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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #78 : la dune du Pilat et la côte d’Argent

La dune du Pilat sur la côte d’Argent, vue depuis l’ISS. © Twitter/@Thom_astro - ESA/NASA

Tout au long de la mission Proxima, Thomas Pesquet a réalisé de splendides clichés de la Terre, qu’il a diffusés sur les réseaux sociaux. Ici, la dune du Pilat et le banc d'Arguin, vus depuis l’ISS.

Le 21 mai 2017, Thomas Pesquet a posté cette vue de la dune du Pilat et du banc d’Arguin, depuis l’ISS, avec le commentaire suivant : « Après la seule plage convexe d’Europe, voici la + haute dune de sable du continent : Dune de Pilat. Impressionnante, non ? ;) ».

L’image a été prise depuis l’ISS le 4 mai dernier, à l’aide d’un Nikon D4 équipé d’un téléobjectif à 1 150 mm de focale. Le Nord est à 8 heures. Nous sommes au-dessus de la dune du Pilat, du banc d'Arguin et du banc du Toulinguet, situés en bordure du massif forestier des Landes de Gascogne, à l'entrée sud du bassin d'Arcachon, face au Golfe de Gascogne, à Pyla-sur-Mer dans la commune de Teste-de-Buch (sud-ouest de la France). Comme le souligne Thomas Pesquet, la dune du Pilat est la plus imposante dune d’Europe avec presque 111 m de haut !

Nous avons là sous les yeux un paysage qui évolue en permanence depuis au moins 20 000 ans et la dernière période glaciaire, du fait d’actions conjuguées de la houle oblique, des vents, des déferlements, des courants marins et des courants de marées : c’est la dérive littorale qui est à l’oeuvre. A eux tous, ces éléments déplacent des quantités énormes de sables et de sédiments le long du littoral Atlantique, en direction du sud.

Commençons tout d’abord par décrire le banc d’Arguin. Il s’agit un banc de sable d'environ 4 km de long sur 2 km de large. Il est plus ou moins visible selon l'état de la marée et, sous l'action des courants marins, des marées et des vents change continuellement de forme et d'emplacement. C’est un banc très mobile, dont les limites ne sont pas précisément cadastrées. Le banc d’Arguin se trouve en face de l'entrée du bassin d'Arcachon, entre la dune du Pilat (située à environ 1 km à l’est et bien visible au centre du cliché) et la pointe du Cap-Ferret (située à environ 3 km au nord nord-ouest, elle aussi bien visible dans le bas gauche de l’image). Classé réserve naturelle en 1972, le banc occupe une surface de 2 200 hectares. Cette réserve protège l’ensemble du banc qui est une importante zone de nidification, d'hivernage et de halte migratoire (en automne et au printemps) pour de nombreuses espèces d'oiseaux. Ainsi, on y observe plus de 30 000 limicoles et des espèces comme la Sterne caugek, le Gravelot à collier interrompu, l'Huîtrier pie, le Bécasseau variable, le Courlis cendré ou encore la Barge rousse qui y hivernent. Par ailleurs, on y trouve une végétation typique des dunes du littoral atlantique capable de s'adapter aux conditions extrêmes de la dune comme l'Oyat, l'Armoise maritime, le Panicaut maritime, la Linaire à feuille de thym et les herbiers de la grande Zostère. Enfin, au large du banc peut être observée une faune marine intéressante dont le Grand dauphin, le Phoque gris et la Tortue luth.

Sur le continent et en face du banc, se trouve la célèbre dune du Pilat (au centre du cliché). Très active elle aussi, elle mesure pour sa part 2 900 m de long, 616 m de large et environ 55 millions de mètres cubes de sable. On comprend bien que cette formation géomorphologique soit exceptionnelle par ses dimensions, peu habituelles sur notre continent.

Les dunes actives, c’est-à-dire non fixées par la végétation et toujours soumises aux vents dominants, sont des édifices qui évoluent au fil du temps, tant dans leur forme que dans leur localisation. Elles peuvent ainsi se déplacer plus ou moins rapidement en fonction des circonstances et des conditions morphoclimatiques qu’elles ont à subir. Une dune est comme une rivière, un organisme “presque” vivant, et qui trahit surtout son environnement. Pour qui sait lire le paysage, une dune en raconte long sur ce qu’il s’y passe (où s’y est passé). Quoiqu’il en soit, la présence d’une dune ou d’un champ de dunes provient d’un cycle banal de la géographie physique en trois étapes : de l'érosion, du transport et de l'accumulation de sédiments. A la dune du Pilat, ces trois étapes indissociables soulignent l'évolution du littoral au fil du temps géologique.

Décryptons donc cette scène. La dune du Pilat est mobile et ses déplacements sont permanents. Cette dune est clairement dissymétrique. Sa face exposée à l’ouest (face à l’océan) trahit un trait de côte variable. Sa pente est relativement douce et fait moins de 20°. Sa face exposée à l’est, à l’abri des vents marins et face aux terres, progresse régulièrement sur le massif forestier. Sa pente, plus raide et avoisine les 40°. Sa progression se fait entre 1 et 5 m par an (les arbres sont ensevelis peu à peu) et parfois les rues voisines de la dune peuvent l’être aussi.

Actuellement, sous l’action des tempêtes hivernales qui se succèdent régulièrement, la partie nord de la dune est soumise à une forte érosion, tandis qu’elle est très faible sur sa partie sud. Quant à sa formation et à son alimentation, il ne fait plus de doute que la dune du Pilat est totalement liée au banc d’Arguin sur lequel le sable est arraché sous l’effet des vents d’ouest. Pour finir, la dune n’a pas toujours eu ni cette taille, ni cette forme ni cette localisation. Elle était il y a 100 ans encore à près de 500 m de là, plus à l’ouest.

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, président de la commission de Planétologie de la Société astronomique de France.

 

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