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Actualité Défense

Découverte du détachement de chasse mixte de Chammal

Un Rafale armé de quatre AASM se prépare à partir en mission depuis la BAP de Jordanie. © Armée de l'Air

Article paru le 5 mai 2017 dans le Magazine Air & Cosmos. Retrouvez cette semaine un article sur l'A400M dans la rubrique défense d'Air & Cosmos.

Avec leur nez pointant vers le haut, les Rafale Marine se distinguent facilement de leurs homologues de l'armée de l'Air. Entre deux missions, sous les hangarettes de la base projetée française (BAP) au Levant, huit appareils de deux types sont actuellement stationnés. Depuis début avril 2017, pour la première fois, des Rafale de la Marine (12F) sont déployés à terre aux côtés de ceux de l'ar-mée de l'Air. Cette solution permet de soulager cette dernière, qui arme sans discontinuer la BAP depuis la fin de l'année 2014. Elle permet également aux flottilles de l'Aéronautique navale de continuer à participer aux opérations, tandis que le « Charles de Gaulle » est rendu indisponible pour dix-huit mois en raison de son chantier de refonte à mi-vie. Les membres de la 12F ne sont pas les premiers marins à avoir découvert cette base de Jordanie. Un ATL2 y est déployé depuis plusieurs mois. Il assure des missions de renseignement et aussi des frappes.

Rafale M et B.
Quatre Rafale de la flottille 12F sont donc actuellement déployés aux côtés d'autant de Rafale biplaces de l'escadron « Gascogne ». Les marins ont été pleinement intégrés au détachement de chasse de la BAP, baptisé groupe de bombardement 43 « Levant ». Les deux variantes du Rafale réalisent les mêmes missions. Elles n'opèrent cependant pas pour l'instant au sein de patrouilles mixtes. Pour effectuer leurs missions, qui sont surtout d'appui aérien rapproché, les Rafale décollent par patrouille de deux. Lesquelles sont com-posées uniquement d'appareils marins ou Air. Les procédures employées par l'Aéronautique navale sont un peu différentes, explique un pilote. Les marins sont, par exemple, habitués à respecter un strict silence radio indispensable pour les missions d'assaut en mer.A part ça, les cultures opérationnelles sont très proches et les tactiques également. Des patrouilles de Rafale B et M ont d'ailleurs déjà eu l'occasion de travailler conjointement.

Chaque jour, les Rafale décollent pour effectuer leurs missions d'appui rapproché au profit des troupes irakiennes combattant contre Daech ou pour in-tervenir en Syrie. Les appareils français ont été impliqués dès 2014 dans la bataille de Mossoul, les équipages ont pu voir évoluer leurs missions à mesure que les combats se sont rapprochés de la zone urbaine. L'objectif du commandement français est d'appuyer efficacement la lutte contre Daech, mais pas à n'importe quel prix. Aucune perte française ni civile n'est autorisée, explique le commandant de la BAP. L'armement des appareils est adapté à ces exigences. Les patrouilles décollent avec une configuration mixte. Un Rafale est équipé de quatre bombes GBU-12 à guidage laser, tandis que l'autre emporte des AASM à guidage GPS. Là aussi, les corps de bombes sont panachés. Deux AASM étant configurées avec une charge militaire moins importante pour limiter leurs effets (BLU-126 « low collateral dam-mages bomb »). Ce panachage offre plusieurs options aux équipages, qui peuvent ainsi choisir le type de guidage et la charge militaire pour optimiser les effets de leurs frappes et éviter les dégâts collatéraux. Les fusées des armements peuvent aussi être réglées pour, par exemple, déclencher l'explosion de la bombe une fois que celle-ci a pénétré le sol et, là encore, limiter ses effets. Les Rafale emportent également un missile Mica qui pourrait servir pour de l'autodéfense mais qui est utilisé surtout comme capteur infrarouge.

« Red card Holder ».
Si les frappes sont ordonnées par le commandement aérien de la coalition, un représentant français peut à tout moment les interdire s'il estime que le contexte ne correspond pas aux règles d'engagement françaises. On dit qu'il sort le carton rouge (« red card holder »). Une fois la frappe ordonnée, l'équipage recherche le meilleur angle d'attaque pour maîtriser au mieux les effets du bombardement. Après le largage de l'armement, les pilotes continuent de suivre la situation et la trajectoire de la bombe. Il est arrivé, raconte l'un d'eux, que des bombes soient détournées au cours de leur vol vers des zones inhabitées car le contexte avait évolué et le risque de toucher des civils était devenu trop important.

Mise en place depuis la fin de l'année 2014, la BAP est bien rodée. Sa dimension a été op-timisée afin de permettre aux appareils d'effectuer leurs missions et de rester en alerte 24 heures sur 24. En trois heures, un Rafale peut être sur zone, prêt à intervenir sur l'ensemble du théâtre. Quatre cents hommes et femmes sont déployés pour assurer le soutien des appareils et des hommes, ainsi que la protection de la base ne se trouvant qu'à 30 km de la frontière syrienne. Cette proximité est un atout pour les missions aériennes. Les chasseurs français sont bien plus près de leur zone d'action que lorsqu'ils opèrent depuis les Emirats arabes unis ou du « Charles de Gaulle ». Raqqa est à quarante minutes de vol et Mossoul, à moins d'une heure. Certaines missions peuvent être effectuées sans ravitaillement en vol. Mais la situation géographique peut aussi être une faiblesse en matière de sécurité, du fait de la proximité des zones de combat. C'est pourquoi le dispositif de protection est progressivement renforcé.

Missions de reconnaissance.
L'armée de l'Air insiste sur la cohérence de l'outil qu'est la BAP. Laquelle se traduit par de bons taux de disponibilité et seulement 1 % des missions demandées par la coalition annulées. Les appareils impliqués dans Chammal profitent de la priorité donnée aux opérations en termes de logistique et de l'implication des mécaniciens déployés en opération.

A plusieurs centaines de kilomètres de la Jordanie, la base aérienne des Emirats arabes unis continue de participer aux opérations. Les sept Rafale C de l'escadron « Provence » participent un peu moins aux frappes mais ils sont les seuls à mettre en œuvre la capacité Reco NG dans le cadre de l'opération Chammal, le pod n'ayant pas été déployé en Jordanie. Les missions de reconnaissance demandent une longue préparation. Le pilote doit finement planifier son vol pour survoler dans de bonnes conditions les zones jugées d'intérêt par le haut commandement. La nacelle Reco NG est programmée et sait orienter sa focale fixe vers les zones attendues.Au pilote d'optimiser son altitude et sa position pour obtenir le meilleur angle de prise de vue. Au retour de sa mission, la cellule renseignement de l'escadron réalise un important travail d'analyse, puis d'habillage des images, qui sont ensuite envoyées vers un échelon centralisateur, lequel confrontera les données recueillies avec d'autres sources.

Aux Emirats arabes unis, un tiers des pilotes sont déployés en période longue, pour deux à trois ans. Les autres y font des séjours courts de deux mois. Si les appareils de la BAP de Jordanie ne font que des missions opérationnelles, ceux des Emirats peuvent être impliqués dans des entraînements, en particulier avec les forces locales. Lesquelles disposent d'importants moyens et d'un retour d'expérience toujours plus grand du fait de leur implication dans les opérations au Yémen.

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