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La Norvège à la conquête de l’espace

Lancement d'une fusée-sonde Malemute depuis le centre spatial d'Andoya. © Andoya Space Center/NASA

La Norvège n’est pas perçue comme un « grand » du spatial. Elle n’en est pas moins un acteur qui, depuis des années, s’investit notamment dans la connaissance de la haute atmosphère et plusieurs applications spatiales.

Il y a 20 ans, le 21 mai 1997, un lanceur américain Delta II plaçait sur orbite, pour le compte de la société norvégienne Telenor, Thor 2, premier satellite norvégien de télécommunications (construit par l’Américain Hughes Space and Communications Company). Comme d’autres pays, la Norvège ambitionnait d’avoir son propre réseau de satellites pour diffuser de la télévision directe. Toutefois, Telenor n’avait pas attendu Thor 2 pour mettre en place son réseau : en juillet 1992, la compagnie avait racheté Marcopolo 2, rebaptisé Thor 1, un satellite de télécommunications d’occasion sur orbite depuis août 1990 appartenant à British Broadcasting Satellite. Clin d’œil à la mythologie scandinave, Thor devait avec ses antennes, en lieu et place du célèbre Mjöllnir, diffuser non pas de la foudre, mais des informations du Groenland jusqu’aux pays baltes. Il était équipé de 15 transpondeurs actifs en bande Ku, ainsi que des cellules solaires lui fournissant une puissance de 1 400 watts. D’une masse de 1 467 kg, Thor 2 a fonctionné jusqu’en 2008, puis a été placé en janvier 2013sur une orbite cimetière. Entre temps, d’autres Thor ont complété le réseau (le dernier, Thor 7, en 2015). Toutefois, l’engagement de la Norvège dans l’aventure spatiale ne se limite pas aux télécommunications.

L’atmosphère terrestre, domaine de prédilection.

En 1957-58, l’Année Géophysique Internationale se proposait de réaliser une étude globale de la Terre, de la surface à la haute atmosphère. De nombreux pays, dont les deux superpuissances, se sont investis en lançant des fusées sondes, ainsi que les premiers satellites artificiels. De par sa position géographique proche de l’Arctique, la Norvège est un avant-poste privilégié pour y effectuer différentes études de géophysique et d’astrophysique. Dès mars 1960, le Ministère de la Défense finance la construction d’un site de lancement de fusées sondes dans le grand nord norvégien : l’Andøya Rocket Range (longitude : 16° Est ; latitude : 69,2° Nord).

Le Norwegian Defense Research Establisment (NDRE) est autorisé à tirer des fusées-sondes mais, n’ayant pas les capacités technologiques nécessaires, il coopère avec les Etats-Unis, qui fournissent le vecteur : le 18 août 1962, une Nike Cajun décolle d’Andøya pour effectuer, à environ 100 km d’altitude, une étude ionosphérique (Ferdinand 1 Ionosphere Mission). D’autres pays européens viennent également réaliser des campagnes : la France en 1966, l’Allemagne en 1970, le Royaume Uni en 1972, etc. De 1962 à 2013, plus de 650 fusées sondes ont ainsi été tirées, pour le compte de plus de 70 centres, instituts de recherches ou universités.

Le spatial au service de la flotte marchande.

L’intérêt de la Norvège se porte également très tôt sur des applications spatiales pouvant être utiles pour sécuriser ses puits d’hydrocarbure ou encore pour être au service de sa flotte marchande. Ainsi, lorsque l’Organisation maritime internationale (OMI/IMO) propose en 1966 une organisation intergouvernementale pour l’amélioration de la sureté de la navigation en mer par satellite, la Norvège y participe. L’initiative aboutit en 1979 à la création d’Inmarsat (International maritime satellite organisation). De même, en ce qui concerne le programme de localisation Sarsat-Cospas (opérationnel depuis 1984) visant à améliorer les opérations de recherche et de sauvetage, la Norvège s’investit. Si les satellites sont fournis par d’autres nations (Etats-Unis, URSS/Russie, Royaume Uni, Europe, etc.), la Norvège livre des composantes terriennes permettant le bon fonctionnement des réseaux.

L’agence Norsk Romsenter.

Par ailleurs, la Norvège est membre associé de l’Agence spatiale européenne, à partir du 2 avril 1981, puis membre de plein droit, au 1er janvier 1995. Afin de favoriser son intégration progressive, le Ministère norvégien du commerce et de l’industrie décide en 1987 de créer une agence spatiale dénommée Norwegian Space Center, ou Norsk Romsenter. De ce fait, la Norvège participe aux activités de base de l’Europe comme Earthnet (réseau de stations réceptrices pour les satellites d’observation de la Terre), ainsi qu’aux études générales ou à certains programmes spécifiques comme ERS (surveillance des zones côtières). Par ailleurs, la mise en place d’une agence spatiale renforce la participation norvégienne à des coopérations comme avec les Etats-Unis (expériences embarquées dans le laboratoire Spacelab, accès aux satellites météorologiques de la NOAA), la France (programme Spot), la Suède (programme Viking), etc. La station de télémétrie de Tromsø est également mise à contribution de la coopération internationale.

Le centre de Svalrak.

A partir de 1997, les Norvégiens construisent plus au nord encore à Ny-Ålesund, sur l’île de Spitzberg dans l’archipel de Svalbard, un autre centre de recherche à partir duquel sont tirées des fusées sondes : le Svalbard Rocket Range (SvalRak). Ce dernier est inauguré le 20 novembre 1997 par le lancement de deux fusées sondes : la première, une fusée indienne RH-300 Mk II, emporte l’étude ionosphérique norvégienne Isbjørn 1 à 71 km ; la seconde, une fusée américaine Viper 3A, amène à 97 km Isbjørn 2, une mission d’aéronomie. D’autres pays viennent y réaliser des expériences (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Suède). Base de lancement la plus au nord du monde (longitude : 13,7° Est ; latitude : 78,5° Nord), SvalRak est ouvert à la coopération internationale.

Le premier satellite national.

Initié par des entreprises et des instituts nationaux (Administration norvégienne du littoral, Institut norvégien de recherche de Défense), le premier satellite « Made in Norway », AISSat 1, est construit sous la maîtrise d’œuvre du Norsk Romsenter, puis placé sur orbite le 12 juillet 2010 par une fusée indienne PSLV depuis Sriharikota. Il s’agit d’un nano satellite de 6 kg, de 20 cm de côté, destiné à améliorer la surveillance des activités maritimes dans le Grand Nord. Pour cela, il est équipé d’un récepteur AIS (Automatic Identification System), un système de contrôle utilisé par les navires et les plateformes pétrolières afin de prévenir les collisions. Un tel satellite offre des avantages plus importants que le suivi actuel depuis les côtes.

Chapeauté par le Ministère du commerce et de l’industrie, le spatial norvégien est original dans le sens où celui-ci est d’abord mis au service de la gestion des activités économiques du pays, ainsi que de sa sécurité maritime.

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

 

Références.

Un ouvrage : Panorama économique du secteur spatial, collectif d’auteurs, rapport OCDE, 2007

Deux vidéos : la surveillance côtière par AISsat-1 et le lancement du satellite Thor 7

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