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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #44 : le palmier Jebel Ali à Dubaï

Le palmier Jebel Ali à Dubaï, vue depuis l’ISS. © Twitter/@Thom_astro - ESA/NASA

Depuis son arrivée à bord de la Station spatiale internationale, le 17 novembre dernier, Thomas Pesquet réalise de splendides clichés de la Terre, qu’il diffuse sur les réseaux sociaux. Ici, le palmier Jebel Ali à Dubaï, aux Emirats arabes unis.

Le 5 février 2017, Thomas Pesquet a posté cette vue d’une presqu’île artificielle de Dubaï, aux Emirats arabes unis., avec le commentaire suivant : « Visibles facilement depuis l’espace : les îles artificielles de Dubaï. Celle-ci est en construction et encore un peu vide ».

L’image a été prise depuis l’ISS le 31 décembre dernier, à l’aide d’un Nikon D4 équipé d’un téléobjectif de 1 150 mm. Le Nord est à 2 heures. Nous sommes au-dessus de la ville de Dubaï, aux Emirats arabes unis, et  survolons une construction hors du commun : une presqu’île artificielle géante en forme de palme !

The Palm, ou Palm Islands, est un projet pharaonique de macro-ingénierie. C’est surement le plus grand projet lancé par l'émirat, qui affectionne particulièrement la démesure... Il s'agit en l'occurrence de la construction de trois ensembles balnéaires, résidentiels et touristiques de luxe, sur des terres (des presqu’îles artificielles), en forme de palmier entièrement gagnées sur la mer. Il devait y avoir initialement trois presqu’îles en forme de palmiers, qui devaient porter les noms suivants : Jumeirah Palm, Jebel Ali Palm et Deira Palm, le tout devant être achevé entre 2007 et 2015.

Thomas Pesquet nous livre ici une incroyable vue du deuxième palmier : Jebel Ali Palm, en cours de construction. Il faut préciser que chaque palmier est composé d'un tronc central accueillant des infrastructures de sécurité (les gates), des infrastructures de transport, des commerces, des services, des attractions touristiques et des immeubles résidentiels. À partir de ce tronc central rayonne un certain nombre de branches, les « palmes » abritant des résidences de luxe, des villas indépendantes et des attractions touristiques. Chaque ensemble est ceinturé par une digue de protection contre la houle, censée assurer la pérennité des constructions. Ainsi, si la construction du premier palmier (Jumeirah Palm) est achevée et la livraison réalisée, le reste du programme a pris beaucoup de retard en raison de très nombreux problèmes techniques, de modifications de conception et même de soucis de maintenance des infrastructures à peine réalisées.

Comme le souligne Thomas Pesquet, et comme on peut s’en apercevoir avec un zoom sur l’image, la presqu'île Jebel Ali Palm est loin d’être achevée. Il faut souligner que l’essentiel est conçu sur… du sable. Du sable de mer pour être précis, prélevé au fond des mers !

Si la vue depuis l’espace est plutôt belle et harmonieuse, si la photographie est esthétique et plutôt réussie, il est tout de même légitime de se demander si cette construction est raisonnable. Cette réalisation est évidemment un défi d’ingénieurs, mais c’est assurément aussi l’expression d’un sentiment profond d’une domination absolue de la Nature au sens large. L’empreinte écologique d’un tel projet est une aberration à plus d’un titre, qui plus est à une époque où un changement climatique majeur est entamé, dont l’une des conséquences visible et immédiate sera la montée des eaux océaniques d’une façon globale. Le simple prélèvement de quantités énormes de sable marin au fond des mers pour cette réalisation est une catastrophe écologique en soi. C’est d’ailleurs parce que le sable du désert n’aurait pas convenu étant données ses caractéristiques morphoscopiques incompatibles avec des projets de construction, que le choix de prélever du sable marin a été fait...

Mais revenons à la photographie de Thomas Pesquet. Sur le côté gauche du palmier, vous pouvez d’ores et déjà observer d’autres chantiers en cours. Il s’agit d’une nouvelle phase, pour un nouveau projet : le Dubaï Waterfront. Cette fois, l'Émirat va construire des infrastructures sur la mer contournant tout le palmier, Jebel Ali Palm mêlant presqu’îles géantes et îles indépendantes dans une sorte de ceinture immense tout autour ! Un immense archipel artificiel en somme pouvant accueillir plus de 1,5 million de personnes. On observe pour le moment la première partie, presque achevée, et l’ébauche d’une deuxième en cours de délimitation, juste au-dessus. Ce futur complexe, également très en retard sur le prévisionnel, est censé être une gigantesque marina (la plus grande du monde) et une baie. Il devrait comporter lui aussi des quartiers résidentiels, des ports de plaisance, des commerces, des centres de loisirs etc., ainsi que le Dubaï Mall : le plus grand centre commercial de la planète !

D’autres projets du même genre sont plus ou moins à l’étude ou en cours devant Dubaï, comme notamment The World, un autre archipel artificiel reproduisant la carte du monde et ses continents. Clairement, l'Émirat espère ainsi devenir dans la prochaine décennie, la première destination mondiale du tourisme de luxe et devenir l'un des pôles mondiaux du tourisme familial et du tourisme d'affaires rivalisant avec Las Vegas...

Retrouvez l’image sur Google Maps !

 

Gilles Dawidowicz est géographe, président de la commission de Planétologie de la Société astronomique de France.

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