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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #3 : Dieppe

La ville de Dieppe depuis l’ISS. © Twitter/@Thom_astro - ESA/NASA

Depuis son arrivée à bord de la Station spatiale internationale, le 17 novembre dernier, Thomas Pesquet réalise de splendides clichés de la Terre, qu’il diffuse sur les réseaux sociaux. Ici, Dieppe.

Le 15 janvier 2017, Thomas Pesquet a posté cette vue de Dieppe, dans la Seine Maritime (Normandie), avec le commentaire suivant : « Cette photo représente beaucoup pour moi : Dieppe, la ville où j’ai grandi ! C’est toujours un plaisir de la survoler depuis l’espace et ça m’évoque beaucoup de souvenirs, notamment du lycée. D’ailleurs on devine ce dernier sur le cliché, juché sur les falaises qui surplombent la plage ! »

L’image a été prise le 30 décembre dernier, à l’aide d’un Nikon D4. Parfaitement centré sur le cliché, le tissu urbain de « la ville aux quatre ports » apparaît aussi jaune que les sédiments sous-marins déposés à l'embouchure du fleuve côtier (l’Arques) qui se jette dans la Manche. Dieppe est située dans la profonde vallée de l'Arques, à la pointe Nord de la Côte d’Albâtre. Le Nord est quasiment vers le bas du cliché.

Grâce aux ombres portées, on devine le relief local, et Dieppe semble comme oblitérée, quasiment engoncée au fond d’une vallée rectiligne de presque 1 km de large. En haut à gauche du cliché se trouve un rectangle sombre, qui est la limite Nord et Nord-Ouest de la forêt domaniale d’Arques. Celle-ci surmonte les vallées de l’Eaulne, de la Béthune, de la Varenne et de l’Arques, dominant leur confluence, environ 5 km avant l’embouchure avec la Manche.

L'Arques est un fleuve au cours réduit, long de 6 km et entièrement situé dans le département de la Seine Maritime. L’Arques présente la particularité d’être l’exutoire de trois rivières bien visibles sur le cliché de Thomas Pesquet, drainant la partie orientale du Pays de Caux et le nord du Pays de Bray, étant ainsi à la tête d’un réseau hydrographique dendritique très caractéristique, dont le bassin versant, peu peuplé à l'exception de la région dieppoise, dépasse les 1 000 km² de superficie.

En zoomant sur la photographie, les structures de la ville de Dieppe sont clairement identifiables. Ainsi, on distingue facilement les 4 ports de la ville, et surtout le port de plaisance devant le Quai Henri IV avec sa dizaine de pontons parallèles. On remarque aussi le centre historique et les quartiers de la ville, les nombreux autres quais et les digues, l’hippodrome et sa forme ovale, la belle plage de Dieppe et son front de mer, le golf de Dieppe Pourville et même la piste d’aviation de l’aérodrome Saint-Aubin.

Le bocage normand n’existe plus et les champs remembrés offrent un patchwork de couleurs propres à l’hiver, où se côtoient les champs labourés et les cultures de saisons.

La côte est remarquable, splendide même. L’ombre des falaises se projette sur le bleu de la mer turquoise. On devine ces hautes falaises crayeuses qui constituent la majeure partie de ce littoral cauchois. La Côte d’Albâtre porte bien son nom ! Entre les portions de falaises (dont les plus renommées sont celles d'Étretat au Sud et les plus hautes celles du Tréport au Nord), se sont formées des vallées suspendues de petits fleuves côtiers. Quelques ports s'abritent dans les échancrures les plus importantes dont précisément celui de Dieppe.

Avec plus d’éléments sur le cliché, il serait aisé de calculer la hauteur de ces hauts murs verticaux et subverticaux de calcaire. Généralement ces falaises s'élèvent entre 60 et 120 m au-dessus du niveau de la mer. Formées de couches alternées de silex foncé et de marnes jaunâtres, elles sont rongées, attaquées même par la mer, qui gagne peu à peu du terrain. Les éléments crayeux du Crétacé supérieur finissent par se dissoudre dans l'eau de mer, lui donnant cette couleur particulière depuis l’orbite, tandis que la partie dure, les morceaux de silex, sont roulés et érodés par le remous jusqu'à former des galets aux formes lisses et rondes qui tapissent le rivage. A Dieppe, il n’y a pas de plage de sable fin… Notons que les eaux turbides déposent sur les premiers centaines de mètres de la côte, des fines très claires formant des virgules plus ou moins importantes dans la mer au grès des courants.

Gilles Dawidowicz est géographe, président de la commission de Planétologie de la Société astronomique de France

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