-859 (secours), tous deux fournis par le bureau d’études Youzhnoïe, basé à Dniepropetrovsk, en Ukraine.

Le moteur RD-859, doté de deux chambres de combustion, développait une poussée dans le vide de 2 tonnes avec une impulsion spécifique de 312 secondes. Fonctionnant avec le couple N2O4/UDMH, il était conçu pour s’allumer dans des conditions de micropesanteur, mais n’était pas réallumable.

Quelques années plus tard, en 1976, ce moteur a été modifié pour équiper le dernier étage du missile intercontinental R-36M UTTKh, baptisé « Satan » par l’OTAN. Devenu le RD-864, il était désormais doté de quatre chambres de combustion. Par la suite, il sera encore modifié et deviendra le RD-869, pour s’adapter à la nouvelle version R-36M2 du missile Satan.

Une troisième version, appelée RD-866, avait été développée en 1979 pour le missile RT-23 UTTKh. Il n’y avait cette fois plus qu’une seule chambre de combustion qui, comme elle était montée sur cardan, pouvait être orientée selon deux axes à ±20°.

Plus de vingt années plus tard, l’Europe développe son nouveau lanceur léger Vega, sous maîtrise d’œuvre d’Avio SpA. Les trois premiers étages utiliseront des ergols solides, mais il faut un étage à ergols liquides réallumable pour assurer la mise à poste des charges utiles. Youzhnoïe propose son projet de moteur VG143, et est sélectionné en février 2004, suite à un appel d’offres international.

Le VG143 n’est autre qu’une quatrième et ultime évolution du moteur du module lunaire soviétique qui, après avoir servi pour la course à la Lune et la guerre froide, va donc envoyer sur orbite le dernier-né des satellites européens.

« L’histoire est une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies », nous disait Alexis de Tocqueville.

 

Nicolas Pillet est webmaster du site d'informations spatiales russes en français Kosmonavtika.

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