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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #72 : le cap de la Hague

Le cap de la Hague, vu depuis l’ISS. © Twitter/@Thom_astro - ESA/NASA

Tout au long de la mission Proxima, Thomas Pesquet a réalisé de splendides clichés de la Terre, qu’il a diffusés sur les réseaux sociaux. Ici, la pointe du Cotentin et l’énorme site industriel de la Hague.

Le 1er mai 2017, Thomas Pesquet a posté cette vue de la Hague, avec le commentaire suivant : « Dans la catégorie « endroits qui ne se visitent pas » : l’usine de traitement des déchets nucléaires de la Hague, en Normandie ».

L’image a été prise depuis l’ISS le 19 avril dernier, à l’aide d’un Nikon D4 équipé d’un téléobjectif à 1 150 mm de focale. Le Nord est à 11 heures. Nous sommes en pays Normand, à la pointe de la péninsule du Cotentin, une sorte de bout du monde. Géologiquement dans le Massif armoricain (et c’est important de le souligner), cette région est établie sur un socle géologique ancien (allant jusqu'au précambrien) et stable, à l'abri des tremblements de terre. Le climat est océanique et la présence de courants marins et de vents forts, influencés par le Gulf Stream, peut se révéler très utile… D’ailleurs, il ne gèle que très rarement. Sous nos yeux se trouvent aussi les plus vieilles roches de France (et même parmi les plus anciennes d’Europe continentale), qui affleurent dans un petit village nommé Jobourg ; ces gneiss datent de plus de 2 milliards d’années !

Ici, les noms des villages et des petits bourgs sonnent à l’oreille. Voici donc Auderville, Saint-Germain-des-Vaux, Omonville-la-Petite, Digulleville, Omonville-la-Rogue, Eculleville, Gréville-Hague et Urville-Nacqueville, sur la partie Nord du cliché. Au centre, c’est Jobourg, Herqueville, Beaumont-Hague, Braville-Hague, Sainte-Croix-Hague. Enfin, dans le bas c’est Vauville et le haut de la Réserve Naturelle de la Mare de Vauville. Un paysage typique de bocage normand, étonnant de beauté, où les routes sont étroites et parfois recouvertes par la canopée qui peut y former de vastes tunnels verts.

Le zoom permet de remarquer que les eaux turquoises du rivages sont claires et transparentes. Elles laissent ainsi deviner les hauts-fonds, les rochers et le sable fin épandu qui compose quelques belles plages. Il faut s’y tremper pour soudainement réaliser que nous sommes loin des Caraïbes. Le littoral est varié : on y trouve des pointes, des caps, des baies, des anses, des nez, des falaises abruptes, des corniches, des grèves de galets, des grandes plages, des îlots, des platiers rocheux, des massifs dunaires, des marais, des landes, des petits bois, des pâturages, des parcelles cultivées... Autant de points d’intérêts à visiter et à identifier sur le cliché. Ici, chaque contour de la côte porte un nom poétique très évocateur.

Trouvez la Pointe du Bec de l’Âne, la Pointe à l’Eau Gouleux ou encore le Cap de la Hague. Contemplez l’Anse de Senival coincée entre le Nez de Jobourg (un célèbre promontoire rocheux de gneiss) et le Nez de Voidries. La côte est magique. Admirez vers le sud la petite Baie de l’Etablette, l’Anse de Pivette, les baies de Moncaneval et de la Gravelette, mais aussi l’Anse du Tas de Pois, l’Anse des Moulinets, la Baie des Fontenelles. Les rochers apparaissent comme découpés au couteau, littéralement cisaillés, qu’ils soient émergés ou sous l’eau : ce sont les splendides platiers rocheux. Et, à certains endroits, un regard attentif vous permettra de remarquer la présence de belles falaises (parmi les plus hautes d’Europe). Le panorama est incroyable car la nature préservée nous offre un paysage remarquable et sauvage ! Au Nord du Nez de Voidries, dans la Baie de la Blette Rompue, les pentes se font plus menaçantes. On constate quelques belles criques et c’est déjà l’Anse du Cul Rond et la Côte Soufflée puis la Baie d’Ecalgrain, la très belle Pointe du Houpret aux roches sous-marines vertes, le Creux Mauvais Argent, la Baie de Sary et le petit Port de Goury. Nous sommes alors face au Phare du cap de la Hague (à côté d’un petit nuage blanc) et aux récifs qui l’entourent, tout au bout de la Pointe du Cotentin.

En poursuivant vers le nord, c’est ensuite une série de splendides rochers : Nez Bayard, la Pointe des Groins, la Pointe de la Loge, le Havre de Bombec, la Pointe du Nez Cabot, le petit Port Racine bien abrité, la Pointe du Nez, l’Anse Saint-Martin, le Havre de Plainvic, la Baie d’Ecuty, la Pointe de Catehaut, la Pointe Jardeheu, le Havre de Barfouis et sa petite digue protégeant quelques bateaux. Enfin, c’est la Baie de Fontenelles, la Pointe d’Etimbert, le Cormoran, la Baie de Quervière, le Doué du Moulin, le Havre de Vouy et, pour finir, les premières maisons de Urville-Nacqueville, tout en haut à droite du cliché.

Le sentier littoral (en fait le chemin des douaniers) est bien visible sur le cliché de notre astronaute tout au long de cette côte découpée. Il nous invite à des pensées romanesques et à des aventures épiques de contrebandiers…

Toute la région est aussi une réserve de biosphère exceptionnelle. La partie ornithologique est remarquable avec plus de 140 espèces d’oiseaux dont des gravelots, des hérons, des busards des roseaux et des faucons crécerelle. On trouve aussi des cormorans huppés, des mouettes tridactyles, des fulmars boréals, des goélands marins, des goélands argentés, des fous de Bassan, des grands corbeaux, des canards colverts et sarcelles, ainsi que de nombreux oiseaux migrateurs comme la fuligule morillon (un canard plongeur), ou le pipit farlouse (un passereau). On trouve également des batraciens dont des crapauds accoucheurs et des rainettes vertes, ainsi que des petits reptiles comme des lézards verts et des orvets. Côté faune marine, on trouve des grands dauphins et des marsouins surtout présents au large. Dans les tunnels militaires nichent des colonies de chauves-souris et depuis quelques décennies, les falaises de Jobourg abritent une harde de chèvres sauvages.

Enfin, comment ne pas parler de cette région sans aborder l’usine de retraitement de la Hague (à ne pas confondre avec la centrale nucléaire de Flamanville située un peu plus au sud, et non visible sur ce cliché) ? Cette usine de retraitement lancée en 1966 est bien visible : c’est le grand rectangle grisâtre au centre du cliché. Il s’agit d’un centre de traitement du combustible nucléaire usé en provenance des centrales nucléaires françaises mais aussi allemandes, belges, suisses, hollandaises et japonaises. C’est ici également que l’on stocke plus de 500 000 m3 de déchets nucléaires radioactifs, dans le Centre de Stockage de la Manche géré par l’Andra (l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Un endroit qui se visite… ou pas !

 

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, président de la commission de Planétologie de la Société astronomique de France.

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