Le satellite de télécommunications Athena-Fidus est opérationnel

Le 21/03/2014 à 08h00, par Stefan Barensky
Défense, Espace, Satellites, Applications
Le satellite de télécommunications Athena-Fidus est opérationnel
Le satellite Athena-Fidus en chambre anéchoique. © Thales Alenia Space

C'est la DGA qui l'annonçait hier, avec un peu de retard par rapport à l'évènement : le satellite franco-italien de télécommunications à très haut débit Athena-Fidus a été officiellement mis en service vendredi 14 mars, un peu plus d'un mois après son lancement le 6 février dernier. Retrouvez ci-dessous l'article complet de notre chef de rubrique espace Stefan Barensky, publié à l'origine dans Air&Cosmos n°2392, le 7 février.



A l'heure où nous bouclons ce numéro, le lancement de la première Ariane 5ECA de l'année est prévu pour jeudi 6 février à 20 h 30 TU (21 h 30 à Paris) depuis le Centre spatial guyanais. La charge utile de cette mission VA217 se compose du satellite commercial de télécommunications ABS-2 (6 330 kg), construit par SSL pour Asia Broadcast Satellite (ABS) et du satellite franco-italien Athena-Fidus (Access on Theatres for European Nations Allied forces-French Italian Dual Use Satellite) pour les télécommunications gouvernementales.

Il s'agit du premier de deux satellites réalisés dans le cadre d'un partenariat entre la France et l'Italie qui a débuté en 2006 pour répondre conjointement aux besoins de complément à Syracuse 3 côté français et de remplacement de Sicral 1 côté italien. Le second satellite, Sicral 2, sera purement consacré aux télécommunications militaires. Son lancement est annoncé en septembre, également sur Ariane 5ECA.


Genèse.

Le programme trouve son origine dans le concept Agora (Accès garanti et optimisé pour les régions et contribuant à l'aménagement du territoire) proposé par le Cnes en 2003 pour de l'accès direct à Internet par satellite en bande Ka dans le cadre de la politique de réduction de la « fracture numérique » voulue par le gouvernement de l'époque. « Un tour de table en vue d'un éventuel partenariat public-privé n'éveillera pas l'intérêt des industriels, mais celui de l'équipe Défense du Cnes à qui il n'échappe pas que les bandes Ka attribuées aux civils et aux militaires sont adjacentes », se souvient Charles de Lauzun, thématicien défense et sécurité à la direction stratégique du Cnes.

Certaines technologies étudiées pour Agora finiront sur le satellite commercial Ka-Sat, tandis qu'un rapprochement avec l'Italie est amorcé qui donnera naissance à Athena-Fidus dont la faisabilité est actée en juin 2006. Après un échange de lettres d'intention sur un satellite dual le 30 novembre 2007, un accord formel est signé le 16 décembre 2009 entre le Cnes et l'ASI. La Belgique, initialement partenaire du programme, s'est retirée et sa participation a été couverte par la France.

Côté français, les financements proviennent à parts égales du Cnes et de la DGA (via la ligne budgétaire 191 pour la R&D duale). Côté italien, l'ASI assure les deux tiers du financement, contre un tiers pour le Segredifesa (Segretariato generale della difesa). Le programme a été mené sous maîtrise d'ouvrage du Cnes en tant que mandataire pour les deux pays. L'ASI joue ce rôle pour Sicral 2, avec un financement à 62 % italien et 38 % français. Après compétition pour la partie française, la maîtrise d'œuvre industrielle d'Athena-Fidus a été confiée en décembre 2010 à Thales Alenia Space à Cannes, avec un contrat de 280 M€ comprenant une livraison sur orbite et le segment sol.


Technologies.

Athena-Fidus se présente donc comme un satellite de 3080 kg, basé sur la plateforme Spacebus 4000B2, la plus petite version de la famille, ce qui ne l'empêche pas d'emporter une charge utile en bandes Ka et EHF d'une redoutable complexité. D'une part elle est intégralement redondée, d'autre part elle comporte une partie française et une partie italienne totalement indépendantes.

Au total, 30 répéteurs permettent d'assurer 23 canaux à haut débit pour une capacité totale de 3 Gbps via quatorze antennes dont douze en Ka. Sept réflecteurs mobiles sont groupés autour d'un mât qui abrite directement les amplificateurs afin de réduire les pertes en ligne entre les répéteurs et les sources. Cinq faisceaux de 1 750 km de diamètre sont attribués à la France (qui a récupéré celui initialement prévu pour la Belgique) et deux à l'Italie.

De nombreuses technologies italiennes ont pu être intégrées pour la première fois sur une plateforme Spacebus, comme des récepteurs tribandes développés par TAS-Italie, des bras d'antenne en carbone ou un capteur stellaire Selex Galileo qualifié sur Alphabus. Ce sera aussi la première fois qu'une plateforme 4000B2 sera alimentée par des cellules solaires à l'arséniure de gallium. La forte concentration de la charge utile a poussé à une très grande optimisation du contrôle thermique, avec notamment des caloducs qui seront amenés à fonctionner jusqu'à 90 °C, en limite de densité de puissance.

Pour Olivier Brize, responsable technique d'Athena-Fidus chez TAS-France, la petite plateforme s'offre « une nouvelle jeunesse » qui devrait renforcer sa compétitivité sur un segment des satellites de 3 à 3,5 t dont les Européens sont relativement absents face à Orbital Sciences, alors qu'il constitue un marché stratégique pour Arianespace, car il facilite les appairages avec des satellites de 6 t sur Ariane 5. Beaucoup de ces avancées technologiques seront également appliquées sur Sicral 2. Celui-ci sera un peu plus gros (4400 kg), utilisera une Spacebus 4000B3 et intégrera quelques fonctionnalités supplémentaires dont un durcissement et une charge utile en bandes X et UHF.


Déboires.

Le succès de la coopération sur Athena-Fidus et Sicral 2 vient après une décennie d'échecs successifs pour fédérer les besoins européens en matière de télécommunications militaires avec les projets américano-britannique Inmilsatcom (1992-1994), franco-britannique Bimilsatcom (1993-1995), paneuropéen Eumilsatcom (Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Otan, 1994-1995), franco-allemand GeFmilsatcom (1995-1996), et franco-germano-britannique Trimilsatcom (19961998), suivie d'une décennie de programmes purement nationaux. Il précède néanmoins les décisions prises lors du Conseil des chefs d'Etat de l'Union européenne de décembre dernier, en faveur d'une rationalisation des Gov-SatCom sous l'égide de l'Agence européenne de Défense.

« La difficulté consistait à obtenir les feux verts pour la coopération au niveau politique, industriel et opérationnel », explique Benoît Hancart, responsable du compte client défense chez TAS.
Le contrôle d'Athena-Fidus sera assuré par la DGA depuis ses sites de Favières (Eure-et-Loir) et Maisons-Laffitte (Yvelines), grâce à un segment sol fourni par Telespazio. Le satellite utilisera les standards de télécommunications civiles DVBRCS et DVB-S2, pour optimiser ses capacités. Pour la Défense française, il constituera le segment spatial du réseau interarme Comcept (Complément de capacités en élongation, projection et théâtre) pour des échanges cryptés à haut débit en « full IP » avec plus de 660 terminaux déployables. Il pourra ainsi re-transmettre des images Helios à des éléments déployés sur le terrain ou assurer les liaisons avec les drones Reaper.

Outre ces besoins de liaisons militaires, Athena-Fidus a été conçu pour être mis à disposition des organismes de sécurité des deux pays (sécurité civile, pompiers, police, douane…). Le succès de cette utilisation duale constitue aussi un défi en soi, car la diversité des responsabilités administratives de ces services ne facilite pas la fédération des besoins, ce qui se ressent dans les plans d'acquisition de terminaux adaptés.



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