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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #79 : en Arabie Saoudite

En Arabie Saoudite, depuis l’ISS. © Twitter/@Thom_astro - ESA/NASA

Tout au long de la mission Proxima, Thomas Pesquet a réalisé de splendides clichés de la Terre, qu’il a diffusés sur les réseaux sociaux. Ici, des champs irrigués au coeur de l’Arabie Saoudite.

Le 2 mars 2017, Thomas Pesquet a posté cette vue de champs irrigués au coeur de l’Arabie Saoudite, avec le commentaire suivant : « Un tableau abstrait, où les formes s’entremêlent (Yémen) ».

L’image a été prise depuis l’ISS le 1er janvier dernier, à l’aide d’un Nikon D4 équipé d’un téléobjectif à 1 150 mm de focale. Le Nord est à 8 heures. Nous sommes à environ 200 km au sud de Riyad (dans la province du même nom), et à quelques dizaines de kilomètres au sud de la réserve Awal, au centre de l’Arabie Saoudite et non au Yemen. La photographie couvre environ 16 km de long par 10 km de large.

L’Arabie Saoudite est proche de la Jordanie (au nord-ouest), de l’Irak (au nord), du Koweït (au nord-est), du Qatar (à l’est), des Emirats Arabes Unis (au sud-est), d’Oman (au sud sud-est) et du Yémen (au sud). Elle est bordée à l’ouest par la mer Rouge et à l’est par le golfe Persique.

Nous avons là une belle illustration de ce que l’on nomme « l’irrigation à pivot central » –en d’autres termes, une culture en cercle ou encore en carrousel. Il s’agit en fait d’un type de culture assez répandu à travers la planète car particulièrement bien adaptée aux terrains plats. Ainsi, on trouve ce genre de dispositif aux Etats-Unis, au Brésil, en Europe (dans les Landes, le Centre et la Gironde, notamment pour la France), mais aussi en Afrique et surtout dans les régions arides comme c’est le cas ici en Arabie Saoudite, où se sont près de 1 000 champs circulaires qui sont exploités de la sorte. Cette méthode d'irrigation par aspersion aérienne génère une surface circulaire irriguée centrée sur le pivot, créant un motif circulaire caractéristique. Les tuyaux comportant des buses sont assemblés pour former un canon à eau permettant grâce à des vannes et à des moteurs électriques d’arroser certaines parties de la parcelle et pas d’autres.

Ce type d’irrigation ne change rien aux graves problèmes environnementaux rencontrés dans les pays arides par les agriculteurs modernes et leurs méthodes de production intensive. Outre le pompage à outrance des aquifères fossiles situées entre 30 et 400 m de profondeur et vieux de milliers d’années (ou le dessalement de l’eau de mer qui consomme une énergie électrique considérable), l’agriculture dans ces pays entraîne le rationnement en eau des populations et accélère l’appauvrissement des sols qui ne sont plus que des supports. Très vite, les champs circulaires, par exemple, deviennent difficiles à exploiter du fait de fortes concentrations de sels : c’est la salinisation des sols qui touche également les nappes phréatiques sous-jacentes. Enfin, l’eau pompée de l’aquifère (partagé entre la Jordanie et l’Arabie saoudite) est légèrement et naturellement radioactive ; il faut donc la diluer avec de l’eau douce pour la rendre propre à la consommation. A ce rythme, l’aquifère sera tari dans moins de 50 ans et l’espèce humaine aura consommé en un siècle ce que la Nature aura mis des milliers d’années à produire. Tout cela pour faire fleurir le désert avec des légumes, des céréales et des fruits...

Mais revenons à l’Arabie Saoudite. Sa géographie varie entre déserts, zones semi-arides et régions côtières. Son climat varie de la même manière, pouvant aller d’un climat désertique ou semi-aride à un climat sub-tropical et même à une période de mousson provenant de l’océan Indien. L’été, la température diurne est en moyenne de 45°C, mais peut atteindre 54°C. Le reste de l’année, la température moyenne avoisine 29°C. Certaines régions peuvent être chaudes et humides l’été et presque tempérées l’hiver, avec toutefois des tempêtes de poussières et des pluies soudaines.

Il n’empêche que l’Arabie Saoudite était un paradis naturaliste pour les amateurs de faune sauvage, bigrement menacée de nos jours malgré de très nombreux parcs naturels. Ainsi, on pouvait y observer il y a moins d’un siècle encore des loups, des oryx, des gazelles, des léopards, des hyènes ainsi qu’une avifaune exceptionnelle comprenant des aigles, des vautours, des faucons, des gangas (sorte de perdrix), des bulbuls (sortes de passereaux)… Mais la chasse de loisir intense et irresponsable a terminé de faire disparaître l’essentiel de ces espèces qui deviennent extrêmement rares à observer.

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, président de la commission de Planétologie de la Société astronomique de France.

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