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La Terre dans l’oeil de Thomas Pesquet #28 : les pyramides d'Egypte

Les pyramides d’Egypte, vues depuis l’ISS. © Twitter/@Thom_astro - ESA/NASA

Depuis son arrivée à bord de la Station spatiale internationale, le 17 novembre dernier, Thomas Pesquet réalise de splendides clichés de la Terre, qu’il diffuse sur les réseaux sociaux. Ici, des pyramides en Egypte.

Le 3 mars 2017, Thomas Pesquet a posté cette vue de Dahchour en Egypte, avec le commentaire suivant : « Je pensais avoir enfin trouvé LES Pyramides, mais non. Celles-ci sont plus au Sud. Pas facile à repérer depuis l'espace ! La quête continue :) ».

L’image a été prise depuis l’ISS le 5 février dernier, à l’aide d’un Nikon D4 équipé d’un téléobjectif à 1 150 mm de focale. Le Nord est à 6 heures. Nous sommes au-dessus de la ville de Dahchour à une vingtaine de kilomètres au sud du Caire, en Egypte. Presque toute la scène couvre du désert, à l’exception de la bordure gauche du cliché (à l’est dans la réalité), qui est toute proche du Nil (non visible ici), et qui couvre donc une toute petite partie de son corridor vert : la vallée du Nil.

Tout le monde connaît les mythiques pyramides d’Egypte, symbolisées par les plus renommées : celles du plateau de Gizeh (les trois plus grandes étant celles de Khéops, de Khéphren et de Mykérinos). Vieilles de 4 500 ans environ, elles se trouvent sur la nécropole de Gizeh dans la région du Caire. Ce site archéologique exceptionnel comprend également d’autres pyramides plus petites comme les « pyramides des reines » et la pyramide de Khentkaous Ire, mais aussi des cimetières, de nombreuses tombes, des temples, des mastabas et le Sphinx de Gizeh. Ces merveilles, véritables trésors de l’Humanité, sont bien visibles depuis l’espace.

Ce que l’on sait moins, c’est qu’il existe aujourd’hui en Egypte environ 150 pyramides (ou complexes pyramidaux) plus ou moins en ruines, dont seulement quelques dizaines sont encore en très bon état.

Depuis le début de sa mission spatiale, Thomas Pesquet s’est fait un point d’honneur à tenter de photographier les trois pyramides de Gizeh de jour et de nuit, ce qui est un exercice difficile. Difficile le jour, car elles sont noyées dans la grisaille urbaine du Caire, de Gizeh et de la grande métropole cairote (encore quelques années et elles seront au centre d’un rond-point routier). Difficile la nuit, car elles sont plongées dans le noir et donc pas évidentes à localiser depuis l’espace.

En tentant de photographier celles de Gizeh durant le jour, notre astronaute a toutefois réussi à photographier deux pyramides très intéressantes à seulement une dizaine de kilomètres au sud de Saqqarah et à une vingtaine de kilomètres au sud sud-est des grandes pyramides tant recherchées. Il s’agit de la pyramide rouge et de la très célèbre et originale pyramide rhomboïdale, toutes deux situées à l’ouest de la ville de Dahchour.

Commençons par la pyramide rouge (située en bas à gauche sur l’image). Cette pyramide dont le nom provient de la teinte de son parement actuel, est la troisième pyramide d'Égypte par ses dimensions. Elle est attribuée au pharaon Snéfrou (premier roi de la IVe dynastie égyptienne, dont le règne se situe aux alentours de -2575 à -2551). Elle représente la première tentative réussie de pyramide à faces lisses. Cette pyramide construite en blocs de calcaire rouge (riche en fer et en manganèse) provenant d'une carrière locale, était à l'origine revêtue de blocs de calcaire fin de Tourah (lieu particulièrement connu pour ses carrières souterraines ayant fourni aux pharaons de l'Ancien et du Moyen Empire les blocs fins de leurs pyramides). Alignée sur les points cardinaux, sa base ne constitue pas un carré parfait (221,50 m d’ouest en est, et 218,50 m du nord au sud). Sa hauteur est de 104,40 mètres soit un peu moins que sa voisine la pyramide rhomboïdale.

Pour ce qui est de la pyramide rhomboïdale (on devine sur le cliché de Thomas Pesquet qu’elle n’est pas régulière), elle se situe à environ 1 500 mètres au sud de la pyramide rouge. Elle aussi construite pour le pharaon Snéfrou, sa forme particulière en fait une tentative avortée de pyramide à faces lisses, dernier stade de l'évolution des pyramides. Elle possède de nombreuses particularités et ressemble par bien des points à la pyramide érigée par le fils de Snéfrou, le très célèbre Khéops. Construite avec deux entrées dont l'une n'est pas située sur la face nord (ce qui est unique dans l’Ancien Empire), elle conserve encore la majeure partie de son revêtement, ce qui en fait la mieux conservée de toute l’Égypte. L’ensemble funéraire est constitué de la pyramide du souverain et d’une toute petit pyramide satellite, toutes deux ceinturées par un mur de pierres de deux mètres d'épaisseur, partiellement visible sur le cliché de Thomas Pesquet. Cette enceinte est reliée à un temple funéraire par une longue chaussée à ciel ouvert d’environ 700 mètres de long. La caractéristique la plus évidente de cette pyramide est son aspect en double pente qui est le résultat d’un changement de plan intervenu durant la construction. Haute de 105,07 mètres, ses côtés à la base font 188,60 mètres pour une surface totale de 35 570 m². Ses angles d'inclinaison sont de 54°34’, puis de 43°21’.

Si vous êtes bien attentifs, vous remarquerez que juste à côté de la pyramide rhomboïdale se trouve une pyramide satellite. Au sud de la pyramide rhomboïdale, à une distance de cinquante-cinq mètres se trouve donc cette toute petite pyramide destinée au culte du Ka du souverain. Ses dimensions originelles étaient de vingt-six mètres en hauteur et de 52,80 mètres pour la longueur des côtés. L'inclinaison de ses faces est de 44°30' (quasi-identique à l'inclinaison des faces de la pyramide rouge).

Par ailleurs, si vous cherchez sur la gauche de la pyramide rhomboïdale (à l’est en réalité), vous trouverez la pyramide noire, ou ce qu’il en reste, à 200 mètres seulement de la ville de Dahchour. Cette pyramide, aussi appelée la pyramide d'Amenemhat III, fait partie du premier complexe pyramidal que ce pharaon se fit édifier, avant de choisir un autre site à Hawara pour une seconde pyramide qui lui servit finalement de sépulture. Dotée d'une infrastructure remarquablement complexe, la pyramide a livré un des plus beaux pyramidions qui nous soit parvenus. En ruine, c’est en fait l’ancien noyau de la pyramide que l’on observe de nos jours.

Enfin, toute cette région a longtemps été une zone militaire. Vous pouvez à ce titre encore y observer quelques bases clôturées, avec l’alignement caractéristiques de baraquements et leurs enceintes de confinement...

 

Gilles Dawidowicz est géographe, président de la commission de Planétologie de la Société astronomique de France.

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