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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #60 : à la pointe de Sangomar

La pointe de Sangomar et le Parc national du delta du Saloum, au Sénégal, vus depuis l’ISS. © Twitter/@Thom_astro - ESA/NASA

Depuis son arrivée à bord de la Station spatiale internationale, le 17 novembre dernier, Thomas Pesquet réalise de splendides clichés de la Terre, qu’il diffuse sur les réseaux sociaux. Ici, la pointe de Sangomar et le delta du Saloum, au Sénégal.

Le 21 avril 2017, Thomas Pesquet a posté cette vue de la pointe de Sangomar face au delta du Saloum au Sénégal, avec le commentaire suivant : « Retour au Sénégal avec le delta du Saloum et son écosystème de mangroves fragile… ».

L’image a été prise depuis l’ISS le 7 avril dernier, à l’aide d’un Nikon D4 équipé d’un objectif à 400 mm de focale. Le Nord est vers 9 heures. Nous sommes en Afrique de l’Ouest, sur la zone côtière du Sénégal (au nord de la Gambie) et au-dessus de l’un des six parcs nationaux du pays, celui du delta du Saloum dont la superficie est de 760 km2. Le site est simplement exceptionnel de beauté et d’une richesse incroyable d’un point de vue de la biodiversité de ses zones humides. Inscrite au patrimoine mondial par l’Unesco et site Ramsar, cette réserve de biosphère est particulièrement menacée par le réchauffement climatique mais aussi les activités humaines, qui entraînent de profonds bouleversements et déséquilibres. Les bouleversements écologiques transformant autant la nature que la vie des habitants de la région...

Sur la partie continentale, le cliché de Thomas Pesquet nous dévoile un véritable labyrinthe composé de près de 2 000 bras de fleuves, de chenaux et de méandres qui marbrent littéralement le paysage en un chevelu dense. C’est ici le royaume des marais, de la mangrove, des palétuviers, des bolongs, des tannes et des vasières, le tout rythmé par les marées. Le cliché révèle ainsi que nous sommes dans ce delta, aux interfaces de différents milieux naturels comme la savane continentale plus ou moins arborée, le milieu marin et le milieu marécageux. Nous y reviendrons.

Quant à la pointe de Sangomar, située tout en bas de l’image (à l’ouest dans la réalité), il s’agit d’une splendide flèche littorale (un cordon littoral percé de passes), située pile en face du delta du fleuve Saloum, et qui marque la fin de la Petite-Côte, cette section du littoral sénégalais située au sud de Dakar (entre la presqu’île du Cap-Vert et le Sine-Saloum), par opposition à la Grande-Côte, située au nord de la capitale (entre Dakar et Saint-Louis). En fait, la pointe de Sangomar est un banc de sable façonné par l’océan, qui s’étend sur près de 20 km de long. Ce fragile cordon est au fil du temps et des assauts de l’érosion (qui prend ici de nombreuses formes), littéralement transpercé par l’océan, formant des passes et morcelant peu à peu la flèche dans son unité. Ces brèches se forment puis s’agrandissent naturellement en quelques siècles, voire en quelques décennies. Ici la terre recule inexorablement face à la mer. En une année, une brèche peut s’ouvrir sur 1 km de large, puis avec ce premier coup de griffe, s’agrandir de 4 km dans les 10 ans qui suivent !

Mais le cycle de l’érosion va de pair avec celui de la sédimentation, lui aussi inexorable. Ainsi, la flèche est elle aussi parfois en progression, et peut s’étendre de 100 m par an par simples accumulations de sables qui se déposent et durcissent selon les conditions physico-chimiques du moment et via des processus complexes.

Mais revenons à la partie continentale de l’image. Comme c’est souvent le cas dans les zones protégées, la faune y est particulièrement riche et abondante. Il faut dire que la géographie s’y prête bien, avec les bras du fleuve qui rencontrent tantôt des marais, tantôt la mer, en pénétrant la mangrove. On y observe notamment une espèce aussi fragile que précieuse, le lamentin ; c’est aussi un lieu apprécié des crocodiles, des dauphins, des céphalophes de Grimm ou encore des phacochères, des hyènes tachetées, des guibs harnachés ou des singes patas. La faune halieutique est elle aussi d’une richesse foisonnante, là, à l'abri dans les racines des palétuviers, entre eaux douce, saumâtre et eau de mer, tandis que l’avifaune n’est pas en reste non plus. On y observe en effet des colonies remarquables de flamants nains, de martins-pêcheurs, de pélicans gris, de hérons goliath, d’aigles pêcheurs, de goélands railleurs, de mouettes, de jabirus (échassiers de la famille des cigognes), de sternes, d’aigrettes, de bagadais casqués (un passereau à la huppe touffue), de barges à queues noires, d’avocettes élégantes (une sorte d’échasse au bec assez long et courbé vers le haut) et de centaines d’espèces de limicoles (petits échassiers). On trouve ici aussi des crustacés et des coquillages…

Enfin, à propos du Saloum et du Siné, il s’agit de deux fleuves serpentant dans la région naturelle du Sine-Saloum. Le premier est long de 250 km tandis que la longueur du second est inconnue. Ils se jettent tous les deux dans l'océan après avoir formé ce splendide delta.

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, président de la commission de Planétologie de la Société astronomique de France.

 

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