Logo Air & Cosmos

1er site francophone d'actualité aéronautique et spatiale

Actualité Défense

Dauphin N3+ : retour sur l'intégration d'une capacité bombardier d'eau

Les Dauphin N3+ de la Marine, basés à Tahiti, peuvent desormais lutter contre les feux de brousse © Marine Nationale

Depuis Décembre 2016, les Dauphin N3+ de la flottille 35f de la marine nationale peuvent mettre en œuvre le système de lutte contre les incendies Bambi Bucket, une capacité unique au sein des armées françaises.

En ce début d'année 2017, la Polynésie française est plus préoccupée par les inondations. Mais chaque année, durant la saison sèche, de mai à octobre, les îles du Pacifique sont confrontées à de fréquents feux de brousse. Des incendies localisés qui se déclenchent souvent dans des zones difficilement accessibles aux moyens terrestres. Or, avant 2016, le Haut-Commissariat de la République (HCR) en Polynésie française ne pouvait compter que sur un hélicoptère privé, non dédié, pour intervenir depuis les airs contre ces sinistres. Le HCR a donc décidé d'acquérir en 2015 deux systèmes de lutte contre les incendies Bambi Bucket, commercialisés par la société canadienne SEI Industries, afin d'en équiper les deux Dauphin N3+ de la Marine nationale. Bien qu'ils portent la cocarde à « l'hameçon », ces deux appareils sont le fruit d'un financement interministériel et leurs missions se font aussi bien au profit des autorités civiles que des autorités militaires.

Le CEPA/10S (Centre d'expérimentations pratiques et de réception de l'aéronautique navale) a été chargé par l'état-major de la Marine de l'intégration du système sur les Dauphin N3+, mais aussi de la mise en place de la doctrine d'emploi de ce matériel puis de la formation des futurs utilisateurs. Les experts du CEPA ont commencé à travailler sur ce sujet en septembre 2015 avant même la réception des deux Bambi Bucket. Ce système est composé d'une poche d'eau transportée sous élingue. Pour écoper et remplir cette poche, l'hélicoptère se place en stationnaire au-dessus d'un plan d'eau à très faible altitude (environ 3 mètres). En quelques secondes la poche est remplie. Celle-ci peut ensuite être vidée au-dessus d'un incendie localisé, en stationnaire ou lors d'un vol dynamique. Le système est actionné par le membre d'équipage se trouvant dans le cargo de l'hélicoptère.

Le CEPA a d'abord travaillé sur la documentation technique, puis s'est rapproché des spécialistes de la lutte contre les incendies. Car, en effet, il s'agit pour la Marine nationale d'une nouvelle mission.Aucun pilote d'hélicoptère de l'aéronavale n'était formé à la lutte contre les incendies ou à l'emploi d'un tel système. Le pilote d'essai du CEPA chargé de ce programme s'est donc adressé à des spécialistes de la Sécurité civile et de sociétés privées. C'est chez Héli Protection qu'il sera finalement formé à la lutte contre les incendies sur Ecureuil. Un membre d'équipage sera également formé dans le privé à la mise en œuvre du système Bambi Bucket.

En parallèle, le CEPA a commencé à travailler sur des solutions techniques pour l'intégration du Bambi Bucket sur le Dauphin N3+. L'objectif était de ne pas modifier la structure de l'appareil et de tenter de rester dans le domaine de vol du transport sous élingue. Deux solutions permettant de limiter les coûts et les procédures administratives. La division prototypage et moyens d'essai du CEPA a réalisé d'importants travaux de maquettage afin de trouver la solution la plus adaptée au Dauphine N3+. Les solutions proposées par le CEPA ont été présentées pour avis technique à la Direction générale de l'armement avant le début des essais.

Début 2016, les deux systèmes Bambi Bucket commandés sont livrés, l'un à Tahiti, l'autre à Hyères. Les deux seuls Dauphin N3+ étant basés à Tahiti, le CEPA a employé les Dauphin N basés en France pour débuter ses expérimentations. Cette version de l'AS565 est moins puissante que le N3+, mais le système d'emport est le même. Les premiers vols d'expérimentation ont eu lieu en avril 2016. L'une des particularités du Bambi Bucket est l'absence de vision du pilote sur le système. Les vols s'effectuent donc porte ouverte et le membre d'équipage se penche vers l'extérieur pour surveiller le système et informer le pilote. Les essais ont été réalisés avec d'autres appareils réalisant des prises de vue qui ont pu être analysées a posteriori. Des essais en vol concluants qui ont permis au CEPA de passer à la phase suivante, l'intégration sur Dauphin N3+. Fin août 2016, une équipe du CEPA s'est donc rendue à Tahiti pendant deux semaines. Après un premier vol d'expérimentation qui a confirmé les solutions techniques envisagées pour le Dauphin N3+, les équipes du CEPA ont débuté les vols de formation au profit des équipages de la 35F basés en Polynésie.

Les équipages ont été formés à la fois du point de vue technique à l'emploi du Bambi Bucket par le CEPA, mais ont aussi reçu une formation théorique sur la lutte contre les incendies dispensée par un pompier. L'emploi du système se fera d'ailleurs en coordination avec les équipes de pompiers au sol.

Après le passage du CEPA en Polynésie, le processus de validation des solutions techniques et de la doctrine s'est poursuivi et a abouti à la mise en service opérationnelle du Bambi Bucket en novembre 2016. Les équipages ont, eux, poursuivi leur entraînement, qui leur a permis d'être qualifiés à cette nouvelle mission à partir de décembre 2016.

Il aura fallu un peu plus d'un an pour que le système soit mis en place. Dix-huit heures de vol et 112 largages ont été effectués dans le cadre des expérimentations puis de la formation. Des délais « excellents », estime le commandant du CEPA. Pour des urgences opérationnelles, ces délais peuvent être réduits, mais il faut alors adapter les procédures administratives.

Mots Clés :

A lire également

Commentaires

Réagir

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.