Logo Air & Cosmos

1er site francophone d'actualité aéronautique et spatiale

Actualité Espace Actualité Histoire

Adieu à Jacques Tiziou

Jacques Tiziou dans sa caverne d'Ali Baba en 2013, à Washington. © Jacques-Jean Tiziou

Le journaliste aérospatial Jacques Tiziou, témoin privilégié des vols habités américains entre 1969 et 2003, est décédé le 7 février à Washington, à l'âge de 77 ans.

Jacques Tiziou est né le 17 mai 1939 à Montélimar. Publiant dès l'âge de 14 ans ses premiers dessins de modèles réduit propulsés par petits moteurs-fusée Jetex, puis des écorchés et des plans 3-vues de vrais appareils dans des revues d’aviation comme « Les Ailes » avant ses 18 ans, il avait débuté sa carrière de journaliste indépendant en 1957. Spécialiste des missiles et des fusées, avant même de décrocher son diplôme d'ingénieur de l’Estaca en 1962 (promotion Caravelle), il a travaillé pour divers magazines (en particulier Aviation Magazine et Air et Cosmos, pendant ses deux premières années d’existence), en France et à l'étranger, mais aussi pour la radio et la télévision. A sa sortie d'école, il sillonna les Etats-Unis durant plusieurs mois pour visiter les différents centres de la Nasa (en train de nuit). Il se rendit sur le champ de tir d'Hammaguir, dans le Sahara algérien, rencontra Youri Gagarine à Paris en 1963, et fut le premier à réaliser l'écorché précis du lanceur russe Semiorka, pour la revue Space Business Daily. Ce dessin fut même utilisé par les Soviétiques dans leurs publications officielles traitant de la cabine Vostok. Entre 1965 et 1968, il dirigea la première Encyclopédie de l’Espace (parue chez Rombaldi), puis écrivit son célèbre livre A l’assaut de la Lune (Stock, 1969). Il partit ensuite s'installer en Floride, accompagné de son frère Michel, afin de suivre au plus près les missions Apollo vers la Lune, puis l'aventure du laboratoire orbital Skylab, comme correspondant pour Aviation Magazine, les deux premières chaines télévisées françaises et des agences photo. S'intéressant ensuite aux affaires de politique spatiale et intervenant essentiellement pour la radio et la télévision, il vécut dans la banlieue de Washington entre 1974 et 1986, puis s'installa définitivement dans la capitale fédérale -mais retournant régulièrement en Floride pour couvrir l'actualité des lancements. Il effectua également le commentaire en direct de plusieurs lancements Ariane. Il prit officiellement sa retraite en 2003.

La rencontre avec les historiens américains John Bisney et J.L. Pickering avait donné lieu à la publication des superbes livres de photos Moonshots and Snapshots of Project Apollo et Spaceshots and Snapshots of Projects Mercury and Gemini, en 2015. Mais nous regretterons que Jacques Tiziou n'ait jamais rédigé ses mémoires, comme il l'envisageait depuis plusieurs années.

L'ami des « astros ».

Incontournable, incontesté et connu de tous, le Français devint ami avec la plupart des « astros » américains et français, comme il les appelait, recevant quasi-systématiquement les nouvelles recrues juste après leur nomination officielle, pour des parties mémorables dans son jardin. Plus d'une centaine d'astronautes défilèrent ainsi dans sa maison. Durant certaines missions Apollo et Skylab, il tint même -en tout bien, tout honneur- compagnie à certaines femmes d'astronautes, pour lesquelles il dessina d'ailleurs des écussons de mission personnalisés. Sur la biographie que la Nasa lui consacre sur son site, il est même mentionné que l'astronaute Joe Allen (missions STS-5 et 51-A) fut le témoin de l'un de ses deux mariages.

Du premier Spoutnik jusqu'aux premiers vols de la navette spatiale américaine, Jacques Tiziou se constitua une collection extraordinaire de dossiers de presse, photographies d'équipage dédicacées et souvenirs divers, précieusement conservée à l'abri de la lumière dans un sous-sol aussi vaste que sa maison à Washington -une véritable caverne d'Ali Baba. Le passionné d'espace était également totalement fasciné par les parcs d'attraction Disney, où il effectua plus de 100 visites.

Auteur, en plus de 60 ans de carrière, de plus de 100 publications et articles, de centaines de reportages pour la presse écrite et télévisée, et de milliers de reportages radio, Jacques Tiziou a été récompensé par les Plumes d'Argent et d'Or de la Presse française. Il avait été nommé correspondant de l'Académie de l'Air et de l'Espace en 1993, et figure parmi les chroniqueurs officiels de la Nasa, dans la salle de presse de Cap Kennedy.

Se promener sur Mars.

A la question « Quel serait votre rêve le plus fou ? », Jacques Tiziou avait répondu en mai 2004 sur le site Cosmopif : « J'aimerais aller me promener sur Mars avec mon ami Gene Cernan, le dernier homme sur la Lune. Il faudrait simplement que la médecine fasse de sacrés progrès pour que nous vivions jusqu’à 120 ans en récupérant bien sûr l’énergie de nos vieux jours des années 60 et 70… Et que nous ayons pour escorte mon jeune ami Jean-François Clervoy, un gamin par rapport à nous. Laissez moi profiter de cette question pour dire à tous les jeunes que la conquête de l’Espace est encore bien loin d’en être aux Blériot et Lindbergh. Nous en sommes encore à l’hiver de 1904, juste après les premiers vols des frères Wright. Nous venons tout juste de faire nos premiers pas. Nous nous cassons encore la figure. C’est bien pénible et c’est trop vite oublié. Nous tomberons plus encore et plus durement à l’avenir. Cela fera très-très mal. Mais nous nous relèverons, nous enlèverons nos plâtres et nous repartirons de plus belle, la tête haute. Sans jamais oublier le passé. »

Le 6 février, à l'âge de 77 ans, le journaliste s'en est allé rejoindre quelques vieux copains, dont son fidèle correspondant parisien Jean-Pierre Martin (décédé le 17 novembre) et l'astronaute Gene Cernan (le 16 janvier). L'annonce de sa disparition bouleverse toute une génération de passionnés, et d'innombrables acteurs du secteur qui l'ont connu et apprécié sa gentillesse (et ses petits présents inimitables), voire qui ont pu profiter de ses coups de pouce.

Hommage.

Jean-Yves Le Gall, le président du Cnes, s’est associé à la peine des proches et des amis de Jacques Tiziou. Dans un communiqué de presse paru le 10 février, il a déclaré : « Le Cnes tout entier ressent une très forte émotion à la suite de la disparition de Jacques Tiziou. Tout au long de sa très longue carrière, il a fait honneur à l’espace, sous des formes très variées, comme le premier écorché du lanceur russe Sémiorka ou la première Encyclopédie de l’Espace (Rombaldi). Nous avons tous eu l’occasion d’apprécier ses travaux d’exception et nous lui en sommes très reconnaissants. Pour ma part, alors que je n’avais pas 10 ans, c’est la lecture de son livre culte A l’assaut de la Lune qui m’a donné la passion de l’espace. J’avais rencontré Jacques à de très nombreuses occasions sur tous les pas de tir de la planète et il était devenu mon ami. Nous mesurons tous, ce que la communauté spatiale et le grand public lui doivent. À ses proches, à ses amis et à toute la grande famille des journalistes, je présente au nom du Cnes et en mon nom propre, nos condoléances attristées. »

Air & Cosmos adresse également à tous les proches de Jacques Tiziou, et en particulier son fils Jacques-Jean, ses plus sincères condoléances.

Mots Clés :

A lire également

Commentaires

Réagir

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.