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Regards sur le système solaire n°4 : Ryugu

L'astéroïde Ryugu, à 6 km de distance © JAXA

Cette semaine, le géographe Gilles Dawidowicz s’intéresse à l’extraordinaire mission japonaise Hayabusa 2, qui nous dévoile l’intrigant astéroïde (162173) Ryugu.

On se souvient de la sonde japonaise Hayabusa qui, en 2005, nous renvoyait d’incroyables images de l’astéroïde (25143) Itokawa. Assurément, celles-ci figuraient parmi les clichés les plus beaux de toute l’histoire de l’exploration spatiale, tant les caméras embarquées étaient performantes. Le reste de la mission spatiale nippone fut compliqué : après plusieurs tentatives d’atterrissage afin de prélever quelques grammes de sol, l’engin parvint, malgré la faible gravité, à collecter 1 500 particules inférieures à 10 micromètres, et à les ramener sur Terre en 2010, après des péripéties dignes d’Apollo 13 ou d’un scénario catastrophe hollywoodien.

Non contente de cette réussite dont le monde occidental n’a que trop peu parlé, la toujours plus audacieuse agence japonaise Jaxa a appris et a poursuivi ses efforts. La voilà de retour avec une nouvelle sonde spatiale, Hayabusa 2, lancée depuis Tanageshima le 3 décembre 2014. Nouvelle sonde et nouvel astéroïde cible : (162173) Ryugu, un corps de moins de 900 m de diamètre, distant de 280 millions de kilomètres de la Terre.

 

Une forme inattendue.

Après un voyage de près de 31 mois et d’environ 3,2 milliards de km, Ryugu est atteint le 27 juin 2018 comme prévu, et la sonde commence son travail aussitôt. Déjà, les premiers clichés sont saisissants, et dévoilent une forme inhabituelle pour un corps solide dans le système solaire : un octaèdre ! L’aspect général de sa surface est très comparable à celle d’Itokawa, même si une structure blanche apparaît clairement au pôle Nord, presque comme un dépôt sédimentaire, une petite calotte polaire claire. Il faudra la survoler de près afin d’en déterminer la nature (des sels minéraux, de la glace, des dépôts d’une autre nature…) et, même mieux, y prévoir un prélèvement d’échantillons l’an prochain.

Pour l’heure, les ingénieurs de la Jaxa continuent d’abaisser l’altitude de l’engin (déjà à moins de 6 km au-dessus de la surface), et obtiennent des clichés d'un piqué exceptionnel et d’une définition rarement atteinte (60 cm par pixel) sur ce type de petit corps : nous rentrons dorénavant dans l’intimité du corps planétaire qui se révèle fascinant.

 

Une surface constellée de blocs.

Ces derniers jours, de nouvelles images nous sont parvenues : elles sont tout simplement magnifiques. Quelle poésie, quel paysage étonnant, que d’émotions ! Elles confirment l’absence de cratères d’impact à la surface (à l’exception d’un très vieux), et montrent une surface constellée de blocs de toutes tailles, posés au sol. On y voit même de gros rochers fragmentés, mais toujours en place. L’ensemble des mesures en cours et à venir permettront de réaliser une cartographie topographique et morphologique précise de l’astéroïde ainsi qu’une cartographie gravimétrique pour permettre les prochaines manœuvres, à savoir tenter des posés de robots et des collectes d’échantillons pour un futur retour sur Terre...

 

Gilles Dawidowicz est géographe, président de la commission de Planétologie de la Société astronomique de France. Après avoir décrypté 79 images de Thomas Pesquet durant toute la mission Proxima, il s'intéresse désormais aux clichés les plus saisissants du système solaire, d'hier et d'aujourd'hui.

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