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La NASA a soixante ans

Dwight Roosevelt entouré de T. Keith Glennan (à droite), premier administrateur de la NASA, et de Hugh L. Dryden (à gauche), administrateur adjoint. © NASA

Le 29 juillet 1958, le président américain Eisenhower signait l’acte de création de la National Aeronautics and Space Administration. Celle-ci entrait en activité le 1er octobre suivant. Qu’est-ce qui a pu motiver une telle décision ?

La mise en place de la NASA fut intimement liée au contexte de la Guerre froide, conditionné par l’affrontement américano-soviétique. Elle procéda d’une convergence d’intérêts entre les scientifiques, les ingénieurs, les militaires et les politiques.

L’AGI / YGI.

Au début des années 50, des physiciens anglo-américains (Lloyd Berkner, Sydney Chapman, etc.) préconisent une étude globale de la Terre avec, en particulier, une recherche sur les interactions du Soleil avec la haute atmosphère terrestre. Appelée Année Géophysique Internationale (Year Geophysical International), cette initiative scientifique regroupe 66 nations ou organisations, y compris les Soviétiques. Le début est planifié pour 1957, date à laquelle le Soleil connaîtra une importante activité et entraînera des phénomènes importants dans la haute atmosphère. En 1954, plusieurs pays (Etats-Unis, URSS, Royaume-Uni…), annoncent leur intention d’explorer in situ la haute atmosphère. Pour cela, les scientifiques comptent sur différents moyens, dont la fusée qui est l’apanage des militaires.

Les études balistiques.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de nouvelles armes ont fait leur apparition, notamment le missile balistique V2 (conçu par l’ingénieur von Braun). Aux Etats-Unis, comme en URSS, les militaires développent de puissants engins pour leur force de frappe nucléaire. Chaque armée conçoit ainsi ses propres missiles, notamment l’Atlas par l’US Air Force et le Redstone (dérivé du V2) par l’Army Ballistic Missile Agency (ABMA).

Le jeu de la Guerre froide entraîne des surenchères : Américains et Soviétiques assurent qu’ils profiteront de l’AGI pour placer sur orbite leur premier satellite artificiel. Pour cela, il faut de puissants missiles. Les militaires assurent qu’ils mettront à disposition leurs missiles balistiques en cours de développement. Von Braun, qui travaille pour l’ABMA, fait savoir dès 1954 qu’il pourrait satelliser avec un Redstone modifié (projet Orbiter).

Cependant, le satellite prévu pour l’AGI étant appelé à survoler le territoire rival, le président américain Eisenhower souhaite que celui-ci (ainsi que le lanceur) ne soit pas directement issu d’un programme militaire pour ne pas provoquer l’URSS. C’est la raison pour laquelle la première satellisation n’est pas confiée à l’équipe de von Braun et de son Redstone (sur le point d’être déployé en RFA dans le cadre de l’OTAN), mais plutôt au Naval Research Laboratory (NRL) qui propose un lanceur civil Vanguard dérivé de sa fusée-sonde Viking.

Les surprises soviétiques.

Coup de tonnerre : les 4 octobre et 3 novembre 1957, les Soviétiques placent sur orbite les deux premiers satellites artificiels avec en plus, dans le second Spoutnik, la chienne Laïka. Pour les Etats-Unis, c’est un véritable « Pearl Harbour technologique », d’autant plus que le 6 décembre suivant le premier lancement Vanguard explose en direct devant les caméras de télévision ; un véritable « Flopnik » ironise le lendemain le Daily Herald ! Pour sauver l’honneur, les responsables demandent à von Braun de satelliser avec le Jupiter-C rebaptisé Juno (dérivé du Restone) : le 31 janvier 1958, celui-ci place avec succès Explorer-I, mais ce n’est pas suffisant pour contrecarrer « l’avance » soviétique.

La réaction politique américaine.

Sous le choc des succès soviétiques, le débat s’invite au sein du Congrès américain. Des discussions s’engagent notamment sur l’opportunité de créer une agence spatiale. Le 6 février 1958, une commission sénatoriale est mise en place chargée de la question de l’espace et de l’aéronautique (dont la présidence est confiée au démocrate Lyndon B. Johnson), une autre à la chambre des Représentants (John W. McCormack) le 5 mars. De son côté, le président Eisenhower n’estime alors pas l’agence spatiale indispensable. Les militaires de l’US Army ou l’US Air Force, disposant de compétences, pouvaient fort bien rester les maîtres du jeu. Toutefois, en cas de coopération avec d’autres nations, cette situation risquait de poser des problèmes. Des discussions, il en ressort que l’idéal serait de créer une agence spatiale civile autour d’une entité déjà existante, comme le NACA (National Advisory Committee for Aeronautics) qui, depuis 1915, s’occupe de la recherche et du développement de l’aéronautique. Le 5 mars, Eisenhower accepte l’idée. Au final, c’est un nouvel organisme civil qui est préconisé englobant le NACA.

Le 2 avril, le projet de loi est envoyé au Congrès pour créer une « Agence nationale de l’aéronautique et de l’espace » civile. Cependant, ce n’est pas le terme « agence » qui est retenu mais celui d’« administration » car, dans l’action qu’elle aura à mener, l’administration aura plus de poids qu’une agence pour mieux fédérer les acteurs engagés dans la conquête spatiale. Le 16 juillet, le Congrès vote la loi donnant naissance à la National Aeronautics and Space Administration (NASA) ; le 29 juillet, Eisenhower la promulgue et le 19 août Thomas K. Glennan, président de l’université privée Case Institute of Technology, est nommé à la tête de la NASA. Le 1er octobre, celle-ci entre en vigueur.

Le National Aeronautics and Space Act.

Lors de l’adoption de la loi créant la NASA, le Congrès déclare que « les activités spatiales devront être consacrées à des fins pacifiques dans l’intérêt de toute l’humanité ». Cette belle déclaration de principe est aussitôt complétée par un article qui stipule que, néanmoins, « le bien-être général et la sécurité des Etats-Unis exigent que des dispositions adéquates soient prises pour les activités aéronautiques et spatiales ». La NASA est destinée à ne s’occuper que des activités civiles, les programmes spatiaux militaires relevant de la Défense des Etats-Unis.

Pour être efficace, la NASA reçoit sous son autorité de nombreux laboratoires ou organismes, à commencer par ceux qui jusqu’alors dépendaient du NACA : l’Ames Aeronautical Laboratory (centre spécialisé sur les vols hypersoniques et les questions de rentrée atmosphérique, etc.), le Langley Aeronautical Laboratory (centre de recherche aéronautique en général), le Lewis Flight Propulsion Laboratory (centre concevant de nouvelles technologies pour l’aéronautique et l’astronautique), le Wallops Flight Facility (site pionnier où de nombreuses fusées ont été tirées depuis 1945), etc. D’autres organismes sont également regroupés au sein de la NASA, comme le Jet Propulsion Laboratory (centre d’étude des propulsions, puis du vol des sondes non habitées), l’ABMA de l’équipe de Wernher von Braun (qui devient le Marshall Space Flight Center), le Naval Research Laboratory, etc.

Au total, la NASA se retrouve à la tête d’une impressionnante armée de scientifiques, d’ingénieurs et de techniciens, avec un budget annuel de plusieurs centaines de millions de dollars, capable désormais de contrecarrer les Soviétiques. L’une des plus grandes affaires de la NASA est alors de conduire un programme de vol habité. Quelques années plus tard, sous la pression politique, la « machine de guerre NASA » sera amenée à relever le défi : faire marcher des hommes sur la Lune.

En novembre prochain, la version longue de cet article sera publiée dans la revue l’Astronomie de la Société Astronomique de France, accompagné d’un entretien avec le professeur Jacques Blamont, un des pères du spatial français, artisan de la coopération spatiale franco-américaine.

 

Références

Un article : ROSHOLT L. Robert, An Administrative History of NASA, 1958-1963, NASA SP-4101, 1966.

Un ouvrage : GORN Michael, « L’histoire illustrée de la NASA », Panama, Singapour, 2005, p.80.

Une vidéo sur la création de la NASA par le Dwight Eisenhower Memorial.

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

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