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Il y a 25 ans disparaissait Alexandre Ananoff

En novembre 2012, à bord de l'A300 ZERO G de Novespace, l'astronaute français Thomas Pesquet rend hommage à Alexandre Ananoff en faisant voler son portrait © © Sébastien Rouquette/CNES pour Histoires d’espace

Le jour de Noël 1992, Alexandre Ananoff, l’un des tous premiers promoteurs de l’astronautique en France, quittait ce monde dans une quasi indifférence, oublié de tous, ou presque.

Alexandre Ananoff est né le 7 avril 1910 à Tiflis (Tbilissi), en Géorgie, alors province de l’empire russe. Quand celle-ci a été prise dans la tourmente de la Première Guerre mondiale et de l’agitation révolutionnaire des années 1917-1919, la famille Ananoff a décidé de fuir et, après un séjour de deux ans en Allemagne, s’est établie en France en 1921. L’intégration scolaire ayant été difficile, le jeune Alexandre s’est rapidement mis à travailler et, dans le même temps, s’est pris de passion pour l'astronomie.

 

La découverte de l’astronautique.

D'une grande curiosité, Alexandre Ananoff suit en autodidacte des cours à la Sorbonne et fréquente la bibliothèque de la Société astronomique de France (SAF). Là, il découvre notamment des livres russes, et s'arrête sur un ouvrage du pionnier de la cosmonautique Constantin Tsiolkovski. C’est la révélation, comme il en a témoignera plus tard à Jacques Chancel lors d’une interview : « En 1927 je suis tombé en arrêt devant des ouvrages en russe, comme ceux de Tsiolkovski, de Perelman, de Rynine ; je suis entré en rapport avec eux et c’est grâce à leurs écrits que j’ai pu enfin connaître ce qu’était l’astronautique. Il manquait bien des éléments que j’ai essayés d’approfondir personnellement », à une époque où le simple fait d’évoquer les « voyages interplanétaires » entraînait encore les moqueries.

 

S’informer, informer les autres.

Convaincu de l’avenir de cette jeune science, appelée astronautique depuis la fin 1927, le jeune Alexandre Ananoff s'y consacre alors corps et âme. Il prend contact avec les plus grands ingénieurs ou spécialistes de son temps, tels l’Américain Robert Goddard, les Allemands Walter Hohmann, Willy Ley et Hermann Oberth, sans oublier Tsiolkovski, avec qui il a entretient une correspondance jusqu'à sa mort, en 1935. Ananoff veut tout savoir, pour ensuite « communiquer aux autres (…). Je me suis senti le besoin de faire des communications, des conférences, des articles, (…), afin de convertir les gens à l’idée à laquelle j’ai pensé de façon extrêmement sérieuse », dira-t-il quelques décennies plus tard.

 

L’espoir des années 1937-1938.

Soutenu par la SAF et le mécène André Louis-Hirsch, il se lance dès 1929 dans des conférences « grand-public ». A l’été 1937, au tout nouveau Palais de la découverte, il monte la première exposition d’astronautique en France, lors de l’exposition internationale des Arts et techniques dans la vie moderne. A cette occasion, de mai à novembre, il se déchaîne en assurant 153 conférences, dont une cinquantaine sur le thème de l’astronautique –l'une d'elle sera suivie par le jeune Albert Ducrocq, qui deviendra après-guerre le disciple d'Ananoff, et participera notamment à la création de la revue Air & Cosmos en 1963. Dès lors, il rêve d’une organisation internationale qui soutiendrait la cause astronautique à l’échelle planétaire, sans toutefois arriver à convaincre les intéressés… Malgré tout, il cherche à inscrire son action dans une démarche pérenne ,en créant notamment en mai 1938 une section astronautique au sein de la SAF. Malheureusement, là encore, il n’est guère soutenu. De plus, les événements de la Seconde Guerre mondiale interrompent momentanément son élan.

 

L’effervescence des années 1945-1949.

La guerre à peine terminée, Alexandre Ananoff (qui a été mobilisé, fait prisonnier et obtenu sa libération à l'issue... d'un tournoi d'échecs) reprend son action en faveur de l’astronautique. Avec l’apparition du V2, du radar et de l’énergie nucléaire, il est plus que jamais convaincu que toutes les conditions sont désormais réunies pour que les voyages interplanétaires deviennent rapidement une réalité. En quatre ans, il publie plus de 70 articles dans des journaux, des hebdomadaires, des mensuels destinés au grand public (Combat, Je vois tout, Le Monde illustré, XXe siècle, Le Figaro littéraire, Parallèle 50, Paris-Match, etc.), à la jeunesse (Benjamin, Vaillant, etc.), mais aussi à des lecteurs plus avertis dans des revues spécialisées (Aviation Française, l’Aérophile, Marine nationale, Revue Aéronautique, Revue générale de l’Air, Science et Vie, etc.), sans oublier sa participation à des émissions de radio…

Fin 1949, ses efforts sont récompensés par la Société allemande pour la recherche spatiale (GfV) qui lui décerne sa (première) médaille en « hommage aux grands services que vous avez rendus par une ardeur infatigable pour le développement pacifique de l’astronautique », souligne Heinz H. Kölle, le président de la GfV.

 

L’année du triomphe.

Clé de voûte de sa carrière astronautique, Alexandre Ananoff publie en mars 1950 aux éditions Fayard l’Astronautique, ouvrage unanimement salué par la critique comme une référence qui, quelques années plus tard, sera même traduit en note interne… à la NASA. L’ouvrage interpelle même le dessinateur belge Hergé, qui sollicite les conseils d’Ananoff pour poursuivre les aventures lunaires de son héros Tintin.

Parallèlement, Ananoff déploie tous ses efforts, parfois jusqu’à l’épuisement, pour qu’enfin son rêve de 1937 devienne réalité : du 30 septembre au 2 octobre 1950, le premier Congrès international d’Astronautique (IAC) se tient à Paris. Outre la France, sept nations répondent à son invitation : l’Allemagne, l’Argentine, l’Autriche, le Danemark, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Suède. Au fait de sa popularité, Ananoff est devenu un expert renommé.

 

Déceptions, nouvelles passions.

Au cours des années 50, les questions astronautiques deviennent un enjeu important, qui relèvent désormais principalement de spécialistes et non plus d’autodidactes, aussi brillants soient-ils. Déçu, Alexandre Ananoff abandonne progressivement les affaires astronautiques pour se consacrer à une autre passion, toute aussi dévorante : la peinture du XVIIIe siècle. A partir de 1954, il étudie, se forme en fréquentant notamment les ventes publiques et, en 1965, devient un expert d’art international sur des artistes de grande renommée, comme François Boucher et Jean-Honoré Fragonard (à qui il consacré près de 30 ans de sa vie en publiant de nombreux articles et ouvrages livres).

En 1978, Ananoff publie Les mémoires d’un Astronaute ou l’Astronautique française (éd. Blanchard), livre dans lequel il règle ses comptes à l’égard de personnalités qui n’ont pas toujours cru en son action… Il y précisa également le lien qu’il faisait entre ses deux grandes passions : « A mes yeux, il n’y a aucune incompatibilité entre l’Astronautique et les Arts. L’Astronautique pour moi a toujours représenté l’Avenir et l’art ancien le Passé (…). Je crois avoir trouvé un juste équilibre ».

 

 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

 

 

Références.

Un article : « Comment l’astronautique naquit en France », André Louis-Hirsch, Revue Française n°154, juillet 1963.

Une interview d’Alexandre Ananoff, par Jacques Chancel, émission Radioscopie, 21 avril 1977.

Une biographie : Alexandre Ananoff, l’Astronaute méconnu, Pierre-François Mouriaux et Philippe Varnoteaux, Ed2A, 2013 (prix Aubinière de l'Institut français d'histoire de l'espace).

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