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Quand la France rêvait du ciel, ou Lucien Servanty à l'honneur, documentaire

Le SO Triton, conçu par Lucien Servanty, signa le commencement du renouveau aéronautique d'après-guerre. C'est cette histoire que raconte "Quand la France rêvait du ciel" entrecroisée avec celle de Lucien Servanty, le père (entre-autres) de Concorde. © DR

En 1945, l'aéronautique français est exsangue. Après quatre ans d'occupation, le pays accuse un retard considérable par rapport à la Grande-Bretagne et l'Allemagne qui ont déjà des jets en service, ainsi que les Etats-Unis. Les usines des avionneurs français ont été rasées par les alliés, une bonne partie de la main d'oeuvre spécialisée a été envoyée travailler de force en Allemagne.

Aussi dès la fin du conflit, il est urgent de reconstruire une aviation moderne car la guerre froide s'instaure peu à peu. L'armée de l'Air doit se rééquiper tandis que les avionneurs doivent mettre les bouchées doubles pour rattrapper le temps perdu et se mettre à niveau technologiquement parlant.

L’ingénieur français Lucien Servanty est un des acteurs du redémarrage de l’aéronautique française, qui mérite de figurer dans le panthéon de l'aviation nationale aux côtés de Blériot, Voisin, Latécoère, Dassault pour ne citer qu'eux.

Ingénieur diplômé des Arts et Métiers, il débute sa carrière chez Bréguet en 1931 puis il intègre la SNCASO (Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Ouest) lorsque cette dernière est créée en 1936, à la suite de la loi de nationalisation de l'industrie aéronautique.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Lucien Servanty continue ses activités au sein de la SNCASO sous le contrôle de l'occupant. Ce que peu de personnes savent alors c'est qu'en grand secret, il lance dès 1943 l'étude du futur SO. 6000 Triton, le premier avion à réaction français qui aurait du être équipé d'un turboréacteur Rateau-Anxionnaz lui aussi français... et qui aurait du être le premier turboréacteur double-flux de l'histoire. Mais Rateau travaillant seul, ce fut un turboréacteur Jumo 004 qui (sous)motorisa l'appareil au gré de ses premiers vols, avant qu'un moteur britannique ne soit ensuite greffé.

L'appareil vole pour la première fois le 11 novembre 1946 en décollant de la piste d'Orléans-Bricy. Le Triton n'est pas à proprement parler ce que l'on peut qualifier de réussite, mais qu'importe. C'est un début, un bon début qui va permettre à Lucien Servanty de jalonner de ses avions de plus en plus performants la renaissance des ailes françaises.

Après le Triton, l'Espadon voit le jour et vole pour la première fois en 1948. Mais, sous-motorisé, l'armée de l'Air lui préfère le Dassault Ouragan. Premier avion européen à dépasser Mach 1 en palier, l'Espadon est employé pour la mise au point des moteurs du Trident, les turboréacteurs Marboré et la fusée SEPR. 

En 1953, ce fabuleux prototype d'intercepteur à propulsion mixte turboréacteur-moteur fusée remporte plusieurs records (deux d'altitude, puis celui de la montée à 18 000 m en 3 min 17 s, notamment) et va jusqu'à  étonner les pilotes d'essais américains venus droit d'Edwards AFB, lesquels commenteront n'avoir jamais vu un appareil "pousser aussi fort et aussi vite". Les pilotes du Trident, Jacques Guignard, Charles Goujon et Jean-Pierre Rozier font alors l'actualité... Avant que le programme ne soit interrompu pour des raisons budgétaires.

Dans les années 60, Lucien Servanty dirige la conception du fleuron français de l’aéronautique, Concorde. Le supersonique lui permet d'acquérir une certaine notoriété en dehors du cercle aéronautique. Et grâce à l'amitié qu'il porte à Bill Strang, son équivalent britannique, le projet SST sera mené jusqu'au bout et les difficultés politiques contournées.

Entre 1945 et 1973, les inventions de cet ingénieur, finement ciselées et comparables aux plus belles oeuvres d'orfèvrerie, reflétèrent les aspirations d’une France qui se passionne alors pour l’aviation, la vitesse et la technologie, qui s’enthousiasme pour les exploits de ses pilotes d’essais -qui ne connaît pas de nom Constantin Rozannof, Roland Glavany ou André Turcat- alors la modernité de ses aéroports, qui  se projette dans un avenir radieux débarrassé des contingences terrestres. Toute une époque...

C'est ce que raconte ce documentaire extrêmement bien réalisé sur un ingénieur et chef de programme encore méconnu... Devrait-on plutôt dire oublié. Le réalisateur a fait largement appel aux contributions des historiens de l'aéronautique et a généreusement puisé dans les images d'archive. L'ensemble donne une oeuvre passionnante, une initiative à saluer et à encourager.

"Quand la France rêvait du ciel", DVD-documentaire réalisé par Philippe Baron, 52 minutes, écrit par Philippe Baron et Jean-François Le Corre, réalisé par Philippe Baron. Une coproduction Vivement Lundi ! / France Télévisions.

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