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Alain Souchier, une vie pour l’espace

Alain Souchier lors d'une simulation de séjour martien © APM

Décédé le 13 décembre dernier, l’ingénieur en propulsion Alain Souchier était notamment le cofondateur et le président de l’association Planète Mars. Infatigable promotteur de l’espace, il était toujours prêt à soutenir des projets de jeunes.

Alors qu’il s’intéressait déjà aux étoiles, Alain Souchier vécut à l’âge de 10 ans le lancement par l’URSS du premier Spoutnik autour du globe. Sa vie entière fut dès lors vouée à l’espace, d’abord en construisant des petites fusées amateur ou en rejoignant le Cosmos Club de France d’Albert Ducrocq en 1969, en suivant des études d’ingénieur à l’école Centrale à Paris, puis en intégrant en 1970 la Société Européenne de Propulsion (devenue Snecma Moteurs, puis Safran Aircraft Engines). Il consacra sa carrière professionnelle aux moteurs à ergols liquides des lanceurs Ariane 1, 3, 4 et 5. Il fut successivement ingénieur d'études, chef de programme, chef du département Essais, responsable technique, responsable général études et développement (en charge d'un groupe de 400 ingénieurs et techniciens), et responsable du programme Préparation du Futur et Coopération Européenne en grosse propulsion à liquides, destiné à préparer l'avenir de la propulsion des lanceurs européens sur les vingt années suivantes. Le Cnes lui décerna ses médailles de bronze et d'argent, l'Association Aéronautique et Astronautique de France dont il est membre émérite le prix Albert Ducrocq en 2003 et le prix d'Astronautique en 2008, et il fut promu au rang de chevalier puis d’officier de l’Ordre National du Mérite.

 

Candidat astronaute.

Alain Souchier avait effectué plusieurs voyages au Centre spatial Kennedy (assistant notamment au départ de la mission Apollo 16 vers la Lune, en avril 1972) et au Centre spatial guyanais. Il avait déposé sa candidature en 1977 auprès de l’Agence spatiale européenne, dans le cadre de la sélection d’astronautes pour le programme de laboratoire Spacelab, et fut retenu au sein de la première présélection française, qui comportait 45 scientifiques. En 1986, il fut l’auteur avec l’astronaute Patrick Baudry du livre Ariane, paru chez Flammarion et longtemps resté une référence (il rêvait de trouver le temps d’en publier la suite). Entre 1988 et 1990, afin de tester un réservoir de satellite à tension superficielle, il cumula plus d'une heure de micropesanteur à bord des avions paraboliques du Cnes et de la Nasa, les Boeing KC-135 et Caravelle Zéro G.

 

Au service des autres et en particulier des jeunes.

On ne saurait lister les interventions, conférences, tables rondes, expositions à travers la France ou articles d’Alain Souchier. On ne compte pas non plus le nombre de jeunes et d’étudiants qu’il a conseillés, pour des exposés scolaires, des TPE ou des projets de fin d’étude, à l’image du récent projet X-1, un scaphandre martien réalisé en impression 3D par des élèves de l’Ecole Polytechnique. Le récit de leur séjour sur la base MDRS de la Mars Society en décembre dernier lui est dédié.

 

Expérimentateur martien.

En 1999, Alain Souchier fut l’un des fondateurs de l’association Planète Mars (APM), la branche française de la Mars Society créée l’année précédente. Entre 2002 et 2015, il participa à plusieurs missions de simulation d’exploration martienne, dans l’habitat de la Mars Society dans l’Utah, dans les grottes glaciaires de Dachstein (Bas-Rhin), au Maroc et sur le glacier de Kaunertal (Autriche). Il développa et expérimenta le VRP, un petit véhicule de reconnaissance de falaises martiennes.

En 2010, l’infatigable retraité prit la présidence de l’APM, dont il était devenu la cheville ouvrière –le plus actif de ses promoteurs, selon son premier président, Richard Heidmann.

Dans l’hommage que ce dernier a publié en ligne, on peut lire : « Nous avions de plus la chance d’avoir affaire, avec Alain, à un des spécialistes européens de l’Espace les plus éminents et les plus reconnus, même si sa modestie et son refus du « vedettariat » ne l’incitaient pas à se mettre en avant. Véritable « puits de science spatiale », Alain devait son expertise non seulement à l’étude incessante de l’objet de sa passion, mais aussi à une carrière de plus de quarante ans dans la propulsion fusée, au cours de laquelle il a exercé un large spectre de responsabilités. Son renom professionnel a indéniablement contribué à crédibiliser notre mouvement. »

 

Une perte immense.

Alain Souchier avait été victime d’une rupture de l’aorte fin 2016 à l’occasion d’un déplacement en Belgique, et était resté plongé un mois dans le coma. Il avait miraculeusement retrouvé l’ensemble de ses facultés rapidement et repris ses activités, avant de voir son état décliner dramatiquement. Il n’a pas survécu à l’opération à cœur ouvert de la dernière chance tentée le 13 décembre dernier.

Alain Souchier venait de signer la postface du livre Rêves de Mars – Les projets d'expéditions habitées vers la planète rouge de Philippe Coué, à paraître en février chez Esprit du Temps.

« Alain était quelqu’un d’extraordinaire, par sa passion et son humilité. Je l’aimais, le respectais, et l’admirais. Il laisse un sillage dans lequel beaucoup se reconnaissent », nous déclare Patrick Baudry.

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